Rapport de la commission Stasi et loi interdisant le port de signes religieux dans les établissements scolaires

vendredi 19 décembre 2003
mis à jour samedi 25 août 2007

Saint-Denis, le 19 décembre 2003

Communiqué

Moins d’une semaine après la remise du rapport de la commission Stasi, le Président de la République s’est prononcé, sans surprise, en faveur d’une loi interdisant le port de signes religieux dans les établissements scolaires. C’est le point d’orgue mis à une campagne politique qui se poursuivra jusqu’aux prochaines échéances électorales et qui vise surtout à éluder les principales revendications portées par tous ceux qui (personnels, élèves, parents) se sont engagés, depuis le printemps dernier, à défendre le service public d’éducation.

Le rappel par Jacques Chirac de quelques principes démocratiques fondamentaux, qu’il s’agirait de défendre réellement et en permanence, masque difficilement un cynisme politique qui consiste à revendiquer les valeurs de ceux à qui on a fait payer très cher le prix de leur défense. De même, le constat de la persistance voire de l’aggravation d’inégalités d’un "fossé qui se creuse entre les quartiers difficiles et le reste du pays" ne fait qu’indiquer les limites d’une politique gouvernementale, essentiellement policière, qui constitue et entretient les ghettos qu’elle dénonce.

Pour SUD-Education :

- Une loi interdisant le port "ostensible" de signes religieux serait une loi discriminatoire et de circonstance, visant surtout à interdire le port du voile. En aucun cas une telle loi ne permettrait de réaffirmer ou de consolider les principes et les valeurs de la laïcité, puisqu’il n’est même pas prévu d’appliquer ses dispositions aux écoles privées sous contrat et aux départements d’Alsace-Moselle.

- L’affirmation que l’école est "un sanctuaire (sic) républicain" est particulièrement inquiétante, même si l’interdiction des "signes politiques" n’est plus mentionnée. Elle traduit bien la philosophie d’ensemble d’un projet de loi d’autant plus régressif qu’il cède à la demande d’un enseignement du fait religieux. L’idée d’une neutralité scolaire qui jusqu’ici s’appliquait pour l’essentiel aux personnels et aux enseignements, est désormais agitée au profit d’une sorte de "mystique" laïque qui revendique une sanctuarisation de l’école sous la bonne garde de la loi et de la police.

SUD-Education rappelle à nouveau que ce n’est certainement pas en conférant à l’école un statut d’extraterritorialité par rapport au reste de l’espace social et public que les problèmes qui l’affectent pourront être résolus.

- Il est illusoire prétendre renouer avec les valeurs de la laïcité sans dénoncer et combattre les forces qui soumettent l’école aux lois du marché et de la rentabilité financière bien plus sûrement qu’à celle d’une Eglise ou d’une religion. La question du voile islamique qui ne concerne tout au plus qu’une ou deux centaines d’incidents par an est très largement surévaluée en regard des difficultés concrètes et massives auxquelles sont actuellement confrontés les personnels et les bénéficiaires du service public d’éducation. Dans tous les cas, elle ne permet pas de prendre la mesure de l’offensive libérale qui menace l’indépendance des enseignements en organisant la marchandisation de l’école.

SUD Education appelle tous les travailleurs à ne pas se laisser aveugler par ce "voile" brandi comme un chiffon rouge et à garder en mémoire les vraies raisons de lutter.

Noëlle Ledeur
Secrétaire fédérale

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