Réforme Lang des collèges

Ce qui n’a pas été expliqué lors de la journee banalisée !
 janvier 2002
mis à jour samedi 29 janvier 2005

En décembre dernier, les enseignants des collèges étaient conviés à étudier, sous la houlette du Principal, la mise en place de la réforme publiée au BO le 14 juin 2001, introduisant notamment les Itinéraires De Découvertes (IDD). Dans bien des collèges, les assemblées furent houleuses et les enseignants dirent vertement, au besoin en signant une motion, qu’ils n’étaient d’accord ni avec la consultation-manipulation organisée par le ministère, ni avec ce qu’on leur proposait. Pour SUD Education, ils ont eu raison ! Bien sûr, ce n’était pas du Principal, ni de la plaquette publicitaire du ministère distribuée aux parents, ni même du BO qu’il fallait attendre les éléments permettant de comprendre les objectifs réels de cette réforme. Ils ne sont pourtant pas mystérieux.

Les Itinéraires de Découvertes sont l’équivalent au collège des TPE (Travaux Personnels Encadrés) en Lycée, des PPCP (Projets Professionnels à Caractère Pluridisciplinaire) en LP, des PAC (Projet d’Action Culturelle) dans le primaire. Comme toujours, ces "innovations" ont un alibi pédagogique plus ou moins ronflant : "lutter contre l’ennui", "lutter contre l’échec scolaire", "innover"(sic). De fait, les "experts" ont trouvé un angle d’attaque pour arriver à des fins inavouées : "l’interdisciplinarité" ! Celle-ci, affirme Lang, aurait été un tel "succès" sous la forme des TPE et des PPCP, qu’il serait nécessaire de l’étendre au collège sous la forme des IDD ! Quel mensonge ! Certains chefs d’établissements, pourtant dûment briefés par les recteurs, n’avaient eux-mêmes pas l’air très convaincus. La réalité est que la plus grande confusion règne dans les Lycées et les LP à propos des TPE et PPCP : beaucoup d’enseignants les boycottent, soit par désaccord, soit par absence de moyens. Des mouvements d’élèves estimant qu’ils y perdaient leur temps ont même eu lieu. Les IDD sont, eux aussi, un objet pédagogique non-identifié : quels intervenants ? combien ? comment ? quelle formation à l’interdisciplinarité ? quels effectifs ? qu’est-ce que ce cahier d’exigences ? quelle nouvelle organisation des emplois du temps ?

Ce qui ne fait aucun doute à nos yeux, c’est la logique politique qui sous-tend cette réforme, sur laquelle on s’est bien gardé d’alerter les enseignants.

Objectif n° 1 : la dérégulation du service public :

La réforme instaure la contractualisation, l’autonomie des établissements, leur mise en concurrence :
"les moyens utilisables seront modulés en fonction du projet d’établissement et contractualisés sur une durée de trois ou quatre ans. Sur le modèle des contrats de réussite (...) un contrat sera établi entre l’établissement et les autorités académiques" (BO du 14 juin 2001). Le Conseil d’Administration devient compétent en matière de choix et de pratiques pédagogiques. En effet, un bilan de l’action pédagogique menée à l’issue des évaluations lui sera "présenté". Et les moyens seront attribués en fonction des "résultats" pédagogiques, sous la forme d’une "enveloppe globale" mise à la disposition des chefs d’établissements.

Ainsi commence la mise en œuvre dans le collège français d’un des credo de l’OMC, de l’OCDE et de la Commission Européenne : aller vers la suppression de toute règle nationale du système éducatif, transformer chaque école et chaque établissement en entreprise sous contrat avec l’E.N.. Pourquoi ? Parce que l’autonomies des établissement leur offre une plus grande marge de manœuvre pour s’adapter aux attentes des "milieux économiques" et au consumérisme scolaire des parents. Il s’agit d’une logique de marché, dans laquelle on présente une palette d’offre éducative, mettant en concurrence le privé et un public qui lui ressemble de plus en plus. On sait à quelles familles profite toujours une telle "offre"...

Objectif 2 : imposer les "compétences" contre les savoirs

Les nouvelles grilles horaires viennent de tomber. Pour le cycle central (5e-4e) ce sera, bien sûr, l’ancien horaire plancher. D’où de nombreuses suppressions de postes budgétaires, première qualité d’une bonne réforme néo-libérale. De plus, la bivalence est réintroduite et encouragée sur la base du volontariat, ce qui permet d’autres économies, au prix d’un enseignement par un enseignant non-formé. Qu’importe.

Mais les raisons budgétaires ne suffisent pas à expliquer l’introduction des IDD et le recul programmé des heures de cours. Ils sont le début d’un changement radical des objectifs même du système éducatif.

En Europe et dans le monde, la pression est énorme pour que les systèmes éducatifs renoncent à des objectifs éducatifs qui étaient acceptés durant les 30 glorieuses, mais ne le sont plus, à l’heure du chômage, de la précarité, de la flexibilité. La massification de l’éducation a fait son temps : elle n’est plus rentable, trop chère et mal adaptée.

On s’appuie donc sur ses limites (et il y en a !) pour jeter le bébé avec l’eau du bain. Le renoncement à la transmission des savoirs doit, pour être accepté, se parer de concepts pédagogiques. On a trouvé la pédagogie des « compétences » opposées aux savoirs. "L’important n’est pas de posséder une culture commune, mais d’être capable d’accéder à des savoirs nouveaux et de les mobiliser dans des situations imprévues. Ne nous laissons pas leurrer par l’apparente générosité du projet : faute de bases suffisantes, les "savoirs nouveaux" auxquels accéderont les futurs citoyens "tout au long de leur vie" resteront confinés dans des domaines élémentaires comme la maîtrise d’un nouveau logiciel, l’utilisation d’une nouvelle machine, l’évolution dans un nouvel environnement de travail. L’ambition d’instrumentaliser l’enseignement au profit de la compétition économique est manifeste" [1]. L’angle d’attaque trouvé chez nous est une pseudo-interdisciplinarité. Dans les TPE, les PPCP, les IDD, il faut "produire" : les projets proposés en exemple vont du plus utilitariste, voire du plus ridicule et méprisant pour l’élève (et l’enseignant), au plus savant... Les filières officieuses existant déjà pourront se reconstituer, au nom d’un "libre choix" parfaitement démagogique de l’élève fait pour flatter le "citoyen-consommateur" d’école, pour le plus grand profit des classes dominantes qui s’y retrouveront sans peine.

Certains ne manqueront pas, y compris du côté syndical, d’affirmer que nous "exagérons". Certes, l’intégralité des programmes de l’OMC, de l’OCDE et de la Commission Européenne en matière d’Education ne s’applique pas aujourd’hui en France... L’atout majeur de nos gouvernants est qu’ils maîtrisent le calendrier et savent appliquer la tactique du salami : ne pas avaler le saucisson d’un seul coup, mais le manger tranche après tranche. Selon les pays, selon les secteurs, selon les périodes, les rapports de forces sont plus ou moins favorables et les attaques plus ou moins audacieuses. Aujourd’hui, Lang finit le sale boulot commencé par Allègre. Après les présidentielles, quel que soit le résultat, le champ politique sera libre pour passer la vitesse supérieure. A moins que... les personnels reprennent, plus nombreux encore qu’il y a deux ans, le chemin de la lutte contre l’école néo-libérale, malgré les syndicats cogestionnaires qui restent, par choix politique, aveugles et sourds aux enjeux réels.

Il faut refuser cette logique en bloc, et lutter pour la démocratisation de l’école et de la société :

- Créer des postes et réduire les effectifs, dédoubler
- Refuser les classes à profil élitiste et leur pendant, les classes-ghettos
- Une école polytechnique pour tous, aux contenus socialement justifiés
- Permettre le travail d’équipes dans des établissements à taille humaine

SUD éducation Franche-Comté


[1N. Hirtt : contribution au Forum de Porto Alègre, disponible sur le site de l’Appel Pour une Ecole Démocratique (APED). http://users.skynet.be/aped/. Un site très riche. Voir notamment l’étude qui montre que la baisse des effectifs est déterminante pour la réussite scolaire...

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