Réforme des lycées : la régression scolaire ne se négocie pas

Une illusion de négociation pour un vrai démantèlement
vendredi 12 décembre 2008

En présentant le 17 juillet à la presse les principes de la réforme du lycée, Darcos rendait ses annonces quasiment invisibles pour la grande masse des personnels. Depuis la rentrée, les choses commencent à s’éclairer : fin octobre décision définitive sur les grands axes, décembre bouclage global de la réforme du lycée et mise en place d’une nouvelle seconde à la rentrée 2009. Il s’agit bien d’une réforme déjà ficelée qui vise à adapter le lycée et plus particulièrement le nombre d’heures de cours des élèves, aux milliers de suppressions de postes déjà annoncées. Derrière cette « réforme pédagogique » qui affiche le souhait d’une « plus grande autonomie des lycéens » se cache la volonté ministérielle de reformuler les obligations de service des enseignants.

Pour légitimer cette refonte du lycée, le ministre Darcos s’appuie sur une « feuille de route » signée par plusieurs syndicats. SUD Éducation a refusé de s’associer à ce qui ne pouvait être qu’un simulacre de négociation. Pour des raisons liées aux statuts des personnels, FO a fait le même choix. La CGT Éduc’action a retiré sa signature en septembre et le SNES a fait de même le 9 octobre.

Calendrier prévu

- Septembre – octobre 2008 : « concertation » (en deux mois, sur un sujet aussi vaste !).

- Fin octobre 2008 : décisions de Darcos sur les grands principes d’organisation.

- Novembre – décembre 2008 : lancement du travail sur les programmes, notamment pour la seconde.

Poursuite de la concertation sur les conséquences en matière de fonctionnement des établissements, d’exercice du métier d’enseignant, de vie lycéenne.

- Décembre 2008 : décisions de Darcos sur le projet définitif de seconde et les aspects essentiels du cycle terminal.

Consultations « formelles » (CSE, sans doute CNESER, autres).

- Janvier – juin 2009 : préparation de la rentrée dans les académies.

Affinement du projet pour le cycle terminal et les « modes de validation » (bac), poursuite du travail sur les programmes (adoption de ceux de seconde).

- Septembre 2009 : nouvelle seconde.

- Septembre – décembre 2009 : achèvement du travail sur les programmes du cycle terminal.

- Septembre 2010 : première année du nouveau cycle terminal.

- Septembre 2011 : deuxième année du nouveau cycle terminal.

- Juin 2012 : première session du baccalauréat.

De juillet à novembre déjà trop de raisons de dire non

Il s’agit en fait d’une remise en cause totale des enseignements en lycée. La réforme découpe le temps de travail des élèves en trois blocs :
- en seconde, 70% pour des enseignements fondamentaux, 20% pour des modules d’exploration et d’approfondissement, 10% pour des enseignements et activités dits d’accompagnement (18 modules semestriels dont 11 généraux, 4 d’exploration, 3 d’accompagnement) ;
- en cycle terminal, la répartition pourrait être respectivement de 45%, pour les enseignements fondamentaux, 45% pour ceux d’exploration et 10% pour l’accompagnement(16 modules généraux et 16 de spécialisation sur 2 ans).

L’essentiel reste de supprimer des heures et des postes. Le ministère fixe l’objectif en 2nde à 30h par semaine sur 36 semaines (soit 1080 heures annuelles). Aujourd’hui un élève de seconde a 28,5h de cours disciplinaires, 31,5 s’il prend une option facultative. Le ministère ne parle ni de dédoublement, ni de TP. Physique-chimie et SVT sont fondues dans les « sciences expérimentales » (3h annuelles) dans le bloc des enseignements généraux. Le cycle terminal devra aussi contribuer à la réduction de l’emploi public ! Le maintien d’une différence horaire prof / horaire élèves est ainsi un sujet de débat.

Le module semestriel de 3h devient la base de tout l’enseignement. On voit bien l’intérêt du ministère dans le cadre d’une annualisation des services des professeurs. Mais la généralisation de ce système avec la possibilité d’un enseignant différent tous les six mois va rendre le suivi des élèves quasiment impossible et pénalisera les élèves déjà en difficulté. L’enseignement par module pourra conduire également à faire disparaître le groupe classe qui organise aujourd’hui l’espace relationnel et affectif du lycéen et sert de base à la définition du service des enseignants.

L’appauvrissement culturel est un « dégât collatéral » assumé. En 2nde toutes les disciplines nouvelles en lycée (SES, ISI, médico social, IGC, LV3) deviendraient des modules d’exploration (optionnels). La plus grande incertitude règne encore à ce jour pour les sciences expérimentales (SVT, physique-chimie). Dans le cycle terminal, quatre familles de parcours sont prévues : humanités et arts, sciences, technologies et sciences de la société. Dans ce dernier parcours, les SES, sans doute trop critiques, perdraient leur influence au profit du droit et de la gestion.

L’accompagnement concernerait les élèves qui ont des difficultés, mais les autres seraient encadrés pour travailler sur les méthodes de travail ou la découverte des métiers, qui donnerait priorité aux partenariats avec les entreprises. Ces tâches relevaient, pour certaines, de rémunérations supplémentaires (prof principal, ISO…). Le projet serait-il de les intégrer dans la charge de travail de chacun et même d’augmenter le temps de travail (22 h) avec la même rémunération ? D’autre part, rien ne dit que cet accompagnement sera effectué par des enseignants et non pas, à terme, par des assistants pédagogiques, payés au SMIC ?

Pour régler les problèmes de gestion d’heures, qui ne manqueront pas d’apparaître sur le terrain, on invoque l’autonomie des établissements, notamment pour la mise en place des modules d’accompagnement, qui risquent de connaître le sort de « variable d’ajustement » qui est aujourd’hui celui de l’ECJS ou des TPE. Pour trancher dans les questions de cuisine interne, quoi de mieux que le « conseil pédagogique » afin de soumettre les enseignants aux choix contraints qui leur seront imposés et les faire collaborer à la gestion de la pénurie ? L’offre de modules serait discutée dans l’établissement, mais aussi au niveau rectoral en référence à une grille nationale. Le contenu des modules serait national.

Rien ne garantit que ce baccalauréat à parcours modulable et réduit restera un sésame acceptable pour des universités devenues « autonomes » avec la loi LRU. Rien ne garantit qu’il subsiste en tant qu’examen terminal et national.

L’autonomie des lycéens et l’égalité des droits demandent des moyens

Cette réforme ne peut qu’accroître les inégalités scolaires. Il ne simplifie en rien le parcours d’étude au lycée or plus un système est compliqué, plus ceux qui disposent d’information à son sujet peuvent en bénéficier. Comme la suppression de la carte scolaire, cette réforme renforce la mise en place de stratégies scolaires individuelles par l’élève et sa famille : choisir le « bon » établissements, les « bonnes » options en fin de 3e, le « bon » parcours dans le cycle terminal, tout cela reste inchangé par rapport à ce qu’on peut déplorer actuellement dans les études au lycée.

L’autonomie des lycéens, axe soi disant majeur de cette réforme, est un trompe-l’œil. Transformé en élève-client, il est convié à choisir son « menu » dans les différentes disciplines que son lycée lui propose. Mais son choix sera contraint par les moyens qu’aura pu obtenir effectivement son lycée, par la présence d’enseignants qu’il faudra bien « occuper », par les exigences des filières du supérieur... L’autonomie se construit et c’est une des tâches de l’école que de l’enseigner : renvoyer chaque lycéen à une autonomie qui serait « déjà là », c’est se préparer à le rendre entièrement responsable de ses échecs (« Si tu avais choisi la bonne option, le bon lycée... »), c’est justifier par avance les inégalités scolaires (« Tout le monde pouvait y arriver mais il fallait bien choisir »).

À la loi qui donne des obligations et des droits égaux, on substitue à tous les étages le contrat. Contrat entre le rectorat et le ministère, organisation contractuelle des enseignements dans chaque lycée, contrat entre le lycéen et les enseignements. Parallèlement, la concurrence est érigée comme modèle d’organisation notamment, chose nouvelle, entre les enseignants : pour pouvoir conserver ses « heures », son poste dans l’établissement, à l’enseignant de faire en sorte d’attirer les élèves pour qu’ils choisissent son module. Et quelle meilleure manière de le faire qu’en la présentant comme rentable ? De fait, est organisée une pression sur l’évaluation.

La réforme du ministère Darcos n’est donc que l’application de l’idéologie libérale au lycée, avec les dégâts que l’on peut voir actuellement dans le monde économique.

Pour un lycée de la réussite de tous, il faut des moyens, à commencer par une diminution importante du nombre d’élèves par classe en 2nde et dans le cycle terminal. Il faut du temps de concertation pour les équipes pédagogiques. Il faut que l’égalité des droits de tous les élèves à l’éducation prévale sur l’affrontement concurrentiel pour la meilleure place.

Une réforme pilotée par la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) et ses suppressions de postes

Cette réforme du lycée doit être replacée dans le contexte des suppressions massives de postes dans l’Éducation et dans tous les services publics. Toutes les réformes proposées depuis 2002 s’inscrivent dans la logique d’audits financiers : pour le lycée, l’audit préconisait la baisse de 20% des moyens par la suppression de spécialités (bacs techno ou pro), d’options et par la diminution des heures de cours. On y est …

Dans l’Éducation, aux milliers de suppressions de postes des années précédentes il faut ajouter les 80 000 annoncées par le gouvernement d’ici 2012 dont 13 500 pour 2009 avec leur cortège de mesures. Dans le second degré : poursuite du bac pro en 3 ans qui « économise » 10 000 postes en LP, inflation des heures supplémentaires ; dans le 1er degré, suppression des réseaux d’aide (RASED), développement des heures supplémentaires et rentabilisation accrue du travail des enseignants. Darcos lie de nouveau explicitement l’alourdissement des missions des enseignants, prévu dans le rapport Pochard, à la réforme du lycée.

Personne ne gagnera seul. Tous les personnels sont concernés. Organisons la lutte unitaire pour construire les possibilités d’une alternative démocratique pour l’École Publique.

SUD Éducation Calvados
7, avenue de Cambridge
14200 Hérouville-Saint-Clair
tél : 06-72-67-50-13 / 02-31-24-23-36
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