Report du procès en appel de Gafsa : parodie de justice dans une dictature policière

Témoignage de l’un des observateurs internationaux présents au procès
lundi 26 janvier 2009

La délégation internationale qui s’est rendue au procès était composée de trois algériens du Syndicat National Autonome des Personnels de l’Administration Publique (Santé), de trois marocains qui représentaient la Confédération Démocratique du Travail, l’Organisation Démocratique de Travail (Education) et une association d’avocat, d’un avocat français représentant la FIDH, de la CNT, de la FSU et de SUD éducation pour l’US Solidaires ainsi que de la députée PC Eliane Assassi.

Le procès en appel des 38 inculpés a commencé le mercredi 13 vers 10h [1] . La présence policière était impressionnante dans l’ensemble de la ville et surtout aux abords du tribunal.
Sur les 38 inculpés, trois n’étaient pas dans la salle : deux sont à l’étranger, un journaliste et M. Cherbib, accusés en réalité pour avoir diffusé les informations à l’étranger depuis le début du mouvement. Le troisième est atteint de tuberculose, son état ne lui permettait pas d’être présent, il est hospitalisé. La police a beaucoup tardé pour lui accorder des soins et laisser des médecins l’approcher, comme pour l’ensemble des accusés dont l’état de santé s’est dégradé, en raison surtout des tortures qu’ils ont subies [2] . Bechir Labidi a perdu vingt kilos et une partie de ses dents, son état est très critique.
L’Union Générale des Travailleurs Tunisiens a envoyé un représentant, seuls quelques syndicalistes locaux ont pu entrer, ceux qui venaient de Redeyef ont été refoulés, ainsi qu’un militante de Gafsa, agressée par l’un des chefs de la police locale récemment et la femme de l’un des inculpés. De plus, près de 80 avocats se sont constitués pour la défense, dont deux marocains venus exprimer leur solidarité avec les accusés. Ils ont pu plaider, profitant des imprécisions du code pénal tunisien. La plupart des avocats sont membres de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme, deux ont été envoyés par l’UGTT.
Les avocats ont demandé le report du procès en raison des invraisemblables et innombrables entorses au droit tunisien lui-même relevées lors du procès : les pièces à convictions (des CD de « propagande », des bâtons...) n’ont jamais été présentés ! Le premier jugement entérinait d’ailleurs la destruction de ces pièces, mais l’appel est heureusement suspensif d’un telle décision. Les accusés n’ont pas pu s’exprimer, les témoins aussi bien de l’accusation que de la défense n’ont pas été présentés non plus, les avocats ont relevé de nombreux vices de forme : PV antidatés ou truqués pour des accusés... qui n’étaient pas sur les lieux au moment des faits ! Les avocats, de plus, n’ont pas pu rencontrer la plupart des accusés avant le procès. Ils demandaient également que les accusés puissent bénéficier de soins, soient regroupés dans une seule prison (ils sont actuellement dispersés dans trois prisons pour multiplier les difficultés pour les avocats) et enfin que les familles puissent exercer leur droit de visite, lui-aussi bafoué jusqu’à présent... Enfin, plus important encore, ils demandaient, pour toutes ces raisons – une seule aurait suffit hors d’une dictature policière – la remise en liberté de tous les accusés.
Le tribunal a finalement reporté le procès en appel au 3 février, ce dont les avocats se sont félicités, mais a refusé de donner suite à toutes les autres demandes de la défense.

Il s’agit sans conteste d’un procès politique, la Tunisie n’a pas connu un tel mouvement, aussi long, depuis bien longtemps. Le pouvoir joue beaucoup dans ce procès, il craint que la protestation ne s’étende et sait que ce mouvement est mené par des militants et des populations qui estiment ne plus rien avoir à perdre (rappelons que dans la région, le taux de chômage est deux à trois fois supérieur au national qui est déjà de près de 15%). Le pouvoir craint aussi que les échos de ses exactions ne montent en puissance à l’étranger. Une campagne de propagande a été entamée dans la presse nationale pour dénoncer les « ingérences étrangères » dans les affaires tunisiennes ainsi que leur « relent de colonialisme » !
La présence d’une délégation étrangère au procès du 3 février est primordiale pour toutes ces raisons.

La fédération des syndicats SUD éducation de l’US Solidaires réaffirme son soutien total aux inculpés et exige leur libération immédiate et leur réintégration dans leurs postes !


[1Des jugements exorbitants ont été rendus lors du procès : jusqu’à 10 ans de prison ferme contre les militants syndicalistes Adnane Hajji, Bechir Labidi, Taïeb Ben Othman, Tarek Hlimi, Adel Jayyar, Hassan Ben Abdallah et Maher Fejraoui. En dehors de cinq accusés, tous les autres ont écopés de deux à six ans de prisons.

[2L’un des rares avocats qui ont pu voir les détenus a pris des photos explicites des séquelles des violences policières qu’ils ont subies et a demandé à ce qu’elles soient versées au dossier.

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