Répression antisyndicale en Algérie

Le syndicalisme autonome réduit à la clandestinité
mardi 6 mars 2007
mis à jour samedi 28 avril 2007

L’invitation de nos camarades du SNAPAP [1] a permis à la délégation de l’union syndicale Solidaires de se rendre compte de la gravité des entraves à la liberté syndicale en Algérie. Un constat accablant, confirmé par les responsables des syndicats autonomes de notre secteur professionnel [2].

JPEG - 32.3 ko

Pendant plus de trente ans, il n’a existé qu’une seule confédération intersectorielle des syndicats algériens : l’Union Générale des Travailleurs d’Algérie, liée au parti unique, le FLN. Ce n’est donc qu’en marge de l’UGTA, et dans la continuité des mouvements sociaux des années 80 et 90, qu’ont pu émerger des syndicats indépendants du pouvoir. Dans le secteur éducatif, le SATEF est ainsi le premier à avoir obtenu l’autorisation du gouvernement suite à la reconnaissance du pluralisme politique et syndical par la nouvelle constitution de 1989. Mais les événements du début des années 90, et la guerre civile à partir de 92, ont sonné le glas de cette période de démocratisation. L’instauration de l’état d’urgence, toujours en vigueur aujourd’hui, permet de briser tous les mouvements sociaux. Car, bien que constitutionnels, ils sont déclarés illégaux en tant que menaces pour l’ordre public !

Dans le secteur de l’éducation, de nombreux mouvements ont néanmoins eu lieu depuis les années 90. Mais c’est en 2003 et 2004 qu’ils ont connu leur apogée. Les revendications portaient sur les salaires [3] et les conditions de travail mais aussi sur la reconnaissance de la représentativité des syndicats autonomes, qui conditionne l’autorisation de se réunir et de lancer des préavis de grèves. Cette représentativité est réelle. En 2003, quand les autonomes entamèrent leur mouvement, le CLA et le CNAPEST estiment que 94% des enseignants du secondaire se sont mobilisés à Alger. Les autonomes sont maintenant présents sur tout le territoire national et ont étendu les coordinations, au départ informelles, à l’ensemble des villes du pays.

En retour, la répression a pris de multiples formes : suspensions sans traitement des responsables syndicaux, et ce depuis plusieurs années pour certains ; procès prolongés le plus longtemps possible, avec les frais de défense que cela implique ; gardes à vues, menaces physiques et harcèlement moral par les hommes du gouvernement mais aussi par les gros bras de l’UGTA qui n’entend pas se laisser dépouiller de ses privilèges (bien que certains autonomes affirment qu’il existe des franges non inféodées et militantes dans cette fédération, point qui ne fait pas consensus entre eux...).

Le gouvernement fait également traîner l’examen des dossiers de représentativité et s’efforce de corrompre les membres des bureaux des autonomes. Quand il ne peut les contrôler, il favorise la création de bureaux parallèles afin de discréditer ces syndicats et d’empêcher leur développement. Certains se sont vu retirer leurs locaux alors que toute réunion dans les lieux publics leur est interdite ! Les autonomes doivent fonctionner sans moyens, ce qui ne représente pas le moindre des handicaps quand il faut faire face au harcèlement judiciaire. Enfin, pour exemple, quand la délégation Solidaires est arrivée dans
les locaux quasi-clandestins du SNAPAP, les lignes téléphoniques ont soudainement rencontré des « dérangements temporaires »... ce qui semble absurde dans la mesure où leurs membres communiquent par portables. Tous les moyens sont bons, donc, pour rappeler l’omniprésente surveillance de la police.

La demande de solidarité internationale est très forte chez nos camarades algériens, car elle permettrait certainement de limiter les ardeurs antisyndicales du pouvoir. C’est ce que nous ont confirmé les journalistes indépendants d’El Khabar [4] et d’El Watan, dont la vigilance constitue aujourd’hui la seule protection des syndicalistes contre l’aggravation de la répression.

Nous saluons le courage de nos camarades autonomes algériens, et nous les assurons de notre soutien. Il va de soi que ces premières rencontres seront suivies d’efforts pour consolider les liens qui ont été noués. Le système éducatif algérien, semblable au nôtre, est également en proie à un démantèlement libéral, comme en témoigne le transfert des secteurs de la formation vers le privé prévu dans les semaines à venir. Il y a fort à parier que cela serve de test pour l’application de ce projet de l’autre côté de la méditerranée...

Commission fédérale International


[1Syndicat National Autonome des Personnels de l’Administration Publique

[2Les 28 et 29 novembre 2006, à Alger, le délégué de Sud éducation s’est entretenu avec les représentants des syndicats suivants : Conseil National Autonome des Personnels de l’Enseignement Secondaire et Technique, Conseil des Lycées d’Alger, Syndicat National des Travailleurs de l’Education, Syndicat Autonome des Travailleurs de l’Education et de la Formation, Conseil National de l’Enseignement Supérieur et BCN CNES (administration et résidences universitaires) ainsi qu’avec d’autres syndicats du secteur de la formation, notamment dans le domaine du paramédical.

[3Un enseignant gagne environ 200 euros par mois après une dizaine d’années d’exercice alors que le niveau de vie à Alger est presque l’équivalent de celui de Marseille.

[4500000 exemplaires dans tout le Maghreb.

Navigation

Agenda

<<

2019

>>

<<

Septembre

>>

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
2627282930311
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30123456