Retour sur le traitement médiatique de L’affaire DSK

samedi 26 novembre 2011

L’affaire DSK fut l’occasion d’un surprenant déchaînement de poncifs, d’aberrations, de propos sexistes. Elle est une bonne illustration des clichés véhiculés quand une plainte pour viol est déposée, surtout quand elle concerne une personnalité. En effet, journalistes et média ont largement relayé les voix scandalisées par le comportement inadmissible vis-à-vis… du présumé agresseur. Notre propos n’est pas de rejuger cette affaire, mais de souligner comment l’accusation de viol fut minimisée et comment les vieux stéréotypes ont resurgi à travers les média.

La sous-estimation du crime

Cette sous-estimation est une forme de déni du viol. Citons quelques morceaux choisis assez consternants voire scandaleux. Ainsi on a pu lire ou entendre ce qui suit  : « Au minimum », elle a sur-réagi face à « une peccadille » (JF Kahn). Elle aurait mal interprété l’acte, ce n’était vraiment rien. Et DSK n’est coupable que « d’une imprudence » (le même).

On a même cru bon d’opposer deux cultures pour expliquer la mauvaise interprétation des faits : du puritanisme face à une pratique de l’exception française du « libertinage ». Ce n’était donc qu’un innocent jeu de séduction. Si on en croit la définition de libertin — qui s’adonne aux plaisirs charnels avec un certain raffinement — on s’éloigne de l’image d’un violeur brutal.

Un « simple troussage de domestique » (JF Kahn). Là on se demande dans quel siècle vit l’auteur de cette explication. On trouve normal qu’une « domestique », autant dire personne, subisse les assauts sexuels de son maître. De toute façon, « il n’y a pas mort d’homme » (J. Lang) !

La plainte fait doute et l’accusation s’efface devant un « complot », une manœuvre qui vise à abattre un homme pour des motifs politiques. En effet, DSK avait plus à perdre que cette femme de ménage, donc il n’a pas pu la violer. On a aussi la solidarité de B.H. Levy qui considère DSK comme un « séducteur », mais pas un violeur ou qui doute de la sincérité de Tristane Banon « qui prétend avoir été victime d’une tentative de viol du même genre ; qui s’est tue pendant huit ans mais qui, sentant l’aubaine, ressort son vieux dossier et vient le vendre sur les plateaux télé ».

La minimisation de la plainte pour viol oublie la victime et la violence de l’agression. Peu de voix se sont élevées ne serait-ce que pour témoigner de la compassion à Mme Diallo. On voit aussi comment les mots peuvent faire mal et sont loin d’être neutres.

C’est aussi par les média que le terme « tournante » plutôt que viols collectifs s’est répandu. L’utilisation du mot tournante au lieu de viol atténue la gravité de l’acte, or le viol est un crime dans le code pénal.

Les stéréotypes sexistes et sociaux

La domination masculine est toujours présente, implicite, qu’elle soit physique, économique ou sexiste : les femmes sont faites pour servir les hommes. Les femmes sont des objets de désir, soumises au plaisir des hommes, qu’elles le veuillent ou non (le fameux « même si elles disent non, c’est peut-être oui quand même »).

De plus pour être crédible, une femme victime de viol doit attester d’une moralité sans tache, d’une attitude, d’un comportement exemplaires. Dans le cas contraire, c’est qu’elle l’a cherché en ayant une tenue provocante, des mœurs libertines (sic), un passé licencieux… De victime, elle devient responsable de ce qui lui est arrivé. C’est ainsi que le juge américain abandonne les poursuites contre DSK au seul motif que N. Diallo a, par le passé, menti — peu importe si ce mensonge n’a rien à voir avec le viol. C’est donc aux femmes d’être irréprochables pour être crédibles alors que les hommes seraient, eux, incapables de freiner leurs pulsions.

Les stéréotypes ne sont pas que sexistes, ils sont aussi sociaux. Dans 90 % des cas de violences envers les femmes qui sont jugés, les agresseurs viennent des classes populaires. Or, ces violences existent dans toutes les classes sociales. Si, dans les classes sociales supérieures, peu de cas sont jugés, c’est que les agresseurs ont plus de pouvoir, de relations et font davantage pression sur leurs victimes. Et quand ces agresseurs sont des personnes publiques (homme politique, artiste, sportif…) ces dernières bénéficient contre toute attente d’élans de sympathie. Souvenons-nous de Roman Polanski pour lequel il y a eu une levée de boucliers pour le défendre contre la justice américaine le poursuivant pour le viol, il y a quelques années, d’une mineure. Ainsi Finkielkraut soulignait que la fillette faisait plus que 13 ans et qu’elle posait nue pour Vogue homme (donc… !)

Le viol est une violence criminelle qui nie l’autre et la détruit. Sa dénonciation ne doit pas s’arrêter à une journée symbolique contre les violences faites aux femmes. La sous-évaluation du nombre de viols montre les difficultés qu’éprouvent et rencontrent les victimes : blessures profondes, dévalorisation, incrédulité et culpabilisation.

Commission Droit des Femme