Retraites en danger !

 septembre 2002
mis à jour samedi 15 janvier 2005

Au début de l’année 2001, le MEDEF, dans le cadre de sa "refondation sociale", prônait une réforme radicale des retraites. S’appuyant sur un "scénario catastrophe" démographique, le patronat appelait à une "attitude responsable", c’est-à-dire : accepter l’augmentation de la durée des cotisations. La mobilisation dans la rue des salariés a rendu momentanément caduques ces propositions. Momentanément seulement, car un an et quelques élections plus tard, la droite triomphante reprend le flambeau : invoquant l’impossibilité de payer les retraites d’ici dix ans, Raffarin ne jure que par la "réforme inévitable". Derrière cette déclaration d’intention, se profile, au minimum, l’alignement de la durée de cotisation des fonctionnaires sur le privé (c’est-à-dire quarante annuités pour tous).

Sans nier la réalité du vieillissement de la population française (qui reste cependant à nuancer, dans la mesure où, alors que dans les pays européens le taux de fécondité se situe entre 1,2 et 1,5 , il est en France en augmentation, à 1,9 en 2001), il convient d’analyser avec rigueur les différents chiffres et malentendus qui accompagnent les gesticulations patronales et raffarinesques. Pourquoi devrait-on vraiment réformer les retraites ? Pourquoi devrions-nous nous résigner à la remise en cause des 37,5 annuités ? Qu’est-ce donc que ce "réalisme" auquel on nous convie ?

L’analyse de la droite et du patronat s’appuie sur le constat démographique suivant : du fait de l’augmentation de l’espérance de vie, le nombre des retraités croît beaucoup plus vite que celui des actifs, ce qui signifie que le nombre des retraités à la charge des actifs va nécessairement augmenter. Ainsi, alors qu’aujourd’hui dix actifs financent quatre retraites, on estime qu’en 2040, dix actifs devront financer sept retraites. Au vu de ce déséquilibre, l’augmentation de la durée de cotisation des fonctionnaires peut sembler raisonnable, et même juste, si l’on songe à l’inégalité qui existe sur ce point entre privé et public.

En résumé : l’impératif démographique convoque le bon sens et décrète à l’augmentation nécessaire de la durée des cotisations. Pourtant, nous sommes un certain nombre à faire fi de ce supposé bon sens et à revendiquer l’alignement de la durée des cotisations à 37,5 annuités (c’est-à-dire à exiger ni plus ni moins que le retour à l’avant-Balladur). Serions-nous donc fous ?

Il se pourrait que la question des retraites soit mal posée. En effet, lorsqu’on parle du financement des retraites, on parle d’un équilibre entre nombre d’actifs et nombre de retraités. Ce faisant, on oublie au passage que la catégorie "actifs" regroupe aussi bien les travailleurs actifs occupés que les travailleurs privés d’emploi (les chômeurs !). Or il est clair que les privés d’emploi ne contribuent pas au financement des retraites. Si bien que lorsqu’on parle d’un déséquilibre entre actifs et retraités, on ne vise qu’un rapport entre actifs occupés et retraités. Autrement dit, penser le problème des retraites suppose sans doute de se tourner vers sa véritable cause, le chômage, et de ne plus se focaliser sur le seul aspect démographique.

Puisque les cotisations sont prélevées sur les salaires, toute amélioration de la situation des salariés facilite le financement des retraites. Ceci signifie que l’alternative à la hausse de la durée de cotisation passe par la baisse du chômage, mais aussi par la lutte contre la précarité (un travailleur à temps partiel cotise moins qu’un travailleur à temps plein) comme par l’augmentation des salaires. Quoiqu’on dise, en effet, celle-ci est largement permise par la croissance de la production et l’explosion des profits au détriment des salaires (augmenter les salaires équivaut à ce que des richesses aillent aux organismes sociaux et non aux actionnaires).

En définitive, il est quand même curieux que l’allongement de la durée de vie (par ailleurs inégalement distribuée selon les professions) puisse être présentée comme une catastrophe. Il est quand même curieux qu’on ne veuille voir dans le problème des retraites qu’un problème démographique. En fait, nos luttes actuelles (notamment contre la précarité) rejoignent et ne font qu’un avec notre lutte proche sur la retraite à 37,5 annuités pour tous. Exiger le retour à une retraite pleine et entière après 37,5 annuités de cotisations, calculées sur les dix meilleures années, pour tous, salariés du privé et du public, n’est donc pas une posture défensive. Une telle exigence va au contraire de pair avec l’idée que le chômage et la précarité ne sont pas une fatalité.

Sud Val d’Oise

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