Retraites : ils s’arrêteront là où nous les arrêterons !

jeudi 25 mars 2010

Laurence Parisot, présidente du Medef, ne veut pas d’une réforme « bricolage » mais bien d’un véritable recul de l’âge légal de départ.

En bons élèves du FMI qui préconise des réformes visant à « réduire l’accumulation d’engagements futurs au titre des retraites et de la santé », le gouvernement veut rendre caduque le système solidaire des retraites par répartition financé par la part socialisée du salaire (ce que les patrons appellent « les charges »). La paupérisation de nombre de futurs retraités est en jeu.

Déjà, 50% des retraites sont inférieures à 1 000 euros et un million de retraités vivent sous le seuil de pauvreté. Les mesures prises par la droite et le Medef ont aggravé les inégalités pour toutes les personnes — leur nombre croît depuis 30 ans — dont la carrière n’a pas été un long fleuve tranquille. Les femmes en particulier, dont les retraites sont déjà inférieures de 40% à celle des hommes sont maintenant pénalisées par l’allongement de la durée de cotisation et par la double peine que constitue la sévérité des décotes.

L’argument démographique

La droite, les lobbys néo-libéraux et la Commission européenne instrumentalisent la question démographique. « Nous vivons plus longtemps… les retraites sont payées plus longtemps… l’équilibre des comptes n’est plus possible ». Cette rengaine a servi à allonger la période de cotisation. Elle nous est resservie pour justifier la fin de la retraite à 60 ans. La réforme de 2003 a déjà imposé un processus d’allongement permanent de la durée de cotisation en y affectant les deux tiers de la croissance de l’espérance de vie à 60 ans (de 37,5 annuités à 40, puis à 41 en 2012 et à 42 ensuite). Si nous sommes pour l’abandon de ce processus qui allonge la durée du travail, nous devons cependant prendre l’argument de la démographie au sérieux.

À la fin des années 1990, l’INSEE annonçait l’effondrement du taux de fécondité. Il n’en a rien été. La France devait compter 70 millions d’habitants en 2050 (64 millions prévus par les anciennes projections). À cette date, les retraités seraient 650 000 de moins que dans les prévisions antérieures.
Les retraités, de 11 millions en 2000, devraient passer à 21 millions en 2040, une augmentation due à deux facteurs : l’allongement de la durée de la vie et l’arrivée à l’âge de la retraite de la génération du « baby-boom », née entre 1946 et 1976. Les derniers nés de cette génération arriveront à l’âge de la retraite entre 2036 et 2040. Des « classes creuses » arriveront ensuite et le nombre de retraités se mettra à diminuer.

L’allongement de la durée de la vie n’est pas d’un trimestre par an comme le proclament Sarkozy et Parisot, mais de 0,44 trimestre par an selon l’estimation du rapport du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) de 2007. La population en âge de travailler ne subirait pas une diminution de 4,1 millions entre 2006 et 2050 comme dans les précédents scénarios du COR, mais resterait stable. Et la richesse produite par le travail devrait doubler en moins de 40 ans.

Le Medef et d’autres utilisent l’allongement de l’espérance de vie pour conclure à l’évidence de l’augmentation de la durée de travail. Ils oublient qu’à 35 ans, un cadre peut espérer vivre 46 ans et un ouvrier 39 ans. Ils oublient que l’espérance de vie « en bonne santé », sans incapacité majeure, n’est que 64,2 ans pour les femmes et 63,1 ans pour les hommes.

L’allongement de la période de cotisation et le recul de l’âge de départ en retraite ignorent la persistance du chômage de masse. Des centaines de milliers de salariés restent au travail au-delà de 60 ans, quand des centaines de milliers de jeunes sont sans emploi. Au-delà, on mesure l’hypocrisie du discours gouvernemental sur l’emploi des seniors quand plus de 6 salariés sur 10 sont hors emploi au moment de faire valoir leur droit à la retraite.

Pourquoi repousser l’âge de départ à la retraite alors que les entreprises se débarrassent de leurs salariés avant 60 ans ? Pourquoi si ce n’est pour abaisser par ce biais le montant des pensions.

Le recul continu du montant des retraites, les incertitudes sur leur avenir et la constance du chômage fragilisent le pacte entre générations. Comment les jeunes générations pourraient-elles accepter de financer les retraites de la génération qui n’est plus au travail alors qu’elles mêmes estiment qu’elles toucheront une retraite qui ne leur permettra pas de vivre ? Pour que les jeunes générations aient confiance dans notre système de retraite et le défendent, il faut assurer à tous, le bénéfice d’une retraite correcte, à un âge (60 ans) où tous auront l’espérance de vivre plusieurs années en bonne santé. Il faut réaffirmer qu’on peut vivre plus longtemps et travailler moins.

L’avenir des retraites n’est donc pas fondamentalement un problème démographique. L’annonce de mesures régressives pour faire face à une situation susceptible d’intervenir d’ici 40 ans constitue un tour de passe-passe qui permet d’imposer aux salariés de fausses évidences mais de vraies régressions.

Comment financer les retraites ?

Le déficit du régime général (branche vieillesse) se montait à 8,2 milliards d’Euros en 2009 et 5,6 milliards d’Euros en 2008 ; il devrait être de 10,7 milliards d’Euros en 2010 (prévisions du gouvernement). Cette augmentation est liée, en partie, à la forte montée du chômage qui réduit la masse salariale et donc le montant des cotisations retraites. La stagnation des cotisations patronales depuis 30 ans est une autre cause à laquelle s’ajoutent les exonérations de cotisations patronales pour des bas salaires, la faiblesse du SMIC et des augmentations salariales sur les dix dernières années.

En 2050, si ces ressources n’augmentent pas, le besoin de financement de nos retraites s’élèverait à 200 milliards d’euros par an. Sur la même période le PIB devrait atteindre 3 600 milliards d’Euros (+ 40%) et la productivité du travail devrait doubler. Maintenir la situation actuelle capterait 6% du PIB. Entre 1960 et 2000, la part du PIB consacrée au financement des retraites a augmenté de 8%. Serait-il impossible de l’augmenter de 6% entre 2010 et 2050 ?

Aucune hausse des cotisations retraites n’est jamais envisagée dans les discours du gouvernement. Pourtant, le COR constate que « l’effet positif d’une hausse du taux de cotisation sur le solde du régime est immédiat et durable ». En 2001, le COR estimait que, même avec un taux de chômage ramené à 4,5% de la population active, il faudrait encore augmenter de 15 points le taux de cotisation pour équilibrer nos régimes de retraites en 2040 et tenir un taux de remplacement de 75% du salaire.

15 points d’augmentation en 40 ans, cela représente une augmentation d’environ 0,37 point par an (0,25 point pour les cotisations patronales et 0,12 point pour les cotisations salariales). Cette augmentation est évidemment préférable à la généralisation de la pauvreté chez les retraités promise par l’allongement continuel de la durée de cotisation.

Après la grève du 23 mars, il faut construire les conditions d’un affrontement durable face au gouvernement et au Medef.

- Pas de retraite inférieure au SMIC.
- Validation des périodes de chômage et d’étude dès l’âge de 18 ans.
- 37,5 annuités de cotisation pour une retraite à taux plein.
- Taux de remplacement de 75% du salaire calculé sur les 6 meilleurs mois pour tous, privé et public.
- Indexation des pensions sur les salaires, maintien de la parité d’évolution des revenus entre actifs et retraités.
- L’âge de départ à taux plein à 60 ans, avec départ à 55 ans pour les salariés ayant effectué des travaux pénibles et le maintien des régimes spéciaux.

Sud éducation Puy de Dôme

Le libéralisme contre la solidarité

1993 - Balladur réforme en plein été, sans opposition. Calcul sur la moyenne des salaires des 25 meilleures années, au lieu des 10. Indexation sur les prix et non plus sur les salaires. Passage de 37,5 à 40 annuités pour une retraite complète. La décote vient réduire le tout de 5% par année manquante. Diminution des pensions du secteur privé de 20%.

1995 - Grandes grèves de décembre contre la casse des régimes spéciaux. Juppé et Chirac doivent reculer.

2003 - Énormes mobilisations sans la CFDT vite rangée aux côtés du gouvernement. La grève reconductible se développe surtout dans l’Éducation nationale. La CGT maintient ses grandes fédérations (énergie, transports, Poste) à l’écart de la grève reconductible. Passage de 37,5 à 40 annuités dans la Fonction publique. Maintien de la référence aux 6 derniers mois pour le calcul de la pension. Mise en place des décotes.

2007 - Au nom de l’équité, figure de proue du nivellement par le bas, le gouvernement attaque les régimes spéciaux. La grève unitaire se prépare dans les gares et le métro. Le secrétaire général de la CGT rencontre Sarkozy. Le conflit est désamorcé, la grève durera quand même plus d’une semaine.

Les effets de la loi Fillon de 2003 dans l’Éducation nationale

En 2003, nette augmentation des départs en retraite dans toutes les catégories. Des femmes anticipent leur départ après avoir pris connaissance d’un durcissement des conditions d’obtention de la bonification de durée des services d’un an par enfant. D’autres veulent éviter les effets de la décote qui se met en place en janvier 2006. De 0,125% par trimestre manquant en 2006, elle doit passer à 1,25% en 2015. Elle sert à réduire la pension (30% des enseignants du premier degré touchés par la décote en 2007), elle risque aussi de nous empêcher de partir avant d’avoir atteint l’âge limite (âge auquel la décote ne s’applique plus… 63 ans en 2012). En moyenne, sur l’ensemble des départs en retraite du secteur, l’âge de départ a augmenté de 1 an entre 2000 et 2007. Dans ce cadre, la retraite à 55 ans pour celles et ceux ayant exercé 15 ans comme instituteur ou institutrice devient un souvenir… Les années d’étude font que la retraite à 60 ans apparaît souvent comme une fiction.

60 ans reste un repère important, c’est à partir de là que s’évalue l’âge limite. Si l’âge de la retraite recule, l’âge limite recule et les possibilités d’obtenir une pension complète s’amenuisent.

Autre point d’affrontement, le gouvernement voudrait imposer la référence aux 25 meilleures années comme dans le privé et casser la référence aux 6 derniers mois comme base de calcul des pensions. Dans un secteur qui a beaucoup recruté dans les années 80, la casse des retraites provoquerait une paupérisation réelle.

Il est donc important de militer pour la validation des périodes de chômage et d’étude dès l’âge de 18 ans et pour la suppression de toutes les décotes.

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