SOULÈVEMENT ET RÉPRESSION À SIDI IFNI (Maroc)

jeudi 30 octobre 2008

Depuis longtemps, les Aït Baaram, tribu amazigh de la région, dénoncent leur marginalisation, le retard dans le fonctionnement du nouveau port et de toutes les promesses de développement, le manque d’infrastructures routières et d’une assistance médicale digne, le chômage généralisé et le piston pour les emplois publics de la part de la Municipalité. En septembre 2007, le boycott des élections parlementaires a été pratiquement total ; il répondait à l’appel de l’ensemble des associations.

Le 30 mai dernier, la section locale de l’ANDCM a décidé de bloquer le port à cause du manque de travail pour les jeunes. Des centaines de jeunes se sont associés à la manifestation, et ils ont installé un campement devant le port, bloquant la sortie des camions frigorifiques de transport de poisson. Des négociations ont commencé, qui n’ont débouché sur aucun accord, jusqu’à ce que, le 7 juin, à quatre heures du matin, plus de 5000 membres des Forces Auxiliaires et de la police, dirigés en personne par le général Laanigri ont envahi la ville et se sont jetés violemment sur le piquet qui bloquait les accès au port. Après l’avoir dispersé brutalement, ils ont commencé à pénétrer dans les maisons, à arrêter leurs occupants, à piller, à voler, et à prendre des otages s’ils ne trouvaient pas qui ils cherchaient.

Les affrontements du dimanche ont été terriblement durs. Le bilan de la répression est encore difficile à déterminer. On donne les chiffres de 7 morts identifiés, de plus de 100 blessés, certains gravement, on cite le viol devant leur famille de deux jeunes femmes, l’humiliation de femmes qu’on a déshabillées dans les rues, la destruction de maisons, des vols, des pillages, des passages à tabac… Il y a eu aussi 32 policiers blessés.
187 personnes ont été arrêtées, elles sont relâchées de façon échelonnée, au compte-gouttes. Des jeunes sont toujours recherchés, certains d’entre eux se sont réfugiés dans les montagnes avoisinantes.

Pendant toute la semaine du 8 au 15, a été maintenu le siège policier de la ville, avec des contrôles sur toutes les voies d’accès. L’entrée a été interdite aux médias (Al Jazira, TVE, Al Massae…) et le directeur d’Al Jazira au Maroc a même fait l’objet d’un procès pour avoir diffusé qu’il y avait eu des morts…

Le dimanche 15 mai une caravane de solidarité avec le peuple de Sidi Ifni, regroupant des personnes venues de toutes les parties du Maroc, plus de 500 participants, est arrivée à la ville assiégée. À l’entrée, ses habitants, qui ont poursuivi leur lutte malgré l’occupation militaire (manifestation de femmes le 8, sauvagement réprimée, grève générale le 12, rues désertes, foulées seulement par les bottes militaires), sont sortis pour accueillir la caravane et ont brisé l’encerlement policier qui les maintenait isolés. La marche a parcouru toute la ville, regroupant plus de 10.000 personnes (Sidi Ifni compte environ 20.000 habitants). L’arrivée de la manifestation à proximité de l’Institut Moulay Ali Abdellah et la présence provocatrice de la police aux alentours a donné lieu à la réponse combative de la jeunesse, qui à tout moment a été à la tête de cette lutte. La réponse violente des forces de police lançant des gaz lacrymogènes a provoqué de graves blessures chez un jeune qu’une des grenades a atteint à la tête ; il a dû être transféré à l’hôpital d’Agadir où il se trouve dans l’Unité de Soins Intensifs. Plus tard, la manifestation a coïncidé avec l’enterrement de Mohamed Chafaï, dont la mort a été causée par une crise cardiaque lorsque la police a envahi sa maison et arrêté son fils. Son enterrement a donné lieu à une autre manifestation populaire qui a dénoncé sa mort comme un assassinat, protesté contre la répression et exigé le châtiment des responsables.

Malgré tout, la vérité fait son chemin, et il apparaît de plus en plus certain que la brutale répression du 7 a causé plusieurs morts. En plus des quatre cadavres apparus sur la plage et qui restent à identifier, on revient à la vieille tactique de Hassan II des « disparus ». On nie la mort et les cadavres restent introuvables pour rien de puisse être prouvé. Il y a des camarades disparus dont on ignore la situation : en fuite, dans les hôpitaux, ou peut-être morts.

La caravane et la manifestation du dimanche ont signifié non seulement la rupture de l’encerclement de la ville, mais aussi une grande dose de courage et de moral pour la population qui, massivement, a réoccupé les rues. À présent plus que jamais ils ont besoin de solidarité et de soutien.

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