SUD Education, naissance d’une fédération

 juin 1998
mis à jour samedi 12 novembre 2005

A LYON, fin mai 1998, les syndicats SUD Éducation ont tenu Congrès pour constituer leur Fédération. Pendant quatre jours, la belle et vénérable Bourse du Travail a été le lieu d’intenses débats sur les statuts dont devaient se doter les jeunes, et parfois tout nouveau-nés, syndicats SUD, pour se donner les moyens d’une existence nationale tout en garantissant l’autonomie des structures locales, académiques ou départementales.

La Fédération de syndicats autonomes est apparue comme la forme la plus appropriée du syndicalisme que nous voulons construire, à la fois syndicalisme de lutte et de transformation sociale, et syndicalisme mettant en pratique un fonctionnement démocratique :
- élection de délégués mandatés et révocables au Conseil Fédéral, instance délibérative de la Fédération, qui se réunit régulièrement pour décider des interventions nationales,
- élection d’une Commission Exécutive nationale chargée de mettre en application les décisions du Conseil Fédéral
- rotation des mandats et des décharges de service, afin de permettre le contrôle des instances et d’éviter la "professionnalisation" des mandatés. Il s’agit d’éviter que les adhérents ne soient dépossédés des orientations et des choix de leur syndicat.

- L’exigence, fortement exprimée, de l’exercice réel d’une démocratie à la base a amené à poser comme condition d’adhésion à la Fédération le respect des principes suivants :
- tenue d’Assemblées Générales d’adhérents régulières et décisionnelles,
- élaboration collective des orientations,
- contrôle permanent de l’exécutif.

Nés d’abord à Toulouse et à Paris après le mouvement social de décembre 1995, qui a confirmé la crise du syndicalisme français et l’impossibilité pour les "oppositionnels" membres des syndicats institutionnels de faire entendre leur voix divergente, - et très vite multipliés dans de nombreuses académies -, les syndicats SUD-Education se sont pendant deux ans employés à débattre de leurs besoins et de leurs luttes pour définir un cadre de structuration nationale.

C’était un pari audacieux pour les membres de SUD-Education et d’autres syndicats indépendants comme les SDE, venant d’horizons divers, syndiqués antérieurement ou non, que d’utiliser leurs divergences et leurs craintes pour les dépasser et en faire une force et une richesse.

Pari tenu ! Chemin faisant, par la discussion et la confrontation des expériences, dans la diversité des situations et des conceptions, sont nés des projets de statuts qui ont amené sur le bureau du Congrès fondateur pas moins de 180 amendements en provenance de tous les syndicats ayant participé à la préparation du Congrès.

Et à Pentecôte, pendant que les personnels enseignants, - mais pas les agents administratifs et les personnels ouvriers, qui devaient continuer leur service -, profitaient d’un Pont providentiel, les délégués au Congrès ont pu, grâce au travail préalable de leurs camarades lyonnais qui avaient assuré la préparation matérielle de ce 1er Congrès, mener à terme deux années de gestation syndicale et donner naissance, dans l’effort et parfois quelques contractions, à ce qui devrait permettre à SUD-Education de grandir et se développer, intervenir et peser dans la vie politique et sociale : une Fédération.

Pour autant, les débats ne sont pas clos, loin s’en faut, sur des questions aussi cruciales que la syndicalisation des personnels du secteur privé intervenant dans l’Education Nationale (personnels de nettoyage en particulier) ou l’adhésion des étudiants à notre Fédération.

De même, la question de la protection du droit d’expression dans le syndicat reste-t-elle au coeur de nos préoccupations. Les textes, aussi peaufinés soient-ils, ne peuvent en effet suffire à garantir la démocratie et à protéger des dérives bureaucratiques dont chacun voudrait éviter qu’elles se reproduisent ; l’objectif d’un "autre syndicalisme" est de ne pas se figer dans des combats formels, mais bien d’être un outil au service des luttes sociales pour qu’elles aboutissent à une véritable transformation des rapports sociaux.

Solidaire, Unitaire et Démocratique, tel est le sens du combat que la Fédération des syndicats SUD-Education vous invite à rejoindre si, vous aussi, vous pensez qu’il est temps de prendre place dans l’élaboration et la défense de revendications intercatégorielles (contre le pouvoir hiérarchique qui divise et précarise les personnels), interprofessionnelles (contre la casse des services publics) et, plus largement, dans la lutte contre les ravages du libéralisme à l’école et dans tous les autres secteurs de la vie sociale (chômage, précarité, racisme...)

C’est de ce combat, mené pendant plusieurs mois aux côtés des personnels et des parents d’élèves de Seine Saint-Denis, qu’a témoigné devant le Congrès SUD-Education Créteil ; celui des Algériens et Tunisiens victimes de la double peine et en grève de la faim à Lyon contre la loi d’expulsion de l’Etat Pasqua-Chevènement, que le syndicat du Rhône a soutenus activement pendant plus de cinquante jours, a été l’occasion pour les membres du Congrès de leur manifester leur soutien militant en participant à une occupation de locaux emblématiques des procédures d’expulsion (Compagnie de transports maritimes en Méditerranée).

Des syndicalistes de SUD-Rail et SUD-PTT, du SNUI, membres, comme SUD-Education, du Groupe des 10, sont venus suivre notre 1er Congrès. SUD-Etudiants, l’UNSEN-CGT, le SNUDI sont également venus saluer les congressistes.

Enfin, un nouveau pas à été franchi dans la constitution d’un réseau syndical européen avec des syndicalistes représentant la CGT espagnole, le Syndicat espagnol des Travailleurs de l’Enseignement, l’Association du 3 Février italienne et l’UNICOBASCUOLA .