SVT : Sexe, Vice, Transgression ?

samedi 26 novembre 2011

Depuis le printemps dernier, le nouveau programme de SVT des sections de première L et ES met en fureur les députés de la droite dite populaire et émeut le lobby des associations familiales catholiques. Selon ces censeurs politiques et ces bien-pensants réactionnaires, les manuels de sciences (Bordas, Hachette, Hatier notamment) professeraient désormais un dégoûtant « enseignement de l’homosexualité » et propageraient une répugnante « idéologie du genre ».

En réalité, l’innovation des programmes, répercutée par les éditeurs, consiste à ajouter, dans le chapitre consacré à la sexualité et la maîtrise de la procréation, un module intitulé « devenir homme, ou femme ». Fort pertinemment, et conformément aux connaissances pluridisciplinaires contemporaines, il distingue le « sexe » (déterminé par des chromosomes et des hormones), « l’orientation sexuelle » (qui relève de choix personnels) et le « genre », construction socio-culturelle variant dans le temps et l’espace, qui fabrique l’identité masculine ou féminine en assignant des rôles différenciés et hiérarchisés, par imprégnation et imitation, au nom des différences physiques.

Nos moralistes effarés, probablement abreuvés de publications de biologistes nord-américains réactionnaires, ou, pire, des best-sellers bien connus martelant que « les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus », justifient l’asymétrie des rôles au nom de la « nature ». Ils refusent vigoureusement le genre, qui est pourtant un concept et non une idéologie, parce qu’il constitue un outil pour remettre en question les normes sexuelles de notre société, ainsi que la si pratique « complémentarité » des sexes, en réalité une inégalité et une hiérarchie : d’un côté, une pseudo-essence féminine passive et dévouée, mère et bonniche, de l’autre, de virils dominateurs du monde et exploiteurs des femmes.

Une fois n’est pas coutume, louons ce changement de programme de SVT qui, suivant ainsi une vraie démarche scientifique, tire parti des apports des autres disciplines (anthropologie, sociologie, histoire, philosophie, psychologie…), interroge les préjugés et les remet en cause, légitimant l’introduction de concepts jusqu’alors tenus à l’écart de l’enseignement de la biologie, et prenant en compte la diversité des humains et donc aussi des élèves.

Invitons aussi les incultes de l’Assemblée à lire enfin Simone de Beauvoir, qui dès 1949 posait plutôt radicalement le problème dans Le deuxième Sexe, et à abandonner leurs représentations erronées du cerveau humain en découvrant les indispensables ouvrages de la neurobiologiste Catherine Vidal : à la naissance, les cerveaux des bébés, loin d’être bleus ou roses, se révèlent avant tout plastiques, et prêts à établir leurs connexions neuronales en fonction de leur éducation et de leur environnement social, et non en raison du code XX ou XY qu’on leur a attribué. C’est d’ailleurs ce qui permet aux individu-e-s étiqueté-e-s hommes ou femme de choisir une orientation sexuelle différente de l’hégémonie hétéro, d’assumer d’autres rôles que ceux que l’essentialisme leur réserve, et de s’émanciper au moins en partie des stéréotypes mutilants.

Et c’est ce qui fait si peur aux conservateurs d’un « ordre » patriarcal injuste et sexiste instauré au nom d’organes sexuels différenciés avec décidément beaucoup d’acharnement.

Sud éducation Haute-Normandie


VIDAL, Catherine, BENOIT-BROWAEYS, Dorothée. Cerveau, sexe et pouvoir, Belin, 2005

VIDAL, Catherine et alii. Féminin Mas

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