Services Publics : Se fédérer pour mieux se défendre

mercredi 31 août 2005
mis à jour samedi 15 octobre 2005

Les 25 et 26 juin derniers, de nombreux collectifs de défense des services publics se sont réunis à Guéret, dans la Creuse, dans l’idée de fédérer un mouvement de lutte contre le démantèlement déjà bien avancé des différents services publics, territoriaux ou nationaux.

On trouve ainsi engagés dans cette lutte des élus locaux, des usagers, des travailleurs des services concernés et des syndicalistes. Parmi eux, de nombreux militants de Solidaires et de Sud éducation.

Une vingtaine de collectifs étaient représentés en cette veille de vacances, à l’invitation du Collectif Creusois. Rappelons, que c’est à Guéret, que plus de 260 élus de la Creuse, dont 28 maires et un conseiller général, avaient présenté leur démission pour protester contre « la désagrégation permanente des services publics », en octobre 2004. C’est à Guéret encore que s’était organisé le rassemblement du 5 mars dernier, largement médiatisé, sous la neige, où l’exigence de services publics forts avait été réaffirmée.

Pourquoi se réunir maintenant ? Chaque collectif s’est battu de son côté pour maintenir certains services publics sur son canton, son département, sa région. Mais il est devenu nécessaire de s’unir pour contrecarrer les offensives libérales programmées au niveau national et européen. L’implication de tous est nécessaire : car comment développer les services publics sans les élus ? Comment les défendre, les construire sans les forces syndicales, avec leur longue tradition de lutte ? Comment les définir sans les associations, les usagers ?

La « désagrégation », de plus, s’accélère : les plans de restructuration menés à la Poste ou au Trésor public conduisent à la fermeture d’un nombre croissant d’agences, bureaux et perceptions. Les effets de la décentralisation sans réelle mesure compensatoire conduisent à confier de plus en plus de missions de services publics à des structures privées. Cependant, une circulaire de Raffarin de février dernier assurait qu’aucune nouvelle fermeture de service public en milieu rural ne serait décidée avant 2006 sans concertation ni accord avec les collectivités locales pendant la durée des travaux de la Conférence nationale chargée de plancher sur le sujet. C’est à peine une pause dans le processus de liquidation. Car seules les zones rurales sont concernées, et les fermetures se poursuivent quand même, pour peu que les élus ne protestent pas, voire proposent les services à sacrifier...

Des espaces sans services publics se multiplient, notamment en milieu rural. C’est une atteinte profonde aux principes d’égalité de traitement de tous sur notre territoire. Comme l’ont compris certains élus investis dans les collectifs, les décisions de casse se poursuivront. Car les élus n’ont pas le pouvoir de négociation qu’on leur avait expliqué.

Résister, Reconquérir, Rassembler

Bernard Defaix, porte-parole du Collectif Creusois, rappelle que les services publics sont au cœur des enjeux de notre société. Aussi faut-il résister, reconquérir, et rassembler : « Résister contre toutes les casses, démantèlements et privatisations ; reconquérir pour mettre le bien public au centre de ces services, tournant ainsi le dos à la soumission aux seuls critères financiers ; rassembler car seule une mobilisation unifiée des usagers, salariés/syndicats, élus permettra de gagner la bataille d’opinion et d’établir le rapport de force nécessaire. »

Les travaux collectifs ont fait progresser la réflexion sur les modes d’organisation nécessaires des services publics et sur leurs champs d’intervention. Les services publics sont une réponse à des besoins, à des droits fondamentaux des populations. Ils doivent donc échapper au secteur marchand, aux critères de rentabilité. Ainsi définis, ils recouvrent des domaines aussi variés que l’éducation, la santé, la protection sociale, l’énergie, les transports, l’eau, le logement, le crédit, la culture, les communications, l’information, la sécurité des personnes, l’emploi, la gestion des déchets. Autant de domaines où l’Etat s’est désengagé.

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Les résultats du référendum sur la Constitution européenne n’ont pas été occultés : il ne faut pas oublier que le texte qu’on a voulu nous faire avaliser sonnait le glas des services publics, en les faisant pleinement entrer dans la logique ultralibérale de « concurrence libre et non faussée ».

D’ailleurs, au travail collectif se sont ajoutées des présentations sur les services publics dans l’Union européenne, sur l’AGCS (Accord Général sur le Commerce des Services, concocté par l’OMC, qui libéralise progressivement les services dans le monde). On a pu assister à deux interventions particulièrement éclairantes : l’une sur le problème de l’eau au niveau planétaire (et la mainmise de quelques multinationales privées sur cette ressource vitale mais chèrement et inégalement distribuée), l’autre sur la lutte des hôpitaux de proximité comme celui de Saint-Affrique, pour maintenir un service de santé en grand péril.

Une fédération de collectifs

La tâche est ardue. Mais des victoires ont été remportées : localement, l’opposition des collectifs a permis le maintien d’un bureau de poste, d’une perception... La logique de démantèlement n’est cependant pas inversée.

Aussi l’idée d’une organisation nationale des collectifs s’est-elle imposée. Une fédération, plus exactement, de collectifs qui conservent leur autonomie, mais qui se réunissent et décident par mandats des orientations et actions communes. Entre les réunions, un conseil se charge de la préparation des dossiers : il est composé de représentants des collectifs de Creuse, Charente, Bretagne, Dordogne et Indre. La fédération se dote aussi d’un porte-parole provisoire, Bernard Defaix.

C’est un nouvel élan pour nombre de collectifs qui, en lutte sur le terrain, ont compris que les actions doivent aussi se faire à une échelle plus importante. Première étape à la rentrée : à Angoulême, les 17 et 18 septembre, réunion fédérale des collectifs, qui travailleront sur une Charte des Services Publics -expression de l’exigence collective et force de propositions antilibérales- et qui prépareront la tenue à Paris d’une Convention nationale, réunissant un millier de personnes, en même temps que le Congrès de l’Association des Maires de France (du 22 au 24 novembre). Cette Convention finalisera la Charte, qui permettra de lancer, courant 2006, des États Généraux des services publics. Une grande manifestation sera aussi au programme, en cette fin du mois de novembre.

Des syndicats Sud éducation, et plus largement ceux de Solidaires, se sont pour beaucoup engagés dans la bataille des collectifs. C’est une lutte de terrain, une lutte quotidienne, qui défend des personnels menacés par les privatisations et restructurations, et revendique un choix de société où le profit ne passe pas avant l’homme. Et, au sein de la Fédération des collectifs, nous, syndicalistes, personnels de l’Education nationale, pouvons donner de la voix.

Sud éducation Morbihan