Stagiaire ? Impossible !

mardi 8 février 2011

Jusqu’à présent, les lauréats des concours de l’enseignement effectuaient un stage en alternance d’un an dans un établissement du second degré ou des écoles pour se « former » en vue d’obtenir la validation de leur concours. Ce dispositif était critiquable à bien des égards : formation souvent aléatoire, validation selon des critères opaques, mémoires parfois fantaisistes à rédiger, etc. Il offrait néanmoins un avantage : les stagiaires n’avaient que quelques heures à assurer devant les élèves, ce qui leur laissait du temps pour préparer leurs premiers cours, corriger leurs premières copies, réfléchir continuellement sur leurs méthodes et tirer profit de leurs premières expériences. L’entrée dans ce métier difficile pouvait alors se faire progressivement et dans des conditions acceptables.

Depuis la rentrée 2010, avec la mise en place de la mastérisation, la plupart des professeurs stagiaires, tout juste sortis des bancs de la fac, se sont vu attribuer des postes à temps plein pour leur première année d’enseignement. Un temps plein, c’est-à-dire 15h devant élèves pour les agrégés, 18h pour les certifiés, 26h pour les professeurs des écoles. Certains rectorats avaient bien promis 2h de décharge hebdomadaire, qui n’ont finalement pas toujours été octroyées. Un temps plein, c’est-à-dire aussi les fonctions de professeur principal, voire l’affectation sur un poste partagé entre plusieurs établissements.

Mais du point de vue du ministère, un temps plein pour les professeurs stagiaires, c’est aussi et surtout un levier commode pour supprimer des postes d’enseignants. Combien d’heures économisées grâce à ce triplement de celles effectuées par les stagiaires ? Peu importe, de l’aveu même du ministère, que les collègues soient soumis à une pression insupportable ; peu importe également que les élèves en pâtissent : l’essentiel est de faire des économies. Cela correspond aussi aux visées idéologiques de ceux qui font croire qu’il ne serait pas besoin d’avoir une formation professionnelle pour enseigner.

Les vrais casseurs n’ont pas de cagoules mais des Rolex

Mais sans aucune formation sur les problèmes que pose la gestion d’une classe, le contact avec des enfants ou des adolescents ou la préparation de cours, travailler à temps plein est quasi-impossible : les stagiaires craquent, tombent malades, voire démissionnent. Au cours de l’année scolaire 2009-2010, Sud éducation avait déjà appelé les collègues à refuser d’être tuteurs dans ces conditions. Nous ne cautionnerons pas la mise à mal des stagiaires !

C’est pour ces raisons que dès octobre, ils se sont organisés en différents collectifs, rapidement fédérés par le collectif national « Stagiaire Impossible », afin de faire entendre leur voix. Leur entrée dans le métier d’enseignant se fait dans la douleur mais aussi dans la lutte, puisqu’elle est marquée par la prise de conscience qu’ils sont montés à bord d’un bateau qu’on saborde. L’institution récoltera ce qu’elle a semé. En mettant d’emblée les stagiaires dans une situation intenable, en les obligeant à se battre dès la première année pour obtenir le droit de travailler dans des conditions sensées, en transformant l’année de stage en cauchemar, l’Éducation nationale forme malgré elle de futurs militants prêts à s’organiser pour défendre leurs droits, taper du poing sur la table et dénoncer l’indigence des moyens donnés. S’ils ne sont pas formés au métier d’enseignant, au moins le sont-ils malgré eux au militantisme !

Et nous allons avoir besoin de forces pour continuer la lutte... car pour l’Éducation nationale, la situation s’aggrave de jour en jour. Les suppressions massives de postes, la multiplication des contrats précaires entrent en cohérence avec le sort fait aux stagiaires. Cette déstructuration imposée à l’enseignement public doit nous conduire à alerter les parents et tous ceux qui sont soucieux d’éducation, et à lutter avec eux.

Comme les autres services publics, l’Éducation fait l’objet d’attaques tous azimuts et les ministres successifs ne manquent pas d’idées pour rendre nos tâches toujours plus difficiles, monter les travailleurs les uns contre les autres et augmenter les pressions en tous genres. Malgré les assauts toujours plus vifs contre nos statuts, nos moyens, nos conditions de travail, l’intérêt de nos élèves, une chose est sûre : notre détermination reste intacte, et celle de nos nouveaux collègues sera, c’est certain, largement à la hauteur de la nôtre.

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