Sud éducation - le journal n°78 - septembre / octobre 2018

jeudi 22 novembre 2018

DU 29 NOVEMBRE AU 6 DÉCEMBRE, VOTEZ SUD ÉDUCATION !

Entre le 29 novembre et le 6 décembre, les personnels du ministère de l’Éducation nationale, comme dans l’ensemble de la fonction publique, seront appelés à élire leurs représentant-e-s dans les comités techniques (CT) et les commissions administratives. Ce scrutin s’inscrit dans une période d’attaques massives contre l’école publique. Ces attaques sont de trois ordres.

Tri social. Le ministre Blanquer mène une série de réformes du sys-tème éducatif. Parcoursup, réforme du lycée général et technologique, ré-forme de la voie professionnelle, casse de l’orientation… Toutes ces réformes convergent vers un seul objectif : faire de l’école un rouage majeur du tri so-cial, dont le rôle est d’attribuer aux élèves une place prédéfinie dans le marché du travail, loin de nos aspira-tions en terme d’émancipation.

Offensive réactionnaire. La période est marquée par une série de contre-feux réactionnaires allumés pour satis-faire une partie de l’opinion : apprentissage de la Marseillaise, exacerbation de la tension autour de l’apprentissage de la lecture, « rentrée en musique ». L’école Blanquer, c’est pour nous le retour dans l’école du passé, celle de l’autorité des maîtres-se-s et de l’obéissance aveugle des élèves.

Attaque sur les statuts. Le troisième axe d’attaques du gouvernement est une offensive d’ampleur contre les statuts et les droits des fonctionnaires. Les personnels de l’éducation nationale n’échappent pas à la règle : régression salariale, casse du paritarisme, individualisation des carrières et management sont parmi les éléments principaux.

Votez pour le syndicalisme de lutte. Voter SUD éducation, c’est se donner les moyens de combattre ces orientations rétrogrades du gouvernement. C’est voter pour une fédération de syndicats combatifs, présents sur le terrain aux côtés des personnels et dans les mobilisations contre les ré-formes. Voter SUD, c’est choisir des élu-e -s combatifs et combatives qui, dans les instances, défendront sans relâche les personnels en toute indépendance.

Revendiquer une autre école, une autre société. Vous découvrirez dans ce journal spécial consacré aux élections professionnelles nos analyses des réformes en cours et des orientations de fond qui traversent notre champ professionnel. Mais ce sera aussi l’occasion de découvrir comment nos revendications s’appuient sur un projet d’école et de société.

Votez SUD !

PARCOURS SUP’ET SÉLECTION À L’UNIVERSITÉ

Un an de mise en application de Parcoursup, qui remplace Admission post-bac (APB) pour affecter les bachelier-e-s dans le supérieur, a permis de vérifier ce que nous dénoncions :

Parcoursup fait moins bien qu’APB. APB donnait une réponse positive à
80 % des candidat-e-s dès l’ouverture des résultats, Parcoursup l’a fait pour la moitié des élèves. APB accordait d’emblée leur premier choix à 50 % des élèves ; Parcoursup ne demande même pas aux lycéen-ne-s quelle est leur préférence.
Parcoursup n’est pas un bug tech-nique mais un choix idéologique. La loi relative « à l’orientation et à la réussite des étudiants » (Ore) qui le met en place généralise la sélection à toutes les filières, bafoue le droit à l’éducation et inverse la logique de l’affectation post-bac. Ce sont les établissements qui classent les candidat-e-s au lieu que ces derniers hiérarchisent leurs vœux en fonction de leurs aspirations.

Parcoursup est discriminatoire. Les critères de sélection sont opaques. Les élèves n’ont pas les mêmes chances d’obtenir une place selon leur filière de bac, leur établissement ou leur ville d’origine. Il engendre anxiété et sur-

charge de travail pour les élèves et leurs enseignant-e-s.

C’est pourquoi nous luttons pour exiger des moyens permettant de créer toutes les places nécessaires dans l’enseignement supérieur et l’abrogation de la loi Ore.

ATTAQUES SUR LA VOIE PRO

Bac pro en 3 ans, contrôle en cours de formation, évaluation par compétences, regroupement de sections… L’enseignement professionnel n’en finit pas de subir les assauts de la poli-tique ultralibérale des gouvernements successifs.

Tous les dispositifs visant à développer l’apprentissage ayant échoué (mesures fiscales avantageuses, propagande outrancière, chantage au maintien de postes auprès des collègues, …), le gouvernement s’apprête

sortir l’artillerie lourde avec son dernier projet de réforme. Désormais l’apprentissage sera présent dans chaque lycée professionnel, les par-cours mixés seront généralisés et la mixité des publics sera la règle.
Par ailleurs, le nombre d’heures d’enseignement sera comme toujours ré-duit, de 10 % cette fois, soit une suppression éventuelle de 7 000 postes et d’environ 4 heures de cours pour les élèves. Les programmes seront aussi revus pour correspondre aux

besoins des entreprises. Et comme les emplois à niveau moyen de qualification disparaissent et que le savoir est vu comme un produit périssable, on lui substitue les compétences, ce qui implique une formation au rabais purement utilitaire.

SUD éducation dénonce et combat ces réformes qui assujettissent toujours plus les élèves aux entreprises, dégradent les conditions de travail des collègues, menacent leur statut et suppriment des postes.

LUTTES POUR LE SERVICE PUBLIC D’ORIENTATION

Les grands discours du gouverne-ment sur l’orientation et autour de la loi dite « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel » n’ont pas masqué les principes qui fondent son action (adéquation, employabilité et régionalisation) ni les réalités d’un système éducatif toujours aussi sélectif (les réformes du lycée et de l’enseignement professionnel n’y change-ront rien).

Sélection à tous les étages Au collège, au lycée et dans l’enseignement supérieur, l’orientation est essentiellement déterminée par les résultats scolaires (résultats eux-mêmes fortement corrélés à l’origine sociale). Les aspirations individuelles ne pèsent guère face à l’efficacité (rentabilité) attendue par le système : trouver au plus vite la bonne place, celle qui correspond à son potentiel et sur-tout aux meilleures chances d’obtenir un emploi. L’« algorithmisation » (Affelnet, Parcoursup…) et la régionalisation de l’orientation (« pour être au plus près des réalités économiques » !), loin du libre choix, ne font que trier et responsabiliser chacun-e en cas d’échec.

Choisir en connaissance de cause
Dans ce contexte, le gouvernement va démanteler le service public d’orie-tation de l’Éducation nationale (DRONISEP, réseau de proximité des Centres d’Information et d’Orien-tation (CIO)…). C’est notamment la contribution des CIO, indépendants des établissements scolaires, à une in-formation objective qui est visée, alors

que choisir son orientation en connaissance de cause, c’est d’abord maîtriser les rouages de la machine scolaire. La mission même de conseil en orientation scolaire et professionnelle des psychologues de l’Éducation nationale des CIO est affaiblie. De plus en plus à la charge d’enseignant- e-s pour-tant bien occupé-e-s, cette mission ne s’improvise pas, particulièrement lorsqu’il s’agit de prendre en compte chaque élève en tant qu’individu en construction dans un environnement économique et social incertain.

Inscrit pleinement dans la mobilisation intersyndicale actuelle,

SUD éducation revendique :

L’abandon du transfert aux régions des DRONISEP et de leurs personnels

Le maintien de tout le réseau des CIO
la confirmation du statut et des missions des psychologues de l’Éducation nationale « Éducation, Développement, Conseil en Orientation Scolaire et Professionnelle » et de leur affectation en CIO

l’augmentation significative des recrutements de psychologues de l’Éducation nationale permettant une réduction des effectifs pris en charge par chacun-e.

CONDITIONS DE TRAVAIL : UN COMBAT COLLECTIF À MENER !

Résister et agir ensemble,

c’est restaurer notre santé au travail et créer un collectif solidaire

Nos conditions de travail se dégradent, notre santé aussi par conséquent. Les locaux mal conçus, mal équipés, mal chauffés, l’exposition

l’amiante ou au radon, les classes surchargées, l’accroissement de nos missions et de notre charge de travail, l’invasion du numérique, les changements d’outils ou de référentiels de travail, de poste, les pratiques managériales des chef-fe-s et leurs injonctions contradictoires, l’exercice à titre contractuel sont autant d’exemples de cette dégradation constante.

Résister et agir ensemble, c’est restaurer notre santé au travail et créer un collectif solidaire. Les réorganisations permanentes et l’individualisation incessante nous épuisent et nous poussent à arbitrer seul-e au quotidien. SUD éducation milite pour que les personnels, sur leur lieu de travail, puissent interroger collectivement leurs conditions de travail et agir. L’action collective et solidaire est notre force.

Résister et agir ensemble, c’est aussi se donner la capacité de construire un rapport de force pour contraindre l’employeur à respecter les obligations légales qui lui sont faites en matière de prévention des risques professionnels pour limiter les atteintes à notre santé du fait du travail. L’employeur organise la pénurie de moyens avec

cynisme : un médecin de prévention seulement (médecin du travail de la fonction publique) pour plus de 11 000 personnels, mise en place parcellaire des registres de santé et de sécurité au travail, entrave à l’action des Comités d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT) les-quels sont voués à disparaître… Pire, des actes de répression sont commis à l’encontre de personnels qui résistent. Autant d’illustrations des attaques massives et concertées qui menacent nos conditions de travail aujourd’hui.

SUD éducation lutte pour que nos droits soient respectés, partout où cela est possible sur les lieux de travail, toutes catégories de personnels confondues, de la maternelle à l’université. Nous nous fixons l’objectif de développer l’autogestion en la matière. Pour ce faire, nous (re)créons des espaces collectifs de discussion où ana-lyser nos conditions de travail et nous mettre en action, lors des réunions ou heures d’information syndicales par exemple. Gardons à l’esprit que ce qui reste décisif est notre capacité de ré-volte et d’action collective. Faisons-le savoir aux autres personnels, sur la place publique ! Dans le contexte de destruction en règle des services publics et de l’école engagée par le gouvernement, le combat syndical pour construire des luttes collectives dans notre quotidien est plus que jamais d’actualité. Dans toutes ces batailles, les solidarités et les collectifs sont essentiels. Poursuivons les combats !

Demandons notre visite médicale du travail

La carence de moyens dans les services de médecine de prévention, c’est-à-dire de médecine du travail de la fonction publique d’État, est manifeste. Faisons état de ce manque et demandons toutes et tous, collectivement sur nos lieux de travail, à bénéficier de la visite médicale de prévention obligatoire tous les 5 ans. C’est le moyen de tracer les expositions aux risques professionnels. Le médecin peut préconiser des mesures d’adaptation de notre poste de travail, appuyer la reconnaissance d’accidents de travail ou de maladies professionnelles, et prévenir l’inaptitude.

Cachez ce CHSCT que l’employeur ne saurait voir

Si l’on ne peut faire descendre la fièvre, cassons le thermomètre ! C’est ce qui se produit avec les lois Travail qui font disparaître les CHSCT. Seul-e-s les représentant-e-s des personnels y étaient décisionnaires. Dorénavant, seul l’employeur le sera. Solidaires, notre union interprofessionnelle, avait milité pour la mise en place des CHSCT dans la fonction publique. C’est un outil important de prévention qui perd son pouvoir.

Amiante, radon : on veut savoir et faire savoir

Le radon, gaz naturel radioactif, et l’amiante sont présents sur nombre de lieux de travail. Ce sont des bombes à retardement qui causent de nombreux décès par cancer du poumon. Nous entendons im-poser la prise en charge réelle de ces risques environnementaux par l’employeur (mesures, information aux usager-e-s, évacuations et travaux).

Registres de santé et de sécurité au travail (RSST) : faire savoir pour ne pas se faire avoir

Les RSST sont un outil de base pour agir et améliorer l’organisation du travail. Ils doivent être ac-cessibles sur les lieux de travail, pour les personnels et les usager-e-s. La dématérialisation progressive des registres ne peut empêcher le recours aux registres papier. Ne nous laissons pas intimider par des manœuvres de l’employeur pour en limiter l’usage. Il s’agit d’acter et de dénoncer nos conditions de travail, et de tracer l’exposition de notre santé du fait du travail. Les équipes de SUD éducation peuvent vous accompagner dans ces dé-marches.

UNE BAISSE DU TEMPS DE TRAVAIL

POUR TOUTES ET TOUS ?

Nos conditions de travail se dégradent. Notre charge de travail augmente, et cela est vrai pour toutes les catégories de personnels.

Pour les enseignant-e-s, les heures de classe n’ont pas baissé avec la durée légale du travail. Pourtant, la charge globale de travail n’a cessé de se diversifier et d’augmenter, pour atteindre 40 à 42 heures en moyenne. Les enseignant-e-s du premier degré comptent dans leur service 36 heures annualisées pour effectuer toutes ces tâches diverses : en pratique ces heures sont largement dépassées.

Pour le 2d degré, le décret d’août 2014 se contente de lister les nouvelles tâches sans réduire le temps de service devant élèves. Et aujourd’hui encore, les missions des enseignant-e-s ne cessent d’augmenter, notamment avec les nouvelles procédures d’orientation. SUD éducation lutte pour une diminution générale du temps de travail, en refusant toute flexibilisation ou annualisation. Diminuer le temps de travail, c’est lutter contre le chômage de masse par le partage du travail.

SUD éducation revendique :

L’amélioration des conditions de travail, en commençant par la réduction du nombre d’élèves par classe
La compensation par des réductions de service des tâches supplémentaires et de la pénibilité
La diminution du temps de travail avec la semaine de 32 heures sans perte de salaire ni flexibilité.
Cette réduction du temps de travail doit se décliner par la diminution des obligations de service des enseignant-e-s.

SUD ÉDUCATION, UN SYNDICAT ANTIHIÉRARCHIQUE

La maltraitance de l’entreprise ou de l’institution au travail est le point commun qui rassemble de plus en plus de travailleurs et de travailleuses. La faute à un monde du travail fait de précarité, d’injustice, de mise en concurrence, d’objectifs absurdes, d’obsession de la « rentabilité »… Un monde préparé par les gouvernant-e-s depuis des décennies, et dont Macron est en train de poursuivre l’œuvre. L’organisation hiérarchique est la clé de voûte de ce monde du travail, et plus largement de la société. Elle est aussi, SUD

éducation en est convaincue, l’une des principales causes de la détérioration de nos conditions de travail : harcèlement, flicage, infantilisation, absence totale de respect, injonctions parfois contradictoires, travail dans l’« urgence »… autant de maux que nous infligent les chef-fe-s au quotidien.

La fédération des syndicats SUD éducation est donc anti-hiérarchique. Au travail, elle se veut l’alliée des personnels, un mode de résistance et d’organisation face à la hiérarchie, en les accompagnant, en proposant des formations, juridiques notamment. Elle défend l’autogestion, c’est-à-dire une organisation collective et réellement démocratique, alternative à cette organisation pyramidale.

Plus largement, ce sont tous les rapports de domination qu’elle entend combattre, qui créent des hiérarchies entre les individus, à l’école et dans la société : sexisme, racisme, classes sociales, autoritarisme, y compris de l’adulte sur l’enfant…

SUD ÉDUCATION, UN SYNDICAT FÉMINISTE

Les inégalités femmes-hommes, les discriminations liées au genre et à l’orientation sexuelle sont toujours vivaces.

Pour une école inclusive

Face à cela, SUD éducation défend une école débarrassée des systèmes de domination qui en sont à l’origine : le patriarcat (qui consiste en la domination par le groupe des hommes) et l’hétérosexisme (qui consiste à considérer l’hétérosexualité comme supérieure aux autres sexualités et comme une norme sociale). C’est seulement ainsi que toutes et tous les personnels et usager-e-s (élèves et parents) du service public d’éducation pourront s’épanouir et s’émanciper.

Une pédagogie antisexiste

La mise en œuvre d’une pédagogie antisexiste pour déconstruire les stéréotypes ainsi qu’une réelle éducation
la sexualité à destination des élèves, prenant en compte toutes les orienta-tions sexuelles et identités de genre, est nécessaire. Une formation pour tous les personnels est indispensable pour y parvenir.
De plus, la lutte pour l’égalité salariale et contre les agissements et les agressions sexistes subies par les élèves et les salarié-e-s de l’Éducation nationale est centrale.
Toutes et tous nous pouvons agir pour l’émancipation féministe, par un processus dynamique, toujours
construire, toujours à conquérir, contre les forces réactionnaires extérieures, contre nous-mêmes aussi par-fois, qui sommes tissé-e-s par notre histoire personnelle, nos représentations, nos propres stéréotypes.

Lutter contre les LGBTIphobies, une nécessité !

Dans l’Éducation nationale aussi, les normes hétérosexuelles pèsent lourdement.

Insultes, ostracisation, harcèlement, outing, emploi délibéré du genre d’état civil assigné à la naissance pour les personnes trans sont toujours monnaie courante. Souvent la hiérarchie mini-mise voire couvre ces actes alors qu’elle doit protéger ses agent-e-s.
En cas de discriminations ou d’agressions liées à l’identité de genre ou à l’orientation sexuelle, il ne faut pas hésiter à se saisir du Registre Santé Sécurité au Travail et à demander la protection fonctionnelle.

L’égalité, il faut encore y travailler !

Quelques chiffres :

Dans la fonction publique, les femmes sont payées 18 % de moins que les hommes (congés maternité et parental, temps partiel).
5 % des hommes sont à temps partiel alors que 13 % des femmes le sont (conséquences sur la rémunération et les évolutions de carrière).

84 % des enseignant-e-s du primaire sont des femmes alors que dans les universités, elles ne sont que 39 % (plus le public concerné est jeune, plus la profession est exercée par des femmes).
chez les agent-e-s, 71 % des personnels précaires sont des femmes alors qu’elles ne représentent que 57 % des titulaires (la précarisation touche surtout les femmes).

POUR UNE ÉCOLE ÉMANCIPATRICE

C’est un fait tragique : les inégalités scolaires sont aujourd’hui confortées par le système éducatif qui est donc l’un des vecteurs de la reproduction sociale. Ainsi, l’école primaire ne parvient pas à résorber les inégalités sociales, et le collège les amplifie fortement. La raison en est simple : les politiques libérales remettent en cause l’école publique, certes depuis toujours globalement inégalitaire et normalisatrice, mais pourtant teintée de quelques minces acquis démocratiques et, malgré tout, toujours portée par des idéaux progressistes. Sous couvert d’autonomie, la « concurrence libre et non faussée » de tous les établissements entre eux se prépare sous nos yeux. Il nous faut donc en comprendre les enjeux, afin de nous constituer collectivement et ainsi unir nos forces pour lutter, résister et créer.

La raison en est simple : les politiques libérales remettent en cause l’école publique, certes depuis toujours globalement inégalitaire et normalisatrice, mais pourtant teintée de quelques minces acquis démocratiques et, malgré tout, toujours portée par des idéaux progressistes. Sous couvert d’autonomie, la « concurrence libre et non faussée » de tous les établissements entre eux se prépare sous nos yeux. Il nous faut donc en comprendre les enjeux, afin de nous constituer collectivement et ainsi unir nos forces pour lutter, résister et créer.

La marchandisation des systèmes d’enseignement en Europe est en marche. On note une extrême similitude dans les décisions politiques prises au cours des dernières décennies, malgré la diversité des systèmes éducatifs européens. Cette évolution doit être replacée dans le contexte de la globalisation économique, des

attentes du marché, des exigences de l’OCDE et de la commission européenne. Les finalités de ces politiques sont désormais identifiées. En voici le programme :

Déréglementation des systèmes d’enseignement

Mise en concurrence des établissements
Glissement de l’éducation vers la « formation tout au long de la vie »

Repositionnement des pro-grammes vers « l’approche par compétences »

Évaluation pour tou-te-s et à tous les niveaux

Baisse des financements publics

Omniprésence des technologies numériques

Sous-traitance et prestations de services par des entreprises privées
Développement des « partenariats » entre établissements et entre-prises privées

Sous couvert de politiques d’austérité menées par les gouvernements néo-libéraux successifs, justifiées par des « crises » régulières qui permettent de ne pas les remettre en question, l’école publique est ainsi dégradée à dessein et l’éducation des enfants re-misée au second plan.

La fédération SUD éducation lutte activement depuis sa création contre ces politiques destructrices et pour une école réellement démocratique et émancipatrice. De la maternelle à l’université, elle revendique et pro-meut en particulier :

Une baisse importante des effectifs par classe à tous les niveaux
Le déploiement des pédagogies coopératives via un vaste plan de formation des personnels enseignant-e-s et de vie scolaire, sur le temps de travail, afin de réfléchir dès la formation initiale à la mise en place de pratiques pédagogiques réellement démocratiques, émancipatrices et favorables à l’inclusion ;

La fin des formes d’évaluation actuelles qui ne constituent en fin de compte qu’un outil de tri social, afin de favoriser l’auto-évaluation et l’évaluation entre pair-e-s
La baisse du temps de travail des enseignant-e-s, ré-évalué à l’aune des 35 heures hebdomadaires et par conséquent diminué en conséquence : 18 heures de classe pour les professeur-e-s du 1er degré et 14 heures de classe pour les professeur-e-s du 2nd degré, afin de permettre aux enseignant-e-s d’exercer leur métier dans de bonnes conditions.

ÉCOLE INCLUSIVE :

UN NOUVEAU PARADIGME, DES REVENDICATIONS

Dans les inspections académiques, les rectorats, au ministère, on se félicite à bon compte des chiffres qui montrent une scolarisation massive des enfants porteur-euse-s de handicap en milieu ordinaire.

Pourtant, comme souvent, l’Éducation nationale prône la mise en place d’une politique sans fournir les moyens nécessaires et en comptant sur le seul don de soi des personnels.

SUD éducation défend l’école inclusive qui permet de repenser l’école

pour qu’elle devienne réellement démocratique et égalitaire. Cela passe par des conditions qui sont autant de revendications :

Une véritable formation continue sur le temps de service prenant en compte la spécificité des élèves à besoins particuliers.

Du temps de concertation entre professionnel-le-s concerné-e-s, intégré au temps de service.
Le recrutement d’enseignant-e-s spécialisé-e-s, permettant, entre autres, le redéploiement de RASED.

La titularisation de toutes et tous les travailleur-euse-s précaires et l’arrêt des recrutements en contrat précaire.

La réduction des effectifs d’élèves dans toutes les classes, avec la prise en compte des élèves d’ULIS scolarisé-e-s en classe ordinaire.

SUD éducation est aux côtés des personnels pour une École ouverte à toutes et tous les élèves.

ATTAQUES SUR LES STATUTS ET LES DROITS

SUD éducation combat toutes les attaques contre le statut de fonctionnaire. Dès 2013, avec son Union syndicale Solidaires, SUD éducation avait refusé les PPCR (« Parcours professionnels, carrières et rémunérations »). Aujourd’hui, SUD éducation dénonce les réformes menées par le gouvernement dans le cadre de Cap 2022. Le processus, cohérent, s’accélère : individualisation des carrières, concurrence entre personnels, renforcement du management à l’école. Notre slogan, « l’école n’est pas une entreprise », n’a jamais été autant d’actualité !

PPCR : pour SUD éducation, un bilan catastrophique

Un premier bilan de la mise en œuvre des PPCR dans l’éducation montre que nous avions eu raison de refuser cette réforme, et cela pour plusieurs raisons. D’une part, le « coup de pouce » salarial tant mis en avant par la ministre de l’époque était très loin de compenser le gel du point d’indice en vigueur depuis 2010. D’autre part, cela s’accompagnait d’une réforme de l’évaluation des enseignant-e-s : aujourd’hui, toutes et tous sont sommé-es de faire un bilan de compétence, comme dans le privé. Plus grave, les chef-fe-s d’établissement ont dorénavant un rôle majeur dans l’évaluation des enseignant- e-s du second degré. Enfin, l’accès à la hors classe et à la classe exceptionnelle se fait dans des conditions opaques et inégalitaires.

Cap 2022  : vers toujours plus de management et d’individualisation des carrières

Depuis le mois de février, le gouvernement multiplie les annonces visant
la destruction du statut des fonctionnaires en général et des enseignant-e-s en particulier, dans le cadre du plan Action publique 2022. Durant l’été, un communiqué publié le 2 août, puis différentes interventions médiatiques, sont venus préciser les choses. Voici les principaux aspects que dénonce la fédération SUD édu-cation :

Vers une mobilité sur profil
Le ministère de l’Action et des comptes publics a engagé depuis le printemps une vaste mascarade sous la forme d’une prétendue « négociation » avec les organisations syndicales, dont Solidaires Fonction publique. Parmi les annonces, on trouve celle de la suppression des commissions administratives paritaires. Cela aura notamment une conséquence particulièrement inquiétante : les mutations ne seront plus examinées en commission paritaire, au moyen d’un barème transparent et connu de tous les personnels. À la place, la recette est toute trouvée : la gestion par les « managers publics », et en particulier le recrutement direct par les chef-fes d’établissement.

Dans le communiqué du 2 août, le ministère annonce en parallèle « développer significativement les postes à profil ». Des exemples sont donnés : « professeur particulièrement expérimenté en REP +, conseiller principal d’éducation pour encadrer un projet d’internat ».

Vers une rémunération au mérite

La rémunération au mérite est l’un des volets du plan Cap 2022 pour l’ensemble de la fonction publique. Elle a commencé à être déclinée pour les enseignant- e-s avec la prime de 3 000 euros en REP +. Cette prime comprendra une part fixe de 1 000 euros et une part modulable liée aux résultats des élèves. SUD éducation a immédiatement dénoncé la mise en place de cette prime.

Cette obsession entre en résonance avec celle du ministre pour l’évaluation. Les évaluations nationales de début CP, mi-CP, début CE1, début 6e et début de 2de générale ont été ou sont en passe d’être mises en place. Et plus inquiétant, le communiqué du 2 août annonce que « pour assurer une évaluation régulière et transparente des établissements scolaires, une instance d’évaluation sera créée par voie législative au 1er trimestre 2019 ».

Relevons enfin que cette rémunération au mérite va de pair avec un recul salarial pour les personnels de l’éducation. Le retour du gel du point d’indice et du jour de carence, déjà mis en œuvre, s’accompagnent de la seule promesse du recours accru aux heures supplémentaires, exonérées qui plus est des cotisations salariales. En période d’inflation, cela signifie tout simplement… une baisse du salaire réel.

Vers la casse du concours Le gouvernement a annoncé dans son communiqué du 2 août vouloir « revoir la place du concours ». Concrètement, d’après une réponse adressée à la Cour des comptes début juin par les
ministres de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur et de la recherche, il s’agit d’avancer l’épreuve d’admissibilité au niveau licence, sans donner de précision sur les épreuves d’admission. L’objectif semble être de faire évoluer le recrutement des enseignant-es du modèle du concours vers le modèle de l’examen suivi d’un recrutement direct par la hiérarchie immédiate. Cela entrerait en cohérence avec la suppression des commissions paritaires et le développement de la « gestion des ressources humaines de proximité » que le gouvernement vante tant par ailleurs.

La fédération SUD éducation dénonce en bloc les projets du gouvernement et appelle les personnels à construire une mobilisation d’ampleur.

NE PAS BATTRE EN RETRAITE, DÉFENDRE NOS RETRAITES

Depuis la prise de fonctions d’Emmanuel Macron, les réformes s’empilent

un rythme hallucinant. Dans notre secteur, en un an, tous les niveaux ont été attaqués. Dans les autres secteurs, personne n’est à la fête : dégradation des conditions d’embauche et de travail sans aucun nouveau droit à l’horizon pour les salarié-e-s. Et ce n’est pas la suppression des CHSCT dans le privé (et bientôt dans le public) qui stoppera cette spirale, ni la nouvelle réforme des retraites (qui nous attend dans les mois qui viennent).

Alors que les fonctionnaires risquent d’être fort malmené-e-s (lire ci-contre), personne ne sera étonné-e d’apprendre que cette réforme nous coûterait très cher si elle devait être finalisée. En alignant les retraites du public sur celles du privé, Macron manie l’argument classique de l’égalité mais en nivelant toujours sur le moins-disant. Renoncer à une retraite sur les six derniers mois au pro-

fit d’une retraite sur les vingt-cinq meilleures années, ce serait une perte financière importante pour tout le monde (et notamment pour les femmes qui connaissent des carrières moins linéaires et ont des salaires moins élevés que les hommes).

Autre grosse ficelle : le maintien de l’âge de départ (à soixante-deux ans). En effet, celui-ci est bien théorique puisque décote et malus incitent à travailler jusqu’à soixante-sept ans pour pouvoir bénéficier d’une retraite dite « à taux plein ». En passant à un système par points, ces âges légaux pourraient voler en éclats. Surtout, on en finirait avec le système par ré-partition fondé sur la solidarité, pour adopter un système individualiste dans lequel chacun-e serait incité-e

constituer son bas de laine, tout en ignorant la valeur du point au moment de son départ. Tout à fait dans l’air du temps !

Pourtant, des propositions alternatives existent pour garantir à la fois plus d’équité, un meilleur partage des richesses et des retraites dignes. L’Union syndicale Solidaires les porte et les défend. Macron et son gouvernement mènent une politique qui vise à casser, de manière systématique, tout ce qui permet d’organiser la solidarité (services publics, fonction publique, retraite par répartition…). Pour préserver notre bien commun, nous devons mettre en place un rap-port de force conséquent. C’est pour-quoi Solidaires propose aux autres organisations syndicales de préparer la riposte dans l’unité. Une autre société est possible !

VERS LA

PRÉCARITÉ GÉNÉRALISÉE ?

Le statut de fonctionnaire semble être dans le viseur du gouvernement, le rapport « Action Publique 2022 », diffusé en juillet 2018, préconise de développer massivement la contractualisation dans la Fonction Publique. SUD éducation dénonce cette politique qui vient précariser les agent-e-s des Services Publics. Le statut général du fonctionnaire dont bénéficient 5,2 millions d’agent-e-s est vecteur de progrès social et de démocratie.

Pourtant, les gouvernements successifs s’attachent à dégrader les services publics en diminuant le nombre de fonctionnaire, c’est 120 000 suppressions de postes de fonctionnaires dont 50 000 dans la Fonction Publique d’État qui ont été annoncées. Ainsi les postes ouverts aux concours sont en baisse. Dans le même temps, la réforme du lycée va permettre la suppression de plusieurs milliers de postes. Pour pallier à ces suppressions de postes, les rectorats ont tenté de faire accepter aux équipes pédagogiques la perte des dédoublements, la suppression de certaines options, l’augmentation du nombre d’élèves par classe, l’inclusion forcée des élèves non allophones et des élèves en situation de handicap. Néanmoins toutes ces dégradations du service public d’Éducation ne suffisent pas pour combler le manque de personnels. L’État doit chaque année faire appel des personnels non-titulaires et cela va s’amplifier d’ici 2022.

Aujourd’hui un personnel sur quatre travaille sous contrat dans l’Éducation Nationale, ce chiffre se-rait encore plus important si on y ajoutait tous les personnels administratifs et techniques employés par les collectivités qui travaillent dans les écoles, collèges et lycées. Leurs contrats sont de droit public ou de droit privé (CUI) et rarement à du-rée indéterminée, pour assurer des tâches d’enseignement, de Vie Scolaire, d’accompagnement des élèves en situation de handicap, d’entretien ou de gestion administrative ou tech-nique ou encore dans le domaine de la santé et du social.

Le statut de contractuel est particulièrement précaire dans la Fonc-tion Publique et dans l’Éducation Nationale en particulier. Les recto-rats se bornent à ne proposer que des contrats annuels alors qu’ils pourraient proposer des contrats pluri-annuels. Ainsi dans l’académie d’Orléans-Tours, on compte 13 013 personnels à attendre chaque année, avec une certaine appréhension, leur renouvellement de contrat… Ces personnels sous contrat à durée dé-terminée ont des difficultés à user des droits fondamentaux des travailleurs et des travailleuses (le droit de grève, de participation à des réunions d’in-formation syndicale…) et se trouvent trop souvent à la merci des exigences de leur hiérarchie. Lorsque les syndicats SUD éducation interrogent les rectorats au sujet de leur refus de faire des contrats pluri- annuels, ceux-ci répondent qu’ils ne peuvent prévoir les besoins d’une année sur l’autre, comme s’il était possible que d’une rentrée à l’autre un établissement n’est plus besoin d’AED. De plus les personnels non-titulaires dont les contrats ne sont pas renouvelés n’ont pas accès à une commission paritaire dans laquelle ces non-renouvellements pourraient être étudiés. Les personnels non-titulaires n’ont pas droit à une représentation syndicale dans les affectations. Selon les académies, les affectations des personnels contractuels peuvent être très opaques et aléatoires, sans prise en compte des reconnaissances de handicap, du lieu de vie ou de la continuité pédagogique. Les temps partiels imposés constituent un véritable problème pour nombre de personnels qui ne peuvent vivre avec un contrat à mi-temps par exemple.

Ces problèmes d’affectation mettent en difficultés les personnels qui arrivent dans les établissements souvent sans une véritable formation parfois après la rentrée, informé-e-s la veille de leur affectation…

Une fois en poste, les personnels non-titulaires sont victimes d’inégalités de traitement par rapport aux personnels titulaires. Les Assis-tant-e-s d’Éducation et les personnels qui accompagnent les élèves en situation de handicap ne bénéficient pas de la prime réservée aux personnels qui travaillent en éducation priori-taire, de même les salaires des enseignant-e-s non-titulaires varient selon les académies et n’obéissent pas aux mêmes grilles que ceux des titulaires alors même qu’ils effectuent le même métier.

SUD éducation dénonce ces inégalités de traitement entre personnels titulaires et non-titulaires. Les conditions d’emploi des personnels non-titulaires sont précaires et nuisent au service public d’éducation.

Pourtant on rencontre des contrats encore plus précaires dans l’Éducation Nationale, les CUI (Contrats Uniques d’Insertion) dont le gouvernement a annoncé la diminution au profit d’un statut encore plus précaire, celui de Service Civique qui se rapproche davantage du bénévolat ou du stage.

La multiplication de ces contrats ou statuts ultra précaires est scandaleuse pour les personnels auxquels il est inadmissible d’imposer des salaires aussi bas et des conditions d’emploi

aussi instables mais aussi pour les élèves qui ont droit à des personnels formés et à des équipes pédagogiques stables.

C’est pourquoi la fédération SUD éducation revendique la titularisation sans condition de concours ni de nationalité des personnels non-titulaires : il est urgent de garantir l’égalité des droits aux personnels qui effectuent les mêmes missions que les personnels titulaires et d’en finir avec cette hiérarchie des statuts et des droits. La généralisation de la contractualisation est une menace pour l’ensemble des personnels car il est d’usage pour les gouvernements de niveler les droits vers le bas en prenant pour exemple les contrats précaires. Enfin, il est urgent de réfléchir

un véritable statut protecteur, avec une vraie formation et une augmentation des salaires pour les personnels de Vie Scolaire et les personnels qui accompagnent les élèves en situation de handicap. Pour résorber la précarité, nous devons nous mobiliser pour gagner l’arrêt du recrutement en contrats précaires, l’augmentation des salaires et obtenir de véritables formations.

Qu’est-ce que SUD éducation ?

SUD éducation est un syndicat intercatégoriel qui s’efforce d’unir les revendications des personnels de la maternelle à l’université, dans les écoles, les collèges, les lycées, les universités et tous les services. Nous portons un syndicalisme de lutte qui défend les droits des personnels sans compromission avec la hiérarchie.

Membres de l’Union syndicale Solidaires, nous défendons une autre vision du syndicalisme, fondée sur la démocratie à la base et l’autogestion dans la vie du syndicat. SUD éducation se bat au quotidien pour une école publique, gratuite, laïque, égalitaire et émancipatrice.

Quels sont les différents scrutins ?

Les élections se déroulent à différents niveaux :

Les comités techniques qui existent au niveau national (CTMEN) et académique (CTA). Les CT sont compétents sur les questions de politiques éducatives et de moyens. Par exemple les réformes sont étudiées par le CTMEN et les DHG sont étudiées par les CT locaux.

Vos commissions paritaires (composées pour moitié de représentant-e-s du personnel et pour moitié de repré-sentant-e-s de l’administration) qui elles aussi existent au niveau national (CAPN), au niveau académique (CAPA) et au niveau départemental (CAPD) pour les professeur-e-s des écoles. Elles gèrent la carrière des personnels et notamment leurs mutations et passages d’échelons. Elles se réunissent également pour les procédures disciplinaires. Les personnels non-titulaires dépendent de CCP (commissions consultatives paritaires) qui n’existent qu’au niveau académique.

Dans les instances, les élu-e-s SUD défendent les personnels sans concession et portent leurs revendications et celles des équipes en toute transparence et en toute indépendance de l’administration.

Agenda

<<

2018

>>

<<

Décembre

>>

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
262728293012
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31123456