Travail des enfants : Urgence de main-d’œuvre pas chère pour le Medef

jeudi 13 avril 2006
mis à jour jeudi 13 juillet 2006

Si l’état d’urgence a enfin été abrogé, une des mesures prises par le gouvernement Villepin en réponse aux événements des banlieues est l’apprentissage dès 14 ans. Depuis 1959, date de la portée à 16 ans de la scolarité obligatoire, une partie de la droite et du patronat a toujours condamné cette mesure qui la privait d’une main-d’œuvre malléable.

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Kaspereit, député RPR, résumait déjà crûment la situation il y a quinze ans : « À 14 ans, on peut leur faire mettre la main dans la saleté ; à 16 ans, on n’a plus d’influence sur eux. » Dès les années 70, les lois Royer et Fontanet proposaient le préapprentissage dès 14 ans. Il s’agissait alors de sortir du système scolaire des élèves qui sont, selon la terminologie des instructions officielles de l’époque, “par nature et par goût orientés vers le pratique, le tangible, le réel”, bref de faire du tri social même pas déguisé. Dans les années 90, une autre partie du patronat - et de la droite - présentait l’apprentissage comme une « voie de réussite » en rêvant de sélectionner à son profit, et de glisser dans son moule, ceux qu’elle arracherait au système scolaire. « Devenir ingénieur par l’apprentissage » était le nec plus ultra de ce courant.

Aujourd’hui, deux tendances coexistent : l’une pour qui l’apprentissage, présenté comme la solution providentielle à la « crise des banlieues », doit permettre de mettre certains jeunes au travail précocement et d’exploiter cette main-d’œuvre peu qualifiée ; l’autre qui, à l’instar du Medef, veut « la création d’un véritable partenariat entre l’école et l’entreprise » qui lui permette d’orienter toute la politique éducative en fonction de ses intérêts économiques immédiats (le « succès dans la compétition économique internationale »). Tous s’accordent pour développer l’apprentissage, et le Plan de Cohésion Sociale de Borloo veut atteindre 500 000 apprentis en 2009. Le projet d’apprentissage à 14 ans est aussi une pierre jetée dans le jardin des régions qui ont compétence en matière d’apprentissage (notamment pour construire les CFA). Mais il suppose aussi une réforme du droit du travail, réclamée par la puissante Union Patronale des Industries Métallurgiques. Pourtant, chez les patrons, les avis ne sont pas unanimes : si par exemple le président de l’UMIH (hôtellerie) considère que « c’est une mesure de salut public », un dirigeant régional de l’Union Professionnelle Artisanale expliquait récemment que les métiers de l’artisanat « sont de plus en plus techniques et requièrent un bagage d’instruction générale qui nécessite largement d’aller à l’école jusqu’à 16 ans. Un gosse en difficulté serait déphasé dans les cours actuellement dispensés dans les centres de formation par l’apprentissage ».

Aussi des solutions alternatives sont en préparation : extension du préapprentissage, système d’apprentissage « relié au collège »... Dans tous les cas, ce dont il s’agit, c’est de la remise en cause pour certains jeunes - ceux des catégories populaires - du droit à bénéficier jusqu’à 16 ans d’une éducation et d’une formation générale et polytechnique offertes par le service public d’éducation, et qui contribuent à leur permettre, par les connaissances, par la réflexion, par l’esprit critique, d’acquérir une certaine maîtrise sur leur devenir. Et c’est inacceptable.

Sud éducation Puy-de-Dôme


L’égalité des chances à la sauce Sciences Po

En se préoccupant de garantir l’égalité des chances, on se borne à légitimer un implacable mécanisme de sélection et de reproduction sociale. En la matière, tous les efforts pour répartir également les moyens, ou pour les répartir équitablement sous forme de discrimination positive, sont voués à justifier l’injustifiable mérite des héritiers.

En ouvrant une filière de recrutement spécifique aux élèves de ZEP, les dirigeants de Sciences Po Paris ne s’y sont pas trompés. Cette école, spécifiquement créée pour former les élites républicaines d’après-guerre, commençait à souffrir d’un sérieux discrédit lorsqu’on découvrit, entre autres, qu’il y avait bien moins d’enfants d’ouvriers dans ses rangs qu’au cours des années cinquante. Rien de plus normal : les exigences de la « culture » Sciences Po sont plus facilement incorporées par les enfants de ceux qui y ont eux-mêmes été formés. La discrimination positive, mise en place au nom de la sacro-sainte égalité des chances, n’y changera rien : elle permettra seulement à « l’élite républicaine » en place de transmettre ses privilèges héréditaires à l’abri de toute critique. Un modèle qu’on ne manquera donc certainement pas d’étendre...

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