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vendredi 4 juin 2010

La Cour des comptes fournit toujours dans ses rapports annuels de petites perles sur la façon dont l’État gaspille allègrement des centaines de millions d’euros d’argent public.

Cette année, elle s’intéresse entre autres au corps des Inspecteurs de l’académie de Paris.

Et alors, me direz-vous ? Envie d’un boulot fictif de haut fonctionnaire à 4500 euros net par mois, accessible sans concours ni diplôme d’aucune sorte ? Suivez le guide…

D’emblée, l’introduction du rapport est alléchante : Les inspecteurs de l’académie de Paris ont été créés en 1810 dans le cadre de l’administration napoléonienne. Ces fonctionnaires, dont l’effectif était à l’origine de quelques unités, ont été chargés pendant un siècle et demi de l’inspection des enseignants et des établissements scolaires du second degré dans cette académie, d’abord pour le compte du ministre de l’éducation, qui avait au 19e siècle la responsabilité personnelle de l’académie de Paris, puis pour le compte du recteur, lorsque cette fonction a été créée. Au fil du temps, la gestion de ces agents a évolué vers des conditions de nomination et d’emploi déconnectées de toute fonction d’inspection au sein de l’académie de Paris. Elle s’est en outre caractérisée, depuis une dizaine d’années, par le triplement des effectifs et par des irrégularités multiples.

Elle a enfin donné lieu au dévoiement de l’utilisation de ces emplois publics pour permettre des nominations de collaborateurs d’autorités politiques.

Mais on fait quoi quand on est Inspecteur d’académie de Paris ?

Ben, rien : la création en 1962 du corps national des inspecteurs d’académie/inspecteurs pédagogiques régionaux (IA-IPR) leur a tout d’abord retiré toute utilité et toute justification, puisque les IA-IPR ont précisément vocation à exercer sur l’ensemble du territoire des fonctions d’inspection des établissements et des personnels d’enseignement du second degré. En dépit de ce double emploi manifeste, l’existence des inspecteurs de l’académie de Paris n’a pour autant pas été remise en cause, et, pendant près de cinquante ans, leur texte fondateur, remontant au Premier Empire, a continué à servir de support à leur recrutement : ces emplois sont restés inscrits dans le budget de l’académie de Paris, qui les gérait et qui payait les rémunérations.

Vous en avez assez d’être sous-payé, d’exercer dans des conditions dégradées votre boulot d’assistante sociale-psychologue-éducateur-flic-animateur-substitut de parent ? Eh bien faut postuler : les Inspecteurs de l’académie de Paris présentent la particularité d’être directement nommés par un décret du président de la République, sans avoir au préalable passé de concours de recrutement et sans même que soit requis l’avis consultatif d’une commission. Ces nominations ne sont assujetties à aucune condition : n’importe quelle personne peut être nommée dans ces fonctions, qu’elle ait ou non obtenu un diplôme, qu’elle ait ou non déjà exercé dans la fonction publique, qu’elle ait ou non acquis une expérience professionnelle dans le domaine de l’éducation, et quel que soit son âge.

En ce qui concerne le salaire, c’est pas mal non plus…

En effet, depuis 1999, dix-neuf Inspecteurs de l’académie de Paris ont été intégrés en hors échelle A, dont seize au 3e échelon et trois au 1er échelon, avec une rémunération mensuelle nette d’environ 4500 euros, c’est-à-dire à un niveau plus élevé que la plupart des hauts fonctionnaires en début de carrière. Mais il faut se dépêcher parce que ça commence à se savoir : d’un nombre de 6 à 8 pendant près de deux siècles, les nominations de ces dernières années se sont accélérées et se montent à 22 ! Elles l’ont été pour de simples motifs de proximité politique : le « corps » des Inspecteurs de l’académie de Paris est devenu pour l’essentiel une voie de nomination dans des emplois supérieurs de l’État réservée à des collaborateurs de diverses autorités politiques (présidents de la République, premiers ministres, ministres chargés de l’Éducation, autres ministres…). Bien sûr, il s’agit de postes de complaisance puisque la totalité de ces inspecteurs, sauf un, ont continué à exercer les emplois et à percevoir les salaires qui leur étaient versés avant leur nomination. Lors de son enquête, la cour a déniché quelques beaux spécimens : plusieurs années à 775 000 euros pour quelques heures seulement d’activité ! Ça fait pas envie ?

Des emplois fictifs ?

Il se pourrait bien que Sarkozy prenne le même chemin que Chirac. Alors, bien que la Cour promette des suites juridictionnelles qui pourraient être données au regard des règles relatives aux infractions de nature budgétaire, chers futurs Inspecteurs de l’académie de Paris, à vos CV. Avoir un haut fonctionnaire à Sud Éducation, ça ferait son effet. On vous rappelle juste que, compte tenu du salaire, ça vous ferait dans les 1000 Euros de cotiz...

Pour votre édification personnelle

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