Travailler moins pour travailler tous, pour cotiser tous

samedi 16 octobre 2004
mis à jour mardi 16 novembre 2004

Il faut vraiment être un simple porte-voix du MEDEF pour proposer, comme le fait Raffarin, un allongement de la durée de cotisations -puisqu’il n’ y aurait pas assez d’actifs pour financer les retraites- au moment où les entreprises multiplient les plans sociaux : Daewoo, Metaleurop, Air-Lib, France-Telecom et demain la Banque de France. Et encore ce sont les plans les plus médiatiquement visibles. Combien de fois faudra-t-il répéter que seuls les actifs occupés participent à la création de richesses et qu’ils prennent de ce fait "en charge" les inactifs, les retraités, mais aussi les chômeurs. Avec les politiques de l’emploi qui, depuis vingt ans, n’ont cessé de précariser, de flexibiliser l’emploi, on se retrouve avec 2 289 000 chômeurs (catégorie 1), en fait 3 633 000 si on prend en compte toutes les catégories (Ministère de l’emploi) dont 680 000 le sont depuis plus d’un an. A côté se sont multiplié les formes d’emploi, en particulier le temps partiel qui touche aujourd’hui 16,2 % des salariés sans que ceux-ci l’aient toujours désiré. Chômage, temps de travail réduit, c’est autant de cotisations en moins.

Mais c’est sans compter sur l’imagination très libérale de nos gouvernements. Ainsi le gouvernement Raffarin a pris un certain nombre de mesures ciblées sur les "travailleurs en difficulté" :
- suppression des cotisations sociales pour les contrats jeunes en entreprise (les jeunes non qualifiés),
- paiement différé des cotisations pour les créateurs d’entreprise,
- reconduction des zones franches qui exonèrent les entreprises qui s’y installent d’impôt sur les bénéfices, de taxes professionnelle et foncière, des cotisations sociales patronales... durant cinq ans.

Et pour redonner de "l’employabilité" à ceux que le marché du travail tend à exclure, il vient de réduire les cotisations sociales pour les salariés du secteur privé payés en dessous de 1,7 fois le Smic sans aucune contrepartie. Exonération des cotisations patronales pour les entreprises, c’est autant de cotisations en moins.

Une autre méthode plus insidieuse car présentant par certains aspects un caractère social a été d’éliminer les travailleurs âgés, les plus de 50 ans par des mises en préretraite. En 1999, seulement 34 % des hommes et 28 % des femmes qui allaient avoir 60 ans dans l’année étaient encore actifs occupés. L’âge médian d’arrêt d’activité est de 57,5 ans pour les hommes, 56,8 ans pour les femmes. Si pour nombre de travailleurs, la préretraite représente la possibilité de se reposer, de nombreuses entreprises ont utilisé ce moyen pour rajeunir leurs effectifs en faisant payer cette politique à la collectivité. Les chômeurs de plus de 50 ans ont aujourd’hui énormément de difficultés pour retrouver un emploi, ce qui aura une incidence sur leur retraite. Elimination des travailleurs de plus de 50 ans, c’est autant de cotisations en moins.

Enfin, l’immense majorité des salariés n’est pas mieux lotie. Les hausses de salaire sont limitées au strict minimum et le plus souvent "à la tête du salarié", ce qu’en langage d’entreprise on appelle le mérite. Des hausses de salaire limitées, c’est autant de cotisations en moins.

Les exonérations dont bénéficie le patronat pour "embaucher" alors que, dans le même temps, il licencie massivement, représentaient 2,3 % des cotisations patronales au régime général en 1992 mais 11.2 % de ces mêmes cotisations en 1997. Pour 2003, le chiffre doit être encore bien supérieur. On comprend mieux pourquoi la part des salaires dans la valeur ajoutée a diminué de 10 points en vingt ans au profit bien évidemment des revenus du capital et des marchés financiers.

Ces déficits budgétaires et sociaux générés par les largesses des gouvernements au service d’un patronat qui en redemande justifient ensuite leur réduction par la diminution des dépenses. La réforme des Retraites et, demain, celle de la Santé, trouvent leur origine dans cette politique : prendre à ceux qui ont peu (dernières bassesses : la diminution de l’Allocation personnalisée d’autonomie et la suppression de la Couverture Médicale Universelle pour les sans papiers) pour donner à ceux qui auront les moyens de souscrire des fonds de pension ou des assurances-santé.

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