Un peu d’art, mais pas trop, et pas pour tout le monde

vendredi 5 janvier 2007
mis à jour mardi 6 mars 2007

Les ambitions du Ministre de l’Education nationale ne sont pas toujours une réussite : pour les arts plastiques et l’éducation musicale, déjà optionnels au lycée, le recul est programmé au collège. De Robien utilise bien sûr l’effet d’annonce en faveur de vagues pratiques culturelles : un peu de culture ne peut pas nuire, même pour les enfants de pauvres !

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Dans ses engagements, le Ministre affirme encourager le partenariat entre les établissements et les ressources artistiques locales, notamment pour les collèges « Ambition réussite » où des artistes pourraient venir en résidence (comme pour la plupart des mesures « Ambition réussite », on recycle comme nouvelles des mesures déjà effectives). Un des problèmes majeurs réside dans le fait que derrière ces pratiques, il n’y a plus de disciplines et de moins en moins d’enseignants de ces disciplines. Les arts plastiques et l’éducation musicale n’apparaissent plus dans les disciplines obligatoires du brevet des collèges pour 2007, n’apparaissent plus que comme « autres enseignements suivis par les élèves selon leurs capacités et leurs intérêts » dans le socle commun de connaissances défini par la loi Fillon. Le nombre de postes à ces concours a diminué de moitié pour l’éducation musicale, d’un tiers pour les arts plastiques, et 8 700 postes ont été supprimés en 2006.

Il est vrai que ces enseignants - pourtant spécialistes après une formation universitaire longue et une proximité avec les lieux d’art - ne semblent pas indispensables : ils ne sont plus attachés à un collège, mais à un bassin où ils dispensent donc leur enseignement aux élèves ayant fait montre de leurs « capacités » et de leur « intérêt ». D’autre part, « l’éducation artistique et culturelle » est conçue dans la loi Fillon comme un ensemble de « pratiques » que tout un chacun, quelle que soit sa discipline, peut mettre en œuvre dans le cadre d’un projet local, ce qui permet de se passer des enseignants d’arts plastiques et d’éducation musicale. Enfin, les projets d’établissement doivent s’inscrire, pour obtenir des financements, dans le cadre des « priorités académiques » qui elles-mêmes se limitent bien souvent... au socle commun. Il est clair, et ce depuis le début, que le socle commun ne s’organise pas pour les élèves ayant plus que d’autres besoin de l’école, qu’il ne vise nullement à donner à tous une culture partagée, que chacun puisse alors s’approprier pour l’aimer, la critiquer, en connaissance de cause.

Les disciplines artistiques enseignées en tant que telles permettent aux enfants, plus ou moins grands, de s’affranchir de codes scolaires pas toujours maîtrisés, de se ré-assurer pour certains, de s’affirmer pour d’autres. Si elles deviennent un luxe, on sait à qui ce luxe sera réservé. Cette évolution vers plus de discrimination dans l’accès à la culture rejoint la restriction depuis 2002 des fonds nationaux attribués aux écoles primaires pour les activités culturelles ; elle rejoint également la pression croissante exercée sur les enseignants du secondaire pour qu’ils remplacent, dans le cadre de la loi Robien sur les remplacements, les heures consacrées aux sorties culturelles.

L’Education nationale ne s’engage plus à assurer systématiquement et pour tous l’accès aux arts plastiques et à la musique : le droit à des « pratiques culturelles » va varier selon les enfants - leurs « capacités et intérêts » -, selon les établissements et leurs « projets » et selon les académies et leurs « priorités ». Arts plastiques et musique ne pesaient déjà pas lourd dans la vie d’un collégien (55 minutes pour chacune des disciplines). Même ce presque-rien semble encore être de trop.

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