Une certaine fin de l’école ? La riposte s’organise...

Etablissements Publics d’Enseignement Primaire
mardi 6 mars 2007
mis à jour samedi 28 avril 2007

En juillet 2004 le gouvernement glissait dans la loi de décentralisation un article autorisant la création, à titre expérimental, d’Etablissements Publics Locaux d’Enseignement Primaire (EPEP). Depuis, Robien accélère leur mise en place. Après que les syndicats, dont Sud éducation, ont refusé de siéger au Conseil Supérieur de l’Education du 25 janvier et malgré un vote totalement défavorable lors du CSE du 5 février, à l’exception de celui du Medef, le Ministre persiste dans cette nouvelle étape de décentralisation. Des initiatives unitaires s’organisent en défense de l’Ecole Publique.

L’EPEP est un regroupement de plusieurs écoles - il peut comprendre plusieurs dizai-nes de classes - pour « permettre une gestion mutualisée des moyens » dans un souci « d’exigence de résultats et d’efficience ». Il s’agit de créer une entité juridique « Etablissement » qui n’existe pas dans le premier degré. L’EPEP serait géré par un Conseil d’administration présidé par les représentants des collectivités locales, tandis que les représentants des enseignants et parents y seraient minoritaires. Il devrait :
- Adopter un projet d’établissement et un règlement intérieur,
- Gérer le budget,
- Donner son accord sur la passation des conventions et contrats dont l’établissement est signataire,
- Donner son accord au recru-tement des personnels non enseignants,
- Délibérer sur la place des parents dans les écoles,
- Donner son avis sur la structure pédagogique, sur proposition du directeur de l’EPEP,
- Adopter le rapport de fonctionnement présenté par le directeur.

L’Ecole publique est ainsi livrée à une entité locale, avec tous les risques de mise en concurrence des établissements et de creusement des inégalités scolaires.

Le directeur de l’EPEP serait désigné par l’Inspecteur d’Académie. Véritable « organe exécutif » du CA de l’EPEP, responsable juridiquement et financièrement, il aurait pour mission de :
- Préparer et exécuter les délibérations du CA,
- Réunir les directeurs et ensei-gnants pour faire appliquer le projet,
- Recruter des personnels non enseignants avec l’accord du CA,
- Préparer le rapport de fonctionnement qui porte sur les résultats des élèves et l’efficience des dispositifs d’accompagnement scolaire.

Ce directeur « désigné » effectue donc un travail d’administration et de gestion conforme aux décisions du CA. Il a aussi en charge l’évaluation des résultats et dispose d’un pouvoir hiérarchique en tant qu’il assure la mise en œuvre du projet d’établissement.

Quant au conseil pédagogique, il coordonne l’action pédagogique des écoles et prépare la partie pédagogique du projet d’Etablissement. Présidé par le directeur de l’EPEP, il regroupe les membres du CA, les directeurs des écoles et le (ou les) IEN. Rien sur le maintien du fonctionnement actuel des écoles. Quid du Conseil des Maîtres ? Quid des Conseils d’Ecole ? Que deviennent les projets d’écoles et les projets de cycles tant vantés par notre administration depuis près de 20 ans ?

Contre le démantèlement

Au nom de la « mutualisation des moyens », on feint d’ignorer l’état actuel de l’école, la difficulté à y apprendre et à y enseigner, pour imposer une « rationalisation » baptisée « mutualisation ». Elle signifiera, à très court terme, l’affectation des personnels sur « Etablisse- ment » et donc la mobilité pour tous. Dans certains endroits on tentera de « mutualiser » l’inexistant. Des écoles réaliseront des prouesses, le don de soi sera le moteur de la chose. Et de l’IA jusqu’au ministre on parlera du formidable investissement des enseignants... pour mieux faire oublier le désinvestissement de l’Etat.

Pour Sud éducation, ce décret n’est pas négociable. La « mutualisation » et l’habillage pédagogique ne doivent pas nous cacher la véritable nature de l’attaque portée à l’école publique et à son caractère national et laïque. La « territorialisation » au nom de la décentralisation c’est le désengagement de l’Etat avec, au bout, une gestion sous pression locale et hiérarchique qui fera toujours plus d’économies budgétaires pour une école inégalitaire.
Contre cette attaque, des initiatives unitaires se mettent en place dans plusieurs départements. Dans le Val de Marne une intersyndicale (Snuipp, Snudi FO, SE, Ferc-Cgt, Sud éducation) a réuni 400 personnes sur le temps de travail. Une intersyndicale Ile de France se met en place... à nous d’en rajouter et de faire circuler l’information sur l’état des mobilisations, à nous de construire le rapport de force.

Contre l’autoritarisme

Dans plusieurs départements des directeurs d’école sont punis d’un jour de salaire pour avoir refusé de renvoyer une enquête administrative, protestant ainsi contre les conditions de travail dans les écoles. C’est la première fois qu’un salarié se voit considéré comme gréviste alors même qu’il a fait sa journée de travail. Sud éducation exige la levée des sanctions et s’associe à toutes les initiatives syndicales pour que soit levées ces mesures arbitraires.

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De Robien nous montre ainsi qu’il veut désormais des directeurs d’un type nouveau pour le « management » des équipes, des gens qui ont des « profils de cadres » comme on cause aujourd’hui dans les Inspections académiques. On ne cherche donc pas des récalcitrants qui acceptent de suivre une consigne syndicale et désobéissent, on cherche des vrais chefs pour les EPEP. L’autoritarisme hiérarchique contenu dans le texte EPEP constitue une véritable régression quant au fonctionnement actuel des écoles. C’est, sous pression hiérarchique, la mise en place d’une école compatible avec les injonctions simplistes du ministre sur le plan pédagogique.

Penser l’alternative

Il faut préserver le cadre actuel de fonctionnement non hiérarchique des écoles primaires, en refusant toutes les propositions qui éloignent les directeurs des adjoints et font, à terme, de l’un le supérieur hiérarchique de l’autre.

Il y a eu dans les années 70 et 80 des directions dites « collégiales » jamais vues d’un bon œil par l’administration. Aujourd’hui, contre le vent libéral, dans une école différente, nous avons autre chose de nouveau à inventer, à revendiquer et à défendre. S’il faut un statut juridique, c’est peut être au Conseil des Maîtres qu’il faut l’attribuer. La formation continue pourrait aussi avoir pour objet la formation au travail collectif.
Construire de véritables revendi-cations pour un fonctionnement démocratique de l’école doit être un axe syndical à faire vivre dans la mise en place d’un véritable mouvement de défense de l’Ecole Publique. Le projet EPEP doit être retiré.

Sud éducation Puy-de-Dôme

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