Une politique d’orientation à la dérive... libérale

Orientation scolaire
 septembre 2004
mis à jour jeudi 25 novembre 2004

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Le service public d’éducation et, en son sein, le service public d’orientation vivent depuis plusieurs années des attaques frontales de type libéral. La création des lycées des métiers, la remise en question du collège unique, la déréglementation des diplômes de l’enseignement supérieur, la décentralisation sont des exemples inquiétants de l’évolution actuelle du système éducatif. Les objectifs sont clairs :
- Restreindre les dépenses publiques d’éducation et développer une logique de rentabilisation des services (notamment avec la LOLF - loi organique relative aux lois de finances - qui introduit un nouveau mode de gestion des finances publiques).
- Adapter la formation aux besoins de plus en plus pointus et ponctuels des entreprises. L’individualisation des parcours de formation, les bilans de compétences, la demande d’accumulation de formations (si possible, en dehors du temps de travail) et la validation des acquis d’expérience sont des dispositifs qui débouchent sur la déréglementation des diplômes. Derrière le discours démagogique de « la formation tout au long de la vie » se cache en fait la volonté de former une main d’œuvre de plus en plus adaptable, flexible et précaire en remettant en cause les conventions collectives et le droit du travail.
- Ouvrir aux investisseurs privés le marché juteux de l’éducation et de la formation.

Ces réformes renforcent le pouvoir des collectivités territoriales et des entreprises sur l’éducation, et en particulier sur l’orientation :
- Les CIO, qui ont un rôle important à jouer dans l’observation du système éducatif local, deviennent petit à petit des centres de bilans, des organisateurs de carrefour des métiers, des gestionnaires de sites internet avec réponses en ligne sur des questions d’orientation au détriment de leurs missions d’information et de conseil.
- L’accompagnement des élèves dans leur cursus, et l’aide à l’élaboration de projets personnels se transforment en bilans de compétences pour futurs employés.

De la même manière, il faut dénoncer le mirage de l’« éducation à l’orientation » pratiquée aujourd’hui. Nous n’en contestons pas l’objectif affiché, amener l’élève à construire son orientation plutôt qu’à la subir, mais bien son utilisation comme cautionnement des paliers d’orientation, de la sélection et de l’affectation imposée. Les élèves en difficulté ou en en opposition subissent plus que jamais un système fondé sur le mérite et l’excellence. L’« éducation à l’orientation » est au service d’un discours institutionnel en matière d’orientation qui, sous prétexte de l’intérêt collectif (qui n’est certes pas à négliger), sert insidieusement beaucoup plus le modèle socio-économique dominant que les aspirations individuelles. Sud éducation refuse, dans un tel contexte, l’obligation institutionnelle de l’« éducation à l’orientation » et toute mesure du type entretiens « bilan d’étape à 15 ans ».

Décrédibilisation des services d’orientation et des Conseillers d’Orientation Psychologues

Collégiens, lycéens, étudiants, parents d’élèves, apprentis, adultes en recherche de formation..., un large public sollicite les services d’orientation de l’éducation nationale dans les centres d’informations et d’orientation (CIO) ou dans les établissements scolaires.

Les conseillers d’orientation psychologues (COP) apportent informations (sur les études, sur les métiers et notamment sur la relation formation/emploi) et conseils en orientation (aide à l’élaboration de parcours d’études, recherche de solutions adaptées en cas de difficultés...). De la même manière, les enseignants et notamment les professeurs principaux, les personnels de direction, les CPE et les personnels des services santé et sociaux reconnaissent clairement les COP comme conseillers techniques pour les questions d’orientation et de parcours scolaires.

La place des COP est singulière dans un système éducatif complexe. Aider les élèves et leur famille à s’approprier et à maîtriser le système éducatif est une mission de service public fondamentale dans une société qui se prétend démocratique. Leur autonomie d’action semble par contre gêner les décideurs gouvernementaux. En permanence décriés par leur propre ministère, les COP subissent aujourd’hui, au travers de missions de plus en plus instables, une fragilisation de leur position. Face à une demande qui ne cesse de croître dans les établissements scolaires et dans les CIO, l’administration répond, non par des créations de postes, mais par la multiplicité des tâches et la baisse de 40 % des recrutements. De plus, elle limite considérablement les frais de fonctionnement et ouvre la voie à une forme de marchandisation de l’orientation (contractualisation d’objectifs avec les régions et/ou les branches, actions publicitaires ou promotionnelles pour le compte de lobbies professionnels locaux, guichets uniques ANPE, mission locale, CIO...). Si la régionalisation des services et des personnels d’orientation n’est pas passée par la grande porte au printemps 2003, le gouvernement, en réduisant le conseil individualisé indépendant et en pourrissant les conditions de travail dans les CIO, cherche à la faire rentrer par la fenêtre. Cette décentralisation annoncée remet en question la notion même de service public d’orientation. La dépendance aux données et aux autorités locales aura de fâcheuses conséquences pour les élèves et leurs familles.

La défense du service public d’orientation est un enjeu de taille. Elle ne sera efficace que dans le cadre de la défense du service public d’éducation et du service public dans son ensemble.

Commission fédérale Orientation

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