Vente d’“esclaves”

ou comment l’Éducation nationale brade ses emplois-jeunes aux entreprises
 mars 2001
mis à jour dimanche 3 avril 2005

Onze conventions ont été signées en décembre entre le ministère et, soit des entreprises publiques ou privées, soit des associations. Ces conventions ont pour objet la mise en place de la sortie des aides-éducateurs de l’EN. Trois conventions avaient déjà été signées en novembre avec PSA Peugeot Citroën, la Fédération Nationale des Travaux Publics et l’Union des Industries Chimiques.

Effet d’annonce et poudre aux yeux...

L’ensemble des mesures annoncées par Lang et Mélenchon ressemble une fois de plus à une publicité mensongère. Ainsi, l’ensemble des conventions, dont certaines ne contiennent aucun chiffrage, prévoit 40 330 promesses d’emplois alors que le ministère en annonce entre 20 000 et 42 090 ! Ce chiffre est à comparer avec les 70 000 aides-éducateurs qui sont en poste dans l’EN. Dans tous les cas de figure, il en resterait entre 28 000 et 50 000 à "caser" dans les années à venir. D’autre part, on a du mal à imaginer que l’État et les patrons réussiront à trouver 25 000 métallos, 8 000 policiers et 600 "mousquetaires" chez les aides-éducateurs(trices) qui à priori se vouaient plutôt à des métiers ayant trait à l’éducation ou l’animation !!! Mais, là n’est pas l’objectif du gouvernement qui se moque des jeunes comme le prouve le manque de formation qui est donné depuis le départ aux aides-éducateurs(trices) déjà en place ! Son but est de faire entrer par la fenêtre les entreprises que l’an dernier les personnels en grève des Lycées Professionnels avaient empêché d’entrer par la grande porte...

Quand le MEDEF siffle, Mélenchon et Lang font les beaux

La part du lion revient aux entreprises privées avec 25 000 futurs métallos cédés au très réactionnaire patronat de l’UIMM. Les autres entreprises se partageront les 3 640 aides-éducateurs, ce qui fait un total de 28 640 jeunes auxquels il faudra ajouter 3 250 futurs maçons (avec un contrat avec une chambre du bâtiment), qui selon le ministère ont "le sens de la hiérarchie et des horaires"

Les entreprises publiques se contentent de 8 000 policiers et de 1 600 futurs cheminots(es), soit 9 600 embauches envisagées. A noter que l’EN ne prend aucun aides-éducateurs sans concours.

Seule une association de création d’entreprises envisage de "former" 600 petits patrons de choc. Les autres associations se contentent de vagues contrats sans chiffres !

Marché de dupes ou comment le renforcement de la "coopération" entre l’EN et le patronat permet de mettre en place une politique combattue par les personnels !

L’ensemble des contrats passés avec les plus grosses entreprises renforce le pouvoir du patronat sur la formation dans les filières technologiques (IUT, LP, Universités, GRETA). Cela se vérifie dans l’exposé des motifs qui pour la plupart souhaitent comme l’EN "renforcer sa coopération avec les branches professionnelles".

Certains contrats, sous couvert d’embauches d’aides-éducateurs, viennent justifier la mise en place de prêt des plates-formes technologiques des Lycées pro et des Universités (notamment dans les accords avec l’UIMM, avec TRANSCOM, avec la FNTP et l’UIC). Dans la droite ligne de la poursuite de la politique Allègre dans les filières technologiques et de la mise en place de la Charte de l’enseignement professionnel intégré.

Les conventions permettent aussi de réaffirmer et renforcer l’intervention du patronat en ce qui concerne le contenu des formations et la validation des diplômes dans les filières technologiques. Sont aussi organisés des échanges entre les professeurs associés venant du privé (sûrement des syndicalistes !) et les formations des enseignants des LP dans les "boîtes" (pendant les vacances ?).

Tout cela avec un contrôle syndical minimal : en effet, le comité de suivi exclut à priori systématiquement les syndicats de l’EN, puisque dans chaque document, il est notifié que les patrons seront représentés pour un tiers, les syndicats de la branche auront un autre tiers et l’EN désignera ses représentants pour le dernier tiers !

Encore une bonne affaire pour le MEDEF !

Le patronat va encore faire une bonne affaire, puisque dans certains contrats il est stipulé que durant une certaine période de formation en entreprise, les jeunes resteront en contrats d’aide-éducateur et payés par l’État (SUEZ, Picard, Matis, WIDIL, Intermarché). Il n’est jamais précisé combien de contrats définitifs seront accordés par le patronat aux milliers de jeunes aides-éducateurs qu’il s’apprête à exploiter, en utilisant à fond tous les contrats précaires, les aides à l’embauche accordées et les abattements des charges sociales par l’Etat. Il n’y a en fait pas de garantie d’embauche.

Pour ce qui concerne la participation financière du patronat, dans le cadre des rémunérations des jeunes en stage ou des dotations, le flou artistique est total : les négociations sont renvoyées à de futures rencontres pour le salaire des stagiaires et pour les dotations des établissements. Seuls le FNTP et Promotrans se sont engagés à verser quelque chose, sans autre précision... Quant à l’IUMM, ce requin de la métallurgie, il a réussi le coup de force... de ne RIEN promettre !

Quant aux aides-éducateurs jugés les moins performants, ils seront "reformatés" avec un prolongement de contrat de trois ans si nécessaire, par les associations afin de les remettre au travail. En fait les associations (Fédération des oeuvres éducatives et de vacances de l’EN) serviront de dispositif pour les aides-éducateurs " les plus éloignés d’un accès direct au marché du travail ".

Mélenchon et Lang, comme leur prédécesseur, continuent la politique libérale mise en place par les élites européennes qui, à terme, mettra l’école sous la coupe directe du patronat !

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