Vérité et justice pour Roland Veuillet

Manifeste
samedi 2 septembre 2006
mis à jour mercredi 1er novembre 2006

Nous affirmons ici que Roland Veuillet, comme tant d’autres - Kamel Belkadj (Daewoo), Faty Maillant (Accor), Latifa Abed (MaxiI-Livres), Jean-Louis Bourgatte (Connex), Mohamed Bedhouche (Carrefour), Marcel Douce (Lilly) - n’est coupable que de s’être élevé, par son action syndicale, contre le désordre social croissant.

Conseiller Principal d’Education à Nîmes au lycée Dhuoda, Roland Veuillet est suspendu de ses fonctions le 3 février 2003, alors qu’il était en grève, puis muté d’office à Lyon, à 300 Km de ses enfants, depuis juin 2003.
Nous accusons sa hiérarchie (le proviseur et le Recteur) d’acharnement à son encontre, et d’altération délibérée de documents administratifs.

En portant ces accusations, nous savons que les procès en diffamation font partie des nouvelles armes pénales (comme le « harcèlement moral à l’encontre de la direction ») utilisées contre les militants pour obtenir le silence.

Nous voulons briser le silence.
Pourquoi ?

Dès la nomination en 2000 de Roland dans ce lycée, le proviseur déclare que son arrivée sera source de difficultés et n’aura de cesse de demander son départ. En 2001, il écrit : tant « que M. Veuillet restera au lycée, nous rencontrerons des difficultés majeures pour y développer un projet éducatif partagé. » Traduire : déréglementation et gestion managériale du
personnel, contre lesquelles l’intersyndicale (Snes, Se, Cgt, Sud) s’élève en demandant en vain au rectorat une médiation.

Militant syndical élu au conseil d’administration, Roland Veuillet s’oppose, encore, avec les élus du personnel, à la présence devant cette instance d’un suppléant du conseiller régional Mnr.

Une convention de partenariat Medef-Rectorat de Montpellier, signée en 2000, permet à l’organisation patronale de participer à l’élaboration de la carte scolaire. La mise en place dans les établissements volontaires de Plates-formes Technologiques (PFT) autorise le patronat local à collaborer au choix des enseignements dispensés, des équipements, et à passer des commandes au lycée exécutées par les élèves. Roland Veuillet dénonce cette intrusion du MEDEF dans la formation. Avec d’autres représentants du personnel, il engage en 2002 des recours juridiques pour faire annuler la PFT après que le proviseur l’ait fait voter irrégulièrement par le conseil d’administration. Ce combat majeur est un choc frontal.

Comment se débarrasser de ce syndicaliste gênant ? En appliquant méthodiquement tous les procédés de chasse à l’opposant : harcèlement, dénigrement, pressions et intimidation de ceux qui malgré tout continuent à soutenir Roland. Les courriers du proviseur au recteur illustrent la méthode : après avoir baissé la note de Roland de trois points, « nous pensons même que le rapport de force permet d’envisager une note plus sévère » et « nous proposons que M. Veuillet soit inspecté avant la fin de l’année... nous pensons nécessaire d’envisager son départ pour trouble de service » (lettre du 05/06/2001).

Malgré l’application besogneuse du proviseur, il faudra attendre la grève de janvier 2003 contre la suppression du statut des surveillants et aides éducateurs pour tenir enfin l’occasion de voir ces efforts récompensés. Le proviseur utilise la grève pour « chauffer » les non grévistes par l’affichage en salle des professeurs de courriers dénigrant l’action syndicale de Roland ; il monte les parents d’élèves en organisant le désordre à l’internat qu’il ouvre, puis ferme, puis rouvre à moitié, en mettant ces dysfonctionnements sur le compte des grévistes.

La provocation atteint son comble avec la demande (illégale) aux maîtres au pair (élèves les plus anciens) de remplacer les surveillants grévistes le 16 janvier. Il récidive le 30 janvier, cette fois après avoir appelé parents et élèves à venir demander des comptes à Roland Veuillet, qui demande en vain un ordre de réquisition écrit pour les maîtres au pair.

Le recteur peut enfin suspendre Roland Veuillet dès réception du rapport du proviseur du 31 janvier 2003 avec pour seul reproche « Depuis le 17 janvier, M. Veuillet s’est déclaré en grève, ostensiblement, pour soutenir le mouvement revendicatif des surveillants et aides éducateurs » (assorti de la description d’activités syndicales).

L’euphorie passée, le recteur considère qu’il faut dissimuler les motifs trop évidents d’une sanction anti-syndicale. On bricole alors : « s’est déclaré en grève, ostensiblement » est remplacé par « atteinte au bon fonctionnement du service » ; et l’entourage de la direction fournit des témoignages (postérieurs à la suspension) pour justifier un « comportement agressif et violent ».

Le conseil de discipline conduit à l’effondrement de l’accusation, dont certains témoins à charge se contredisent alors que d’autres s’abstiennent de venir à l’audience. Aucune des sanctions proposées ne sera votée.
Mais peu importent les preuves apportées par la défense, les témoignages à charge qui s’effondrent : le procès-verbal du conseil de discipline les occultera, car le sort de Roland est scellé depuis longtemps. Le Recteur prononcera la sanction la plus lourde dont il pouvait décider seul.

Le Ministre d’alors ne daignera pas répondre aux recours de Roland. Il ignorera ses demandes d’entrevue, tandis que Roland proteste en parcourant la France en courant pendant une année entière à chaque période de vacances scolaires, plus de 5000 Kms dont 2000 autour du ministère. Son successeur maintiendra la sanction, et attendra plus
d’un mois avant de nommer un médiateur, alors que Roland stationne en grève de la faim devant le Ministère pour demander une enquête administrative.

Le 25 janvier 2005, le Conseil Supérieur de la Fonction Publique s’est prononcé pour l’annulation de toute forme de sanction à l’encontre de Roland Veuillet.

Malgré ce désaveu de la plus haute instance paritaire de la Fonction Publique, le ministère fait la sourde oreille et “ignore” cet avis. C’est pourquoi :

Nous accusons Georges de Haro, proviseur du lycée Dhuoda, d’avoir manipulé le conseil d’administration, d’avoir altéré un document administratif, et d’avoir bafoué la liberté syndicale et le droit de grève.

Nous accusons William Marois, Recteur de l’académie de Montpellier à l’époque des faits et actuel Recteur de Bordeaux, d’avoir soutenu activement ce proviseur et, à l’issue d’une parodie de justice, d’avoir transformé l’agresseur en victime et la victime en coupable. Nous l’accusons d’avoir à cet effet produit un procès-verbal partial et mensonger.

Nous nous indignons contre le Ministre Fillon pour avoir maintenu une sanction inique, refusé tout déblocage jusqu’au trente huitième jour de grève de la faim de Roland, et refusé l’enquête administrative qui permettrait d’établir la vérité.

Nous ne connaissons pas les gens que nous accusons, nous efforçant de suivre l’exemple de Zola prenant la défense de Dreyfus contre des falsificateurs, nous n’avons « contre eux ni rancune ni haine. » En dénonçant leurs méthodes, nous soutenons aussi tous les militants qui subissent la répression en raison de leur lutte pour un monde plus juste.

Nous exigeons que la vérité soit enfin établie sur cette affaire par une enquête administrative, et que justice soit rapidement et complètement rendue à Roland Veuillet.

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Les premiers signataires :

AMARA Jean-Claude, responsable de Droits Devant ; AUCOUTURIER Jean-Luc, Ingénieur d’Etudes C.N.R.S ; BENSAÏD Daniel, maître de conférences en philosophie ; BESLON Guillaume, maître de conférences informatique ; BESSON-GIRARD Jean-Claude, artiste peintre ; BOURGEOIS Catherine, directrice CEDER ; BRUNE François, écrivain ; BUSQUET Magali, ingénieur de recherche tribologie mécanique ; CAYROL Cris, auteur compositeur interprète ; CHARB, dessinateur et chroniqueur à Charlie Hebdo ; CORCUFF Philippe, maître de conférences en science politique ; DAGUERRE Anne, Senior Research Fellow en science politique ; DAUM Christophe, maître de conférences en sociologie ; DIVRY Sophie, journaliste ; DUFOUR Catherine, chercheur CNRS ; DUPEUX Yves, professeur de philosophie ; ENGÉLIBERT Jean-Paul, maître de conférences en littérature comparée ; FERRY Vincent, enseignant-chercheur ; FLAMENT Dominique, chercheur CNRS ; FLORIS Bernard, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication ; FONTANA Jean-François, Sud éducation Paris ; FRAPPER Gilles, enseignant-chercheur, maître de conférences en chimie théorique, élu Sud éducation ; GAILLOT Jacques, Evêque de Partenia ; GALLET Régine, co-secrétaire départementale Sud éducation Paris ; GARCIA Benjamin, secrétaire départemental Sud éducation 66 ; GILARD Céline, maître de conférences d’espagnol ; GROUFFAUD Joël, secrétaire de Sud éducation Réunion ; HÉRICHER Daniel, co-secrétaire départemental Sud éducation Paris ; JACQUARD Albert, scientifique, écrivain ; JAMET Claude, maître de conférences de sémiologie ; JENNAR Raoul-Marc, docteur en sciences politiques des universités belges et françaises, chercheur sur les dossiers de l’OMC auprès d’Oxfam-Belgique, animateur de l’unité de recherche URFIG-France ; JOHSUA Samuel, professeur en sciences de l’éducation...

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18ème Arbitrairathon

Pour De Robien, les travailleurs peuvent toujours courir après la justice !

En 2003, Roland Veuillet a été muté d’office de Nîmes à Lyon pour fait de grève. En 2006, le ministère de l’Education nationale s’acharne toujours : il lui impose une quatrième année à Lyon, bien que le Conseil Supérieur de la Fonction Publique se soit prononcé pour l’annulation de la sanction « car les faits reprochés ne sont pas établis. » Pour résister au scandale de l’arbitraire ministériel, et pour protester contre sa prolongation indéfinie, ce syndicaliste enseignant a entrepris une nouvelle course à pieds, de 1000 km, du 11 au 26 juillet.

Cette 18ème version de l’Arbitrairathon s’est déroulée de nuit en raison des fortes chaleurs. Chaque soir, de 22 heures à 6 heures du matin, Roland Veuillet a donc traversé Lyon en courant. Une fois de plus, il a consacré ses vacances scolaires à courir pour exiger l’annulation de la sanction dont il est l’objet depuis trois ans.

Cette nouvelle course de protestation a porté à 15 000 le nombre de kilomètres parcourus en trois ans. Performance symbolique qui a pour objectif de démontrer sa résistance à l’arbitraire et sa détermination à lutter tant que sa sanction ne sera pas définitivement annulée.

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