Vers la fin programmée de la voie technologique

vendredi 27 mai 2011

Mise en place en même temps que la réforme des lycées, qui l’a en partie occultée, la réforme de la filière STI (Science et Technologie Industrielle), rebaptisée STI2D (Science et Technologie Industrielle et du Développement Durable) suscite de nombreuses interrogations.

Rappel historique

L’origine de la filière technologique STI remonte au XIXe siècle avec la loi du 30 novembre 1880 déposée par le député Martin Nadaud [1] portant création des écoles nationales professionnelles (ENP). La finalité était de former des ouvriers avec un bagage théorique. Dans les années 1920, l’évolution du mode d’organisation du travail a pour conséquence une profonde évolution des ENP dont l’objectif devient la formation de techniciens. Pendant les trente glorieuses, le besoin d’élévation des qualifications et les évolutions technologiques (automatisation) favorisent le développement de la filière des ENP qui deviennent, suite à un décret du 6 janvier 1959, les lycées techniques. Dans la foulée, les baccalauréats technologiques sont créés avec les BTS, puis en 1966 apparaissent les IUT.

Particularité

Cette filière va permettre d’accueillir majoritairement des jeunes d’origine modeste et leur permettre d’acquérir une qualification du niveau du bac, mais aussi bac+2 (BTS ou IUT) reconnue par les conventions collectives. Elle a constitué ainsi une voie de réussite parallèle à la voie générale, véritable « planche de salut » pour les jeunes d’origine ouvrière selon l’historien Gérard Noiriel.

Intérêt pédagogique

Préparant simultanément à la poursuite d’études supérieures ainsi qu’à un métier, les enseignements tant techniques que généraux s’articulent dans cet objectif. Ainsi le réinvestissement immédiat de connaissances acquises en enseignement général dans des champs professionnels donne du sens à l’apprentissage pour des jeunes peu familiers du système scolaire.

Premier objectif de la réforme de 2011 : faire des économies

Quels sont les principaux changements qu’apporte la réforme qui démarrera en septembre 2011 ?
- Une réduction du nombre d’heures d’enseignement,
- La disparition des seuils de dédoublement automatique qui accompagnait les heures dites d’atelier ou de travaux pratiques,
- La mise en place d’un important tronc commun à toutes les filières technologiques, sans intérêt, et dont les conséquences seront : d’une part la possibilité d’effectuer des regroupements de 35 élèves issus de sections complètement différentes, mais aussi la réduction du nombre d’enseignants bénéficiant de l’heure de première chaire.

Objectifs inavoués : accompagner la désindustrialisation de la France

La réforme STI2D est donc plus un gisement d’économies budgétaires que la mise en application de principes pédagogiques. Mais là n’est pas l’essentiel : ce qui pose véritablement problème, c’est la finalité future de cette filière. Elle ne prépare plus à un métier, car tous les enseignements à vocation professionnelle ont été dilués dans un enseignement dit technologique, privé de tout moyen : cet enseignement consistera à utiliser des logiciels de simulation sans aucune maîtrise des outils théoriques nécessaires à la compréhension des phénomènes modélisés.

La poursuite d’études supérieures est elle aussi remise en question, car il n’y a plus aucune articulation entre cette filière et les BTS ou les IUT ni d’ailleurs avec aucune autre filière de l’enseignement supérieur. L’enseignement spécialisé de physique appliquée, par exemple, qui alliait approche expérimentale et modélisation mathématique, a été remplacé par un enseignement de physique-chimie banalisé. Le nouveau programme de cette discipline est si étendu du fait du tronc commun, avec un volume horaire très faible, qu’il ne laissera aucune place à la modélisation mathématique pourtant essentielle dans les sections technologiques de l’enseignement supérieur. La réduction considérable de la place de l’électricité, par exemple, ne permettra plus de prétendre à l’habilitation électrique, condition requise pour occuper bon nombre d’emplois de techniciens.

En réalité, cette filière avec ses intitulés très accrocheurs et marketing (système d’information numérique, architecture et construction, innovation technologique et éco-conception, énergie et environnement) tourne le dos à la réalité industrielle et n’encouragera pas les jeunes à poursuivre dans cette voie.

L’enseignement professionnel (baccalauréats professionnels) étant lui aussi sacrifié sur l’autel des restrictions budgétaires, on peut se demander si les architectes de ces réformes n’anticipent pas une disparition progressive de l’emploi industriel en France. Quel est également l’intérêt d’imposer deux langues vivantes et les thèmes de la santé ou du nettoyage, sinon de faciliter la transition vers des emplois précaires dans le tourisme, la dépendance (3e âge) ou le nettoyage, par exemple ?

Un avenir sans industrie ?

Mais ne nous y trompons pas : ce brusque virage n’est pas la remise en cause de la société de croissance et de consommation, c’est simplement l’application de la doctrine économique de la division internationale du travail : pour l’oligarchie capitaliste, « inutile de produire en France ce que l’on peut produire pour moins cher ailleurs ». Attendons-nous donc à voir nos élèves occuper après leurs études des emplois précaires sans grand rapport avec les intitulés de la STI2D.

Sud éducation Ain


[1Ancien ouvrier maçon autodidacte

Agenda

<<

2019

>>

<<

Décembre

>>

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
2526272829301
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
303112345