Votée, promulguée, et alors ?...

vendredi 10 décembre 2010

D’une part, la réforme des retraites, n’est qu’un élément d’une politique globale de remise en cause, dans une perspective libérale, de tous les mécanismes de solidarité sociale développés depuis une soixantaine d’années (protection sociale, droit aux soins médicaux, éducation, justice certes bourgeoise mais indépendante, droits syndicaux, etc.). Son objectif inavoué est la destruction du système par répartition et son remplacement par un système de capitalisation au profit de structures (fonds de pension, assureurs et autres « groupes de prévoyance » - par exemple Malakoff-Médéric) qui sont déjà en attente des dizaines de milliards qu’il y aura à glaner quand les pensions auront baissé du fait de la réforme et que les gens seront contraints de recourir à des compléments privés.

D’autre part, la bataille actuelle contre la réforme des retraites n’a pas commencé le 7 septembre mais au printemps 2010 lorsqu’elle a été annoncée par le pouvoir ; et elle n’est qu’un élément d’un conflit débuté il y a deux décennies et appelé à continuer : allongement de la durée de cotisation du privé avec calcul sur les 25 meilleures années (au lieu de 10) et décote de 10 % par année en 1993, loi Madelin sur la capitalisation pour les travailleurs indépendants en 1994, « alignement » du public, raté en 1995 mais mené à son terme en 2003, dislocation de certains régimes spéciaux en 2007, allongement de la durée du travail en 2010, instauration d’un système par points ou comptes notionnels en 2013, « révision » en 2018. Pendant cette période, il y a eu des défaites, mais aussi des succès (1995). En tout cas, nous avons retardé plusieurs fois l’offensive libérale.

Illusions...

Deux illusions doivent être dissipées. En premier lieu, rien ne sert d’attendre une victoire ou une revanche en 2012 : en Grèce comme en Espagne, les gouvernements qui pressurent les travailleurs sont les gouvernements socialistes de Papandréou et de Zapatero ; en France, la réforme de 1993 s’est appuyée sur le Livre blanc de Rocard ; aujourd’hui Martine Aubry annonce déjà qu’il faudra augmenter le nombre d’années de cotisations.

Ensuite, il ne faut pas se leurrer sur les forces en présence. Le pouvoir sarkozyste en France est le représentant non seulement du MEDEF, mais de tous les plus puissants dirigeants et actionnaires des entreprises industrielles et financières en Europe, voire au-delà : quelques journées de grèves, même reconductibles, et quelques manifestations, même suivies par trois millions de personnes, pouvaient difficilement suffire à « gagner ».

Si nous croyons à ce que nous écrivons, seul un conflit frontal avec le pouvoir capitaliste libéral peut laisser espérer une vraie victoire : pour nous, « gagner », c’est non seulement revenir sur cette loi injuste, mais aussi sur toutes les lois antérieures. Cela passe par une grève générale reconduite par les salariés unis, qui reste encore à construire.

Détermination

Mais il serait tout aussi erroné de considérer que cette bataille a été vaine, et pour au moins deux raisons.

D’une part, il y a bien eu un échec ponctuel : nous n’avons pas empêché la loi d’être votée et promulguée. Mais si l’on considère l’enjeu réel, ce n’est pas essentiel, et ce n’est en aucun cas une défaite définitive, car nous ne sommes qu’au milieu de la lutte commencée en 1991 et qui va se poursuivre encore une décennie au moins.

La majorité de la population nous a soutenus et nous soutient encore, ce qui n’était pas gagné d’avance.

La question qui se pose à nous maintenant est celle-ci : comment faire pour que la lutte commencée il y a deux décennies puisse perdurer, plus forte, plus unitaire, plus politique au sens plein, et anticiper sur les étapes suivantes de la casse de la retraite par répartition, et, au-delà, de la démolition sociale ?

La grève n’a pas pris partout l’ampleur et les formes que nous espérions. Dont acte. Mais une chose est certaine, ici ou là de nouvelles situations de lutte apparaissent et s’inscrivent dans la durée : la lutte continue.

Au travail !