bilan du mouvement de grève

vendredi 4 juillet 2003
mis à jour vendredi 14 janvier 2005

Le mouvement de grève que nous venons de connaître au niveau de l’Education nationale est un moment
qui a quelque chose d’historique, d’une part dans sa détermination, puisque dans certaines régions celui-ci
a couvert plusieurs mois de l’année scolaire et les mois de mai et juin dans plusieurs milliers d’école,
d’établissements et de services. Ce mouvement de grève aura aussi été exceptionnel dans la mesure où
dans de nombreux départements, il aura été vraiment un mouvement intercatégoriel avec notamment
l’engagement de nombreux TOS et précaires (les plus bas salaires de l’Education nationale) aux côtés des
autres personnels dans la grève reconductible. Ce mouvement de grève aura été également exceptionnel
dans ses formes d’organisations, car même si les formes de structuration unitaire ont pu être différentes
d’un département à un autre, il semble qu’un sentiment a dominé durant deux mois dans l’Education
nationale. Ce sentiment mis en pratique par des milliers de grévistes dans les Assemblées Générales est
celui qui dit : « la grève appartient aux grévistes ».

De cette évidence, des dizaines de milliers de grévistes, dans l’unité, indépendamment d’un esprit de
chapelle syndicale, ont tiré la force de multiplier les initiatives, y compris interprofessionnelles, pour le
renforcement et l’extension de la grève. Malgré l’ostracisme maintenu par les directions syndicales
traditionnelles au niveau national et dans certaines régions à leur égard, les militants de SUD-Education
ont pleinement participé à ce mouvement et à son auto-organisation.

Notre participation à la grève reconductible, aux manifestations, actions et réunions qui l’ont
accompagnée nous conforte dans notre idée d’un syndicalisme de lutte capable d’affirmer que la
régression sociale ne se négocie pas, et capable de se mettre au service de la construction de la lutte.
Dans les autres secteurs publics (SNCF, Impôts, Poste, France Télécom, EDF, Hôpitaux, collectivités
territoriales, équipement...) mais également dans des entreprises privées, des milliers de salariés, au-delà
de leur appartenance syndicale, ont affirmé par leur participation à des grèves et à des tentatives de
reconduction parfois sur plusieurs semaines, vouloir en découdre avec la politique libérale du
gouvernement inspirée par le MEDEF et l’ensemble des officines du libéralisme mondialisé.

A ce stade du mouvement, aucune de nos revendications n’a été satisfaite. En matière de décentralisation,
nous affirmons qu’il n’y a eu aucune avancée significative, le texte n’est pas retiré et doit être débattu au
parlement en septembre... Rien n’a non plus été obtenu concernant les emplois-jeunes qui sont, de fait,
licenciés. La disparition du statut de mi-se, pourtant combattue dès le mois de septembre a été confirmée,
et le nouveau « statut » d’assistant d’éducation (dénoncé par les personnels ainsi que par toutes les
organisations syndicales) rajoute encore un peu plus de précarité dans l’éducation nationale. En matière
de retraite, le projet du gouvernement est minoritaire dans le pays, mais Fillon et Raffarin n’ont rien
lâché, si ce n’est des miettes à la direction confédérale de la CFDT dont la trahison n’aura surpris
personne.

Nous avons tous conscience que ce mouvement a trouvé sa limite dans le fait que les directions syndicales
traditionnelles au niveau national, et parfois au niveau local, n’ont pas été à la hauteur de l’enjeu. Dans
l’éducation nationale, l’intersyndicale nationale (dont SUD Education a toujours été exclu) a de fait
organisé la fin de la grève, au lendemain de la table ronde du 10 juin et à la veille des épreuves du bac,
alors même que rien de significatif n’avait été obtenu. L’absence d’appel clair à la grève autour des
examens (une grève ne peut avoir pour objectif que d’aboutir à un blocage, laisser planer une ambiguïté à
ce sujet revient à ne pas soutenir et à ne pas organiser la grève), ainsi que l’absence de riposte et de
discours clairs contre les scandaleuses pressions ministérielles à l’encontre des grévistes (mises en
demeure, menaces...) a été dommageable à la poursuite du mouvement. Au niveau interprofessionnel,
même si nous savons que la réalité de l’activité syndicale au sein des entreprises privées s’est largement
dégradée face à la répression patronale et au cassage des statuts lors des vingt dernières années, nous
restons persuadés qu’une véritable généralisation de la grève dans l’ensemble du secteur public aurait
donné confiance aux équipes syndicales dans de nombreuses entreprises privées. Même si la grève
générale ne se décrète pas, nous sommes bien persuadés qu’elle peut se construire, et les directions
syndicales opposées aux projets du gouvernement n’ont pas, ensemble, donné ce signal, pas même au soir
de l’énorme journée de grève interprofessionnelle du 13 mai, pas même au soir du 25 mai, jour où un
million de manifestants ont convergé vers Paris.

L’Union syndicale SOLIDAIRES, systématiquement mise à l’écart par les autres directions syndicales,
n’a pas pu peser sur elles au niveau national dans le sens d’une amplification de la grève. Un appel clair à
la grève générale au soir du 13 mai, une clarté revendicative notamment sur la question des 37,5 annuités
pour tous, public et privé, et de l’abrogation des lois Balladur, a crédibilisé l’apparition de SOLIDAIRES
aux yeux de nombreux grévistes. Cet appel a encouragé les militants à s’investir dans ce sens au niveau
local, occasionnant l’amplification des cortèges SUD et Solidaires dans les manifestations, la
multiplication des contacts et initiatives interprofessionnelles. Cet investissement dans la grève a
crédibilisé le projet syndical que nous portons, permis le renforcement de certains syndicats SUD et
accéléré la mise en place d’unions SOLIDAIRES au plan local.

Nous savons aussi que nous avons en face de nous un gouvernement qui ne veut rien lâcher, aidé en cela
par des médias nationaux rompus aux thèses libérales. Il est prêt à la criminalisation du mouvement
syndical, il est prêt à la répression et il l’a montré dans de nombreuses villes durant deux mois de grève.
L’incarcération de José Bové est en ce sens un signal donné à tous les syndicalistes et à une certaine
radicalité du mouvement que nous venons de vivre.

Toutes les structures de lutte mises en place par les grévistes au cours de cette grève sont autant d’acquis
de ce mouvement et la Fédération SUD-Education, réunie en Conseil Fédéral le 26 et 27 juin à Saint
Denis, appelle tous les personnels à les maintenir en place et à multiplier les réunions intercatégorielles et
interprofessionnelles dès la rentrée de septembre, afin d’envisager ensemble de reprendre le chemin de la
lutte, car la régression sociale ne se négocie pas.

Saint Denis, le 4 juillet 2003

Navigation

Agenda

<<

2020

 

<<

Mai

>>

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
27282930123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031