Enseignement Professionnel


La politique gouvernementale est caractérisée par des réformes prenant leurs sources dans l’idéologie libérale. Les lycées professionnels, par leurs liens avec la sphère économique, au travers notamment “ des périodes de formation en entreprise ” et des stages, constituent un terrain d’application idéal de cette idéologie.

La flexibilité et la précarité peuvent y être expérimentées et appliquées plus facilement. Ce qui a déjà été le cas par le passé. L’annualisation du temps de service était déjà prévue par le statut des PLP de 1992. Mais, faute de texte d’application, elle n’a pas été généralisée. Elle n’a été appliquée que pour certains PLP intervenant en formation complémentaire ou, dans certains établissements, à l’ensemble du personnel. La précarité est fortement développée depuis longtemps dans les LP où les rectorats ne recrutent plus que des contractuels, notamment dans les “ petites disciplines ” de l’enseignement professionnel pour lesquelles il n’y a aucun poste mis au concours.

Le nouveau statut des PLP, en lien avec la Charte de l’enseignement professionnel intégré, accentue et généralise la flexibilité et la précarité. Plus d’horaires des enseignements hebdomadaires (BO n°2 du 9 mars 2000), mais des horaires annualisés. Ce qui, ajouté à la mise en place des Projets Pluridisciplinaires à Caractère Professionnel (PPCP) pousse, de fait, à annualiser le service des enseignants. De plus, les horaires d’enseignement ne sont plus fixes, mais seulement indicatifs, ce qui autorise tous les “ bidouillages ” d’un établissement à l’autre. C’est un premier pas vers la fin du caractère national des diplômes et un début de mise en place de “ diplôme maison ”.

Le service annualisé renforce le pouvoir hiérarchique du chef d’établissement en augmentant l’opacité de la répartition des horaires entre les disciplines et donc l’opacité de la répartition des services entre les personnels. Sur quels critères sont attribuées les heures de projet interdisciplinaire ? Conjugué avec l’application du rapport Bancel, le service annualisé mènera à la création de “ super-profs ” chargés de répartir et de contrôler les services des autres collègues. Nous y sommes opposés !

Sous couvert de répondre aux demandes des élèves et des parents, l’application de la réforme diminue fortement le nombre d’heures d’enseignement par discipline et rend optionnels certains enseignements. On renforce ainsi la disparité entre les établissements. Ce n’est pas acceptable.

L’application de la réforme aura pour conséquence la disparition d’un grand nombre de postes. Elle porte en germe le licenciement de milliers de contractuels ou de MA. De surcroît, elle précarise les titulaires qui, victimes d’une mesure de carte scolaire pourront, en fonction du nouveau statut, être nommés sur plusieurs établissements.

La charte de l’Enseignement professionnel intégré correspond à un premier désengagement de l’État au profit du patronat alors que depuis la Libération l’État est clairement maître d’œuvre de l’enseignement professionnel, et donc garant d’un service public de qualité ouvert au plus grand nombre. Le Patronat a toujours contesté ce fait, il préfère à l’enseignement professionnel scolaire la formation par apprentissage. S’il réclame les rênes de la formation professionnelle, c’est pour avoir des salariés dociles, préparés à accepter “ les valeurs de l’entreprise ” et du libéralisme et aussi mieux contrôle l’accès de la main d’œuvre sur le marché du travail. Nous sommes opposés à cette conception patronale de la formation professionnelle des jeunes qui de plus, en mettant l’accent sur le “ professionnel ”, nie toute valeur aux contenus disciplinaires nécessaires à l’appropriation du savoir par les jeunes et à leur émancipation.

La classe dominante pousse une fraction de la jeunesse en dehors des institutions scolaires en direction de l’apprentissage et autres contrats (de qualification, Emplois-Jeunes, d’orientation, d’adaptation). La loi quinquennale, mise en place par le gouvernement Balladur et soutenue par la Gauche plurielle, avait officialisé ce choix.

Aujourd’hui, la menace est encore plus pressante avec la politique de “ refondation sociale ” du MEDEF et de la “ modernisation sociale ” du gouvernement. Ces politiques libérales visent à la liquidation rapide des filières de formation diplômante, que ce soit dans la formation initiale (LP, SEGPA, EREA) ou dans la continue (GRETA, AFPA). La méthode consiste à dissoudre les enseignements dans des activités qualifiantes et spécialisées (CQP), dans la validation des compétences comme alternative aux diplômes. Ces activités (PPCP en LP, formations sur les compétences en AFPA et GRETA) ont pour objectif de répondre aux besoins immédiats des patronats locaux.

C’est pourquoi SUD entend combattre les réformes en cours et fera tout son possible pour renforcer la reconnaissance des diplômes publics nationaux dans le cadre des conventions collectives nationales.

Texte adopté par le Congrès de Roubaix (29 nov - 2 décembre 2000) à l’unanimité moins 11 abstentions.

(Résultats du vote : 139 Pour, 0 Contre, 11 Abstention, 8 NPPV)