ENRON, leader mondial des technologies du vent


La faillite d’ENRON a entraîné le licenciement de milliers de salariés et la disparition de millions de dollars des fonds de retraite. Les salariés ont donc perdu simultanément leurs revenus et leur épargne, situation qui mériterait d’être méditée par les défenseurs des systèmes de retraite par capitalisation !

ENRON, entreprise spécialisée dans la production et la distribution d’énergie, a été créée en 1985 et est devenue en quelques années l’une des plus grandes entreprises des Etats-Unis et le plus grand courtier mondial en énergie. Les résultats d’ENRON étaient unanimement salués par la presse, par les marchés financiers et par les hommes politiques jusqu’en octobre 2001. ENRON pratiquait un lobbying extrêmement actif ; le parti républicain, la famille Bush, de nombreux membres du congrès et le parti démocrate étaient régulièrement arrosés. Les dirigeants du groupe avaient commencé à céder leurs actions dès 1999 et à empocher des plues-values substantielles, les salariés étant quant à eux fortement incités à conserver des actions qui n’ont plus aucune valeur aujourd’hui !

Pendant toute cette période, les comptes du groupe étaient contrôlés par le cabinet américain Arthur Andersen (l’un des cinq plus grands cabinets comptables du monde). En octobre 2001, des rumeurs ont commencé à circuler sur le surendettement du groupe, rumeurs qui ont débouchées en décembre 2001 sur la faillite de l’entreprise et sur la mise en route de quatre enquêtes du congrès américain, d’une enquête du département de la justice et d’une autre de la S.E.C. (commission des opérations de bourse). La vitesse à laquelle les évènements se sont enchaînés pose cependant un certain nombre de questions. La presse spécialisée n’a rien vu venir ( les lois du marché empêcheraient-elles les journalistes de poursuivre les investigations permettant de tendre vers cette transparence de l’information si chère aux économistes libéraux ?) Les pouvoirs publics, eux non plus, n’ont nullement appréhendé cette débâcle financière (à cela, Madelin et Le Pen répondraient que ces tâches ne se situent pas dans le champ de compétences de l’Etat !).

Le cabinet Arthur Andersen a certifié des comptes qui n’avaient qu’un rapport lointain avec la réalité, a fermé les yeux sur un certain nombre de pratiques comptables délictueuses (c’est sans doute ce que les adeptes de la modernité appellent la comptabilité créative), a fait traîner les choses de façon à ce que le scandale n’éclate qu’après l’élection de G. BUSCH et a admis que certaines pièces comptables avaient été détruites . Ce second aspect des choses est sans doute le plus intéressant dans la mesure où il doit nous conduire à nous interroger sur la finalité de la comptabilité et des sciences de gestion.

La comptabilité et les sciences de gestion s’appuient sur des outils mathématiques qui permettent de leur donner une dimension scientifique. Cette dimension fait que ce type d’outil est censé être utilisé par des spécialistes. Dans certains cas, l’outil sera utilisé pour la prise de décision et dans d’autres pour justifier les décisions des dirigeants tout-puissants désireux de plaire aux actionnaires. La comptabilité anglo-saxonne produit en effet des informations destinées prioritairement aux actionnaires et aux marchés financiers.

Les outils de gestion ont donc très souvent une finalité idéologique, la mondialisation de l’économie ayant entraîné un recours systématique à des méthodes comptables et à des modes de gestion des ressources humaines empruntées aux entreprises nord-américaines (I.B.M., Coca-Cola, Mac Donald). ENRON utilisait évidemment ce type d’outils.

ENRON constitue la plus grande faillite de l’histoire des Etats-Unis, une gigantesque escroquerie sur fond de corruption politique et est considéré par certains comme un événement comparable à la crise de 1929 dans la mesure où toutes les conséquences de cette faillite sont difficiles à appréhender.

Aussi ce scandale met non seulement en lumière la collusion des multinationales et des dirigeants politiques (l’administration BUSH est composée exclusivement d’anciens cadres des multinationales pétrolières), mais éclaire la politique extérieure que mènent les USA en Afghanistan, en Irak ou au Proche-Orient.(...) Cela n’a pas empêché le Wall Street Journal du 26 décembre 2001 de titrer "ENRON, l’histoire d’un succès" ! Selon ce journal, cette histoire prouve que le marché fonctionne bien et qu’en ce sens elle n’est pas l’histoire d’une faillite mais celle d’un succès. Les salariés apprécieront sans aucun doute les critères permettant de juger de la qualité du fonctionnement du marché.

L’histoire d’ENRON nous concerne tous. Gardons nous de railler ces salariés actionnaires (étaient-ils tous libres de leurs choix ?) et souvenons-nous que nous sommes salariés d’un service public gravement menacé au même titre que notre système de retraites.

SUD Sarthe