SUD éducation est un syndicat intercatégoriel

SUD édu­ca­tion est un syn­di­cat inter­ca­té­go­riel
Les sta­tuts de la Fédération l’affirment sans ambi­guï­té. Notre syn­di­cat se doit d’être un syn­di­cat géné­ra­liste de l’éducation qui a pour mis­sion de syn­di­quer tous les per­son­nels qui inter­viennent dans le sec­teur de l’éducation, de la culture et de la recherche, quel que soit :

-leur lieu de tra­vail (école, éta­blis­se­ment, uni­ver­si­té du sec­teur public ou pri­vé, les ser­vices minis­té­riels, aca­dé­miques),
– leur fonc­tion (ensei­gnants, admi­nis­tra­tifs ou ouvriers à l’exclusion des per­son­nels d’autorité),
‑leur sta­tut,
‑leur patron (l’état, une col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­riale, une entre­prise pri­vée), ou leur situa­tion au regard de l’emploi (titu­laires, en CDI, pré­caires ou chô­meurs).

SUD édu­ca­tion se doit de res­ter un syn­di­cat inter­ca­té­go­riel

Le champ de syn­di­ca­li­sa­tion de notre syn­di­cat ne doit pas se confor­mer aux cloi­son­ne­ments caté­go­riels que l’état, les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales et les patrons des entre­prises pri­vées tentent de nous impo­ser en impul­sant la contre-réforme dans l’Éducation et les ser­vices publics ?

Le monde sala­rié, sou­mis à l’individualisme, est aujourd’hui pro­fon­dé­ment divi­sé. La diver­si­té des sta­tuts et la mul­ti- pli­ca­tion des contrats, la dis­pa­ri­té des salaires, la casse et la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics se conjuguent avec l’isolement gran­dis­sant des sala­riés sou­vent pré­caires, qua­si­ment sans droit réels et mas­si­ve­ment inor­ga­ni­sés. Il nous revient de pen­ser notre acti­vi­té syn­di­cale au regard des néces­si­tés du com­bat contre ceux qui pré­ci­sé­ment tentent de nous divi­ser en cher­chant à nous enfer­mer dans le cor­po­ra­tisme.

Dans l’éducation, les Tos, dont le sort est scel­lé depuis 2003 par la mise en œuvre de la loi de décen­tra­li­sa­tion, ont per­du leur sta­tut de fonc­tion­naires d’état et par la même, leur droit à muta­tion, les congés qu’ils avaient dans la fonc­tion publique, ils ne sont plus titu­laires de leur poste et leur ges­tion pro­fes­sion­nelle varie d’une col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­riale à une autre. L’exercice du droit syn­di­cal est aus­si ren­du plus dif­fi­cile alors qu’ils sont expo­sés à la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices.

La décen­tra­li­sa­tion ouvre une voie royale à la pour­suite de la pri­va­ti­sa­tion de l’École déjà enga­gée dans les ser­vices géné­raux (res­tau­ra­tion, main­te­nance, net­toyage) des écoles, des éta­blis­se­ments et des admi­nis­tra­tions (IA, rec­to­rats, minis­tère).

Aujourd’hui, d’autres per­son­nels du sec­teur de l’éducation sont aspi­rés dans cette spi­rale de la contre réforme… Les sta­tuts sont bou­le­ver­sés avec pour consé­quences l’atomisation, l’individualisation de per­son­nels dont nous ne savons par­fois plus qui sont leurs employeurs (dans les Greta par exemple) et la pré­ca­ri­sa­tion est mas­sive.

C’est dans ces condi­tions qu’il est néces­saire de réaf­fir­mer la syn­di­ca­li­sa­tion à SUD édu­ca­tion de tous les per­son­nels de l’éducation y com­pris ceux embau­chés par les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales (mai­rie, dépar­te­ment, région) ou le pri­vé.

Sinon, dans un ave­nir proche, si rien n’est fait, des Cop, des psy­cho­logues sco­laires, des per­son­nels admi­nis­tra­tifs, avant l’ensemble des ensei­gnants contrac­tua­li­sés par voie de mas­té­ri­sa­tion, seront aus­si les vic­times de la décen­tra­li­sa­tion/­pri­va­ti- sation géné­ra­li­sée.

Le pro­jet que nous devons défendre à SUD édu­ca­tion, c’est d’organiser les tra­vailleurs dans un même sec­teur, sur un même lieu de tra­vail en dépit des dif­fé­rences de sta­tuts et d’employeurs des uns et des autres (même lieu de tra­vail = même syn­di­cat). De là découlent les rap­ports de forces au quo­ti­dien qui deviennent de plus en plus ten­dus. Il est néan­moins impor­tant de pré­sen­ter face à l’employeur ter­ri­to­rial un front de syn­di­cats de Solidaires uni­fié.

Face au mor­cel­le­ment des res­pon­sa­bi­li­tés, à l’affaiblissement des droits syn­di­caux (SMA …) et à la diver­si­té des sta­tuts dans l’éducation, un même syn­di­cat pour tous les tra­vailleurs sur un même lieu de tra­vail est d’autant plus indis­pen­sable pour faire face à l’autonomie gran­dis­sante des éta­blis­se­ments de la mater­nelle à l’université (et que viennent consa­crer les EPEP, les EPLE et la LRU), au pou­voir hié­rar­chique qui se ren­force, à une cer­taine opa­ci­té des règles de gou­ver­nance des éta­blis­se­ments et sur­tout au déve­lop­pe­ment de la pré­ca­ri­té.

Il est évident que nous avons à conduire un tra­vail com­mun avec d’autres syn­di­cats SUD (AP-HP, che­mi­nots, col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales…), par­fois nous pou­vons nous enga­ger dans des démarches com­munes en direc­tion des tra­vailleurs, c’est même incon­tour­nable. On peut aus­si faire des listes com­munes mais pour cela encore faut-il que tout soit clair à la base et que cela s’appuie sur une réelle exis­tence syn­di­cale et une volon­té de construire un outil com­mun au ser­vice des per­son­nels et de la lutte. Le fait d’être un syn­di­cat géné­ra­liste de l’éducation, donc inter­ca­té­go­riel, nous ins­crit aus­si dans une logique inter­pro­fes­sion­nelle.

La Fédération SUD édu­ca­tion invite ses syn­di­cats à tra­vailler quand cela est pos­sible, dans le res­pect de leur auto­no­mie, avec les syn­di­cats SUD Collectivités Territoriales :

En pro­po­sant aux per­son­nels tra­vaillant dans les éta­blis­se­ments sco­laires, mais dont l’employeur est une col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­riale, une double syn­di­ca­li­sa­tion à SUD édu­ca­tion et SUD CT.
En créant des sec­tions bi-syn­di­cales là où SUD édu­ca­tion et SUD CT sont implan­tés dans une col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­riale.
En pro­po­sant la syn­di­ca­li­sa­tion des TOS à SUD édu­ca­tion en encou­ra­geant un tra­vail com­mun avec SUD CT quand il existe.

Créer les condi­tions d’un syn­di­ca­lisme fort et cohé­rent qui s’appuie sur des dyna­miques enga­gées sur le ter­rain. C’est la condi­tion de notre repré­sen­ta­ti­vi­té et de son ren­for­ce­ment. Renoncer à l’intercatégoriel au sein de notre syn­di­cat serait recon­naître la poli­tique de décentralisation/​privatisation que nous com­bat­tons, ce serait nous orien­ter vers le cor­po­ra­tisme. Est ce le syn­di­ca­lisme que nous vou­lons ?

La sous-traitance du nettoyage dans le champ de syndicalisation de l’Education

SUD édu­ca­tion Créteil syn­dique une ving­taine des 30 sala­riés du net­toyage sur le site de l’Université Paris 8 (93 Saint-Denis), qui sous-traite cette mis­sion à des entre­prises spé­cia­li­sées du pri­vé.

On connaît la totale absence de scru­pule des entre­pre­neurs du sec­teur dans leurs méthodes de ges­tion du per­son­nel. Au prin­temps 2008, l’une de ces socié­tés qui repre­nait le mar­ché de l’Université entre­pre­nait de le dégrais­ser en affec­tant sept de ses sala­riés en Seine-et-Marne, à une heure où il leur était impos­sible de rejoindre leur poste de tra­vail. Pour eux, c’était la rup­ture de contrat assu­rée, à leur tort, bien évi­dem­ment, et la perte de leur emploi. L’intervention d’une contre- offen­sive syn­di­cale était incon­tour­nable.

Solidaires met en place une Union natio­nale du net­toyage pour secon­der les syn­di­cats natio­naux adhé­rents qui entre­prennent de déve­lop­per ce sec­teur de leur acti­vi­té. La recon­nais­sance des patrons de ces entre­prises de l’activité syn­di­cale obéit à des règles spé­ci­fiques, régies par la Convention Collective natio­nale des Entreprises de Propreté. De ce fait, l’engagement de Solidaires dans le déve­lop­pe­ment de ce volet de son champ d’action est néces­saire aux orga­ni­sa­tions locales qui s’inscrivent dans cette démarche. En effet, iso­lé, SUD édu­ca­tion (ou SUD Culture, ou SUD RAIL…) n’est pas légi­time pour se faire entendre de ces employeurs du pri­vé. Ne sont recon­nues que des ins­tances natio­nales opé­ra­tion­nelles selon les cri­tères de repré­sen­ta­ti­vi­té léga­le­ment fixés. En outre, il faut amé­na­ger pour ces sala­riés syn­di­qués la pos­si­bi­li­té d’une défense dans les tri­bu­naux des Prud’hommes aux­quels nous n’avons pas accès.

Par consé­quent, pour défendre de manière valide ses adhé­rents du site de Paris 8, SUD édu­ca­tion Créteil a besoin de l’engagement fédé­ral de SUD édu­ca­tion qui décide d’adhérer à l’Union Solidaires Nettoyage et de l’inscrire dans ses sta­tuts fédé­raux.

Tant sur les sites de l’enseignement supé­rieur que dans les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales, le recours au pri­vé pour sous-trai­ter cer­taines mis­sions, avec en tout pre­mier lieu celles du net­toyage ou de la res­tau­ra­tion, risque de prendre de l’ampleur, dans notre champ de syn­di­ca­li­sa­tion. L’arsenal légis­la­tif qui l’autorise est prêt. Notre axe de lutte prio­ri­taire est de l’interdire. Mais dans le même temps, les faits nous amènent à consta­ter que sur le ter­rain, dans des sec­teurs clé de notre enga­ge­ment syn­di­cal inter­pro­fes­sion­nel et inter caté­go­riel, la démar­ca­tion entre le public et le pri­vé déplace ses lignes. Il n’est pas incom­pa­tible de la com­battre pied à pied et de favo­ri­ser, dans le même temps, une évo­lu­tion de nos struc­tu­ra­tions pour faire face aux bou­le­ver­se­ments à l’œuvre dans le monde pro­fes­sion­nel et pour satis­faire aux besoins de la défense des sala­riés de notre champ de syndicalisation.SUD édu­ca­tion com­bat pour la défense inté­grale du ser­vice public d’éducation.

Dans le même temps, le congrès se pro­nonce pour l’adhésion de la Fédération SUD édu­ca­tion à l’Union Solidaires Nettoyage et pour l’ajout, dans les sta­tuts fédé­raux, d’un article qui l’autorise.

Mesure qui va per­mettre de mener à bien la défense des condi­tions de tra­vail des sala­riés du net­toyage qui ont fait confiance à SUD édu­ca­tion.

Droit et travail

La Fédération SUD édu­ca­tion s’engage à mettre tout en œuvre pour que la légis­la­tion la plus favo­rable rela­tive au tra­vail (le Code du Travail) s’applique.
Au sein de l’Éducation natio­nale, les règles rela­tives à la sécu­ri­té du per­son­nel sont sou­vent bafouées avec comme consé­quences : souf­france au tra­vail, har­cè­le­ment, acci­dents, etc.

Devant l’ampleur du retard dans l’application des lois, la Fédération SUD édu­ca­tion appelle tous ses syn­di­cats à faire res­pec­ter des droits élé­men­taires :

1- Les visites médi­cales du tra­vail :
En se réfé­rant au décret 82 – 453 du 28 mai 82, et au B.O. n° 37 du 2 octobre 2008, cha­cun doit l’obtenir, à condi­tion de la deman­der – au chef de ser­vice (Principal, Proviseur, ou autres).

Chacun(e) doit au moins en avoir eu une, tous les 5 ans. Les per­son­nels sou­mis à des risques par­ti­cu­liers (bruit, pous­sières, EPS, etc…) doivent avoir eu cette visite au moins tous les deux ans.

2- Les équi­pe­ments de pro­tec­tion indi­vi­duelle :
Pour les ensei­gnants, les tenues de tra­vail doivent être four­nies gra­tui­te­ment par l’employeur. À cette four­ni­ture s’ajoutent le net­toyage et l’entretien (A. R.4323 – 95 du Code du Travail) qui doivent obli­ga­toi­re­ment être effec­tués par l’établissement. Il faut en exi­ger l’application, si néces­saire par l’utilisation du cahier d’hygiène et sécu­ri­té.

Pour les élèves, les mêmes textes s’appliquent.

3- Le net­toyage et la ven­ti­la­tion des locaux de tra­vail :
La res­pon­sa­bi­li­té du net­toyage incombe aux éta­blis­se­ments. Cet entre­tien doit être réa­li­sé avec des moyens adap­tés res­pec­tant la san­té de cha­cun. Les pous­sières en sus­pen­sion en rai­son de l’activité de l’atelier (bois, métal, amiante dans le pas­sé etc…) sont la cause directe de patho­lo­gies inva­li­dantes voire mor­telles.

4- Cahier d’Hygiène et de Sécurité : la tra­ça­bi­li­té doit être sans faille !
Généralisons l’utilisation des cahiers d’hygiène et de sécu­ri­té ! Opposons-nous à toute forme de pres­sion visant à les sup­pri­mer (rem­pla­ce­ment par des feuilles, ou cahiers d’entretien, etc ). Ces outils sont indis­pen­sables au tra­vail des dif­fé­rentes Commissions d’Hygiène et de Sécurité (locales dépar­te­men­tales, aca­dé­miques et minis­té­rielle) pour amé­lio­rer la pré­ven­tion, réa­li­ser un arbre des causes en cas d’accident, ester en jus­tice.

5- Le risque rou­tier :
Postes par­ta­gés : Dénonçons les emplois du temps ne res­pec­tant pas des temps de route suf­fi­sants.

Visites d’élèves en stage : dénon­çons l’utilisation impo­sée des véhi­cules per­son­nels. En cas d’accident grave, même en pos­ses­sion d’un ordre de mis­sion, un ensei­gnant pour­rait ne pas être indem­ni­sé ; cela dépen­drait du contrat pas­sé avec l’assureur. Un véhi­cule de ser­vice doit être mis à dis­po­si­tion.

6- Les risques psy­cho-sociaux :
Aucun per­son­nel de l’Éducation, titu­laire ou pré­caire, ne doit subir les agis­se­ments répé­tés de har­cè­le­ment moral qui ont pour objet ou pour effet une dégra­da­tion des condi­tions de tra­vail sus­cep­tible de por­ter atteinte à ses droits et à sa digni­té, d’altérer sa san­té phy­sique ou men­tale ou de com­pro­mettre son ave­nir pro­fes­sion­nel, notam­ment lors du recru­te­ment, titu­la­ri­sa­tion, for­ma­tion, nota­tion, dis­ci­pline, pro­mo­tion, affec­ta­tion et muta­tion.

La Fédération SUD édu­ca­tion s’engage à tout mettre en œuvre pour défendre le res­pect du droit et de la san­té de chaque per­son­nel dans les éta­blis­se­ments d’enseignement et de recherche.

Pour une Union Syndicale Solidaires au plus près des adhérentEs de ses syndicats

Fonctionnement et déve­lop­pe­ment de Solidaires : une double pro­blé­ma­tique

Qui de la poule ou de l’œuf… Il n’y aurait pas d’Union Syndicale Solidaires sans les syn­di­cats qui y adhé­rent, mais que seraient les syn­di­cats membres de Solidaires sans Solidaires ?
Du point de vue effec­tifs, l’inscription et le déve­lop­pe­ment de Solidaires dans le pay­sage syn­di­cal sont liés au déve­lop­pe­ment des syn­di­cats qui la com­posent. Mais sans une affi­lia­tion inter­pro­fes­sion­nelle, les syn­di­cats membres de Solidaires seraient en grande dif­fi­cul­té exis­ten­tielle. D’un point de vue stric­te­ment sta­tu­taire, une très large par­tie d’entre eux reven­diquent la néces­si­té d’un enga­ge­ment inter­pro­fes­sion­nel. D’une manière plus géné­rale, dans le pay­sage syn­di­cal actuel, en France et dans le monde, œuvrer à la recom­po­si­tion syn­di­cale autour d’un pro­jet alter­na­tif néces­site une véri­table orga­ni­sa­tion inter- pro­fes­sion­nelle. C’est encore plus vrai dans le sec­teur pri­vé où des équipes syn­di­cales cherchent à rejoindre (voire fon­der) des syn­di­cats de l’US Solidaires. Enfin, et plus concrè­te­ment, Solidaires c’est aus­si des pos­si­bi­li­tés de fonc­tion­ne­ment indé­pen­dant (accès à des locaux, maté­riel bureau­tique…) pour un cer­tain nombre de ses syn­di­cats notam­ment dans les régions et/​ou dépar­te­ments. C’est, entre autres, vrai pour SUD édu­ca­tion.

Paradoxalement, cette inter­dé­pen­dance entre Solidaires et les syn­di­cats qui la com­posent ne débouche pas for­cé­ment sur des choix d’engagement inter­pro clairs. La ques­tion inter­pro est rare­ment une prio­ri­té dans les débats internes des syn­di­cats de l’Union Syndicale et l’investissement dans Solidaires se réduit bien sou­vent au « mini­mum syn­di­cal ». De fait, si la ques­tion de la lisi­bi­li­té de Solidaires se pose en externe – il faut vrai­ment être un obser­va­teur aver­ti de la vie syn­di­cale pour savoir que Solidaires regroupe les syn­di­cats SUD (ceux-là, on les connaît !) et plu­sieurs syn­di­cats natio­naux auto­nomes – elle se pose aus­si en interne. Pour la très grande majo­ri­té des adhérentEs des syn­di­cats membres de Solidaires, ils sont avant tout adhérentEs de leur syn­di­cat, certainEs ne connaissent même pas l’organisation inter­pro à laquelle ils/​elles appar­tiennent. Celles et ceux qui rejoignent nos syn­di­cats sou­haitent davan­tage s’inscrire dans un syn­di­ca­lisme de lutte plu­tôt que de rejoindre une orga­ni­sa­tion effec­ti­ve­ment inter­pro­fes­sion­nelle.

Cette dif­fi­cul­té à exis­ter n’est pas qu’une ques­tion d’appellation. Nommer l’US Solidaires, US SUD ou nom­mer tous les syn­di­cats de l’US Solidaires, Solidaires (Solidaires Douanes par exemple) ne résou­dra pas le pro­blème (où est l’interpro à la CGT ?). Le déve­lop­pe­ment de l’US Solidaires passe par le déve­lop­pe­ment des syn­di­cats qui la com­posent et dans le même temps le déve­lop­pe­ment des syn­di­cats qui la com­posent, ou qui vou­draient la rejoindre, passe par le déve­lop­pe­ment de l’US Solidaires. Cela jus­ti­fie ample­ment que chaque syn­di­cat consacre des moyens signi­fi­ca­tifs au fonc­tion­ne­ment de Solidaires. Mais construire et déve­lop­per notre union syn­di­cale demande aus­si de per­mettre aux adhérentEs « de base » d’être direc­te­ment impli­qués dans l’interpro.

Où sont les adhérentEs de Solidaires ?

Par défi­ni­tion, Solidaires est une union syn­di­cale, ce sont donc des orga­ni­sa­tions syn­di­cales qui y adhé­rent. En l’état, le niveau de struc­tu­ra­tion de Solidaires n’est pas en rela­tion directe avec les adhérentEs. On adhère à un SUD ou à un syn­di­cat auto­nome membre de Solidaires mais pas à Solidaires. C’est le syn­di­cat auquel on adhère, et/​ou la fédé­ra­tion à laquelle on appar­tient, qui man­date ou qui délègue ses représentantEs dans les ins­tances de Solidaires. Aujourd’hui c’est sur­tout au niveau natio­nal que cela se joue. Il est vrai qu’en paral­lèle, les Solidaires dépar­te­men­taux ou régio­naux (que l’on appelle Solidaires locaux) se déve­loppent et gagnent en auto­no­mie. Mais ces der­niers fonc­tionnent sur la base de délé­ga­tions ou de man­da­te­ments. Bref, Solidaires est une orga­ni­sa­tion syn­di­cale de militantEs et non d’adhérentEs. Représenter son syn­di­cat dans Solidaires néces­site une cer­taine maî­trise des pra­tiques syn­di­cales. Seul un enga­ge­ment mili­tant peut y ame­ner et, dans la qua­si- tota­li­té des cas, on se met­tra au ser­vice de Solidaires après avoir assu­mé des res­pon­sa­bi­li­tés dans son syn­di­cat.

Concrètement, aujourd’hui la ques­tion qui se pose est assez simple : quand et où unE adhérentE de SUD édu­ca­tion va-t-il/elle ren­con­trer unE adhérentE de SUD rail ou de SUD Renault, et inver­se­ment, pour par­ler métiers, syn­di­cat, stra­té­gie, mobi­li­sa­tion ? En dehors des manifs *, les espaces de vie syn­di­cale inter­pro­fes­sion­nelle pour les adhérentEs sont limi­tés à quelques Unions Interprofessionnelles Locales (appel­la­tion choi­sie dans le Nord/Pas-de-Calais, à ne pas confondre avec les Solidaires locaux struc­tu­rés sur un plan dépar­te­men­tal ou régio­nal) aux com­mis­sions locales et natio­nales, aux stages locaux ou natio­naux, aux quelques per­ma­nences locales. Si, par défi­ni­tion, l’adhésion à un syn­di­cat est liée à un champ d’activité pro­fes­sion­nelle, il est fon­da­men­tal de déve­lop­per le niveau d’organisation inter­pro local (ville, bas­sin d’emploi…) pour dépas­ser réel­le­ment une ten­dance au cor­po­ra­tisme induite par une struc­tu­ra­tion qui fait, pour le moment, de Solidaires un outil syn­di­cal que les adhérentEs de nos syn­di­cats ont des dif­fi­cul­tés à s’approprier.

Rapprocher de Solidaires les adhérentEs de ses syn­di­cats pour ren­for­cer et maî­tri­ser au mieux notre enga­ge­ment inter­pro­fes­sion­nel lorsque c’est pos­sible

Développer les Unions Interprofessionnelles Locales Solidaires (UIL) au niveau d’une com­mune ou d’un bas­sin d’emploi UIL, l’appellation a son impor­tance. Y faire figu­rer le mot inter­pro­fes­sion­nel dépasse la simple sym­bo­lique. Il est ici ques­tion de per­mettre aux adhérentEs des syn­di­cats de Solidaires de s’organiser effec­ti­ve­ment en inter­pro­fes­sion­nel plus que de créer une struc­ture locale à simple fina­li­té repré- sen­ta­tive. Comme le per­met l’article 16 des sta­tuts de Solidaires, l’UIL a voca­tion à déve­lop­per l’identité inter- pro­fes­sion­nelle de Solidaires dans le cadre d’une auto­no­mie de fonc­tion­ne­ment. C’est assu­ré­ment le lieu clé d’une véri­table construc­tion inter­pro­fes­sion­nelle, puisque lieu de ren­contre d’adhérentEs et non de syn­di­cats ou de sec­tions de syn­di­cat.

Avec l’organisation actuelle de Solidaires, nous ne sommes pas à l’abri de ce que nous repro­chons par­fois à d’autres confé­dé­ra­tions (et en par­ti­cu­lier à la CGT) à savoir un déca­lage entre direc­tion syn­di­cale natio­nale et équipes syn­di­cales de base. Le prin­cipe de la repré­sen­ta­tion par double délé­ga­tion (on délègue dans son syn­di­cat qui délègue pour Solidaires) ou par double man­da­te­ment (c’est déjà mieux) dans Solidaires limite son contrôle par la base. Si aujourd’hui, glo­ba­le­ment, la stra­té­gie et les posi­tion­ne­ments de Solidaires au niveau natio­nal, cadrés par le der­nier congrès, répondent aux attentes de la majo­ri­té des adhérentEs des syn­di­cats de Solidaires, des ques­tions res­tent ouvertes (l’unité syn­di­cale jus­qu’ où ?) Il est donc impor­tant que chaque adhérentE puisse se faire entendre dans les débats inter­pro et pas seule­ment par l’intermédiaire de son syn­di­cat. D’une manière peut-être plus pro­vo­ca­trice, le fonc­tion­ne­ment actuel de Solidaires ne nous pré­serve pas d’une éven­tuelle dérive bureau­cra­tique. Cette situa­tion peut d’ailleurs expli­quer une cer­taine pru­dence, si ce n’est car­ré­ment un frein, à l’engagement de syn­di­cats (SUD édu­ca­tion en fait par­tie) vis à vis de Solidaires. N’étant pas à une contra­dic­tion près dans Solidaires, se retrouvent alors côte à côte, dans cette atti­tude « fri­leuse », des syn­di­cats qui reprochent à leur union inter­pro soit une insuf­fi­sance des pra­tiques démo­cra­tiques, soit un excès d’autonomie déci­sion­nelle.

Développer et ren­for­cer les UIL repré­sente donc un enjeu de taille pour l’US Solidaires. Chacun des syn­di­cats qui la com­posent doit s’engager dans ce sens. C’est ain­si que l’on don­ne­ra aux adhérentEs la pos­si­bi­li­té de s’approprier l’union inter­pro, que l’on per­met­tra un rap­pro­che­ment entre nos syndiquéEs du pri­vé et ceux/​celles du public, que l’on éta­bli­ra une réelle base démo­cra­tique à Solidaires et que l’on amè­ne­ra cer­tains de ses syn­di­cats à s’y inves­tir plus.

Des UIL et des Comités régio­naux ou dépar­te­men­taux par­ties pre­nantes de Solidaires.
Il n’est pas ici ques­tion de bou­le­ver­ser l’organisation struc­tu­relle de Solidaires mais sim­ple­ment de trou­ver un juste équi­libre entre les niveaux natio­nal, dépar­te­men­tal ou régio­nal et local. Le der­nier congrès de l’US Solidaires a d’ailleurs entre­pris une réflexion qui devrait débou­cher sur une par­ti­ci­pa­tion plus affir­mée des comi­tés dépar­te­men­taux ou régio­naux aux ins­tances natio­nales de Solidaires. On ne peut que se satis­faire de cette évo­lu­tion, mais elle sera d’autant plus légi­time si des UIL se déve­loppent au sein des comi­tés régio­naux ou dépar­te­men­taux. Il ne s’agit pas d’un « tou­jours plus » mais bien de per­mettre, et de le recon­naître dans nos ins­tances, une pré­sence inter­pro au plus près du ter­rain, au plus près des luttes. À l’image des syn­di­cats de Solidaires dans leurs champs pro­fes­sion­nels res­pec­tifs, Solidaires doit exis­ter en inter­pro dans l’organisation locale des mobi­li­sa­tions sociales.

Sans aller jusqu’à par­ler de « contre pou­voir », don­ner une voix déli­bé­ra­tive aux comi­tés régio­naux ou dépar­te­men­taux dans Solidaires natio­nal et aux UIL dans les comi­tés régio­naux ou dépar­te­men­taux appor­te­ra un peu plus « d’horizontalité » à la struc­tu­ra­tion de Solidaires. La connexion avec la réa­li­té du ter­rain étant une de nos prio­ri­tés, elle doit aus­si s’inscrire dans notre fonc­tion­ne­ment.

De la même façon, pour réduire le risque de bureau­cra­ti­sa­tion inhé­rente à toute forme de délé­ga­tion et être en accord avec notre choix d’un mili­tan­tisme de ter­rain, il serait sou­hai­table que le congrès de la Fédération SUD édu­ca­tion réflé­chisse aux moda­li­tés de son enga­ge­ment dans l’union Interprofessionnelle Solidaires. Beaucoup de syn­di­cats locaux SUD édu­ca­tion, par le biais de nom­breux militantEs, sont inves­tis sur le ter­rain de l’interpro local et dans le fonc­tion­ne­ment des Solidaires locaux alors que dans le même temps, nous arri­vons très dif­fi­ci­le­ment à avoir une par­ti­ci­pa­tion natio­nale dyna­mique et cohé­rente. Plutôt que d’opposer les deux niveaux d’engagement dans Solidaires, il s’agit d’améliorer l’articulation entre le niveau local et le niveau natio­nal. Dans ce sens, s’appuyer sur les militantEs SUD édu­ca­tion inves­tis dans l’interpro local per­met­trait un enga­ge­ment plus cohé­rent de SUD édu­ca­tion dans le fonc­tion­ne­ment des ins­tances natio­nales (BN, Comité National, Commissions voire Secrétariat).

SUD édu­ca­tion réaf­firme sa volon­té d’un enga­ge­ment inter- pro­fes­sion­nel effec­tif. Défendre les sala­riés du pri­vé et du public avec ou sans papiers, lut­ter contre le chô­mage et la pré­ca­ri­té, contri­buer à l’auto-organisation des mobi­li­sa­tions sociales, œuvrer à une trans­for­ma­tion sociale en rup­ture avec le modèle capi­ta­liste, néces­site un outil syn­di­cal inter- pro­fes­sion­nel alter­na­tif fort. C’est en déve­lop­pant encore la struc­tu­ra­tion en inter­pro à sa base que Solidaires se don­ne­ra toutes les chances de rele­ver ce défi.

NOTES
* Les manifs sont d’ailleurs des ren­dez-vous non négli­geables dans une orga­ni­sa­tion qui prône un syn­di­ca­lisme d’action et de lutte. C’est d’ailleurs lors des grandes mobi­li­sa­tions sociales de ces quinze der­nières années (95, 2003, CPE) que Solidaires a fran­chi des paliers signi­fi­ca­tifs dans son déve­lop­pe­ment.

Arrêtons la reproduction !

Un nou­veau rap­port de la HALDE (1) sur les sté­réo­types et la dis­cri­mi­na­tion dans les manuels sco­laires vient de paraître fin 2008. Il véri­fie une fois de plus que les outils de tra­vail que nous uti­li­sons, non seule­ment conti­nuent à véhi­cu­ler les sté­réo­types sexistes et sexuels, mais encore ne réper­cutent même pas les évo­lu­tions de la socié­té en matière d’égalité de genre. Il s’agit donc pour nous enseignantEs de prendre conscience de cet état de fait, puis d’imaginer com­ment enrayer ces machines à repro­duire.

Une volon­té de chan­ge­ment pro­cla­mée

En 1981 a été créée une com­mis­sion natio­nale de relec­ture des manuels sco­laires. La Convention Internationale des Droits de l’Enfant (1989) veut « agir dans un esprit d’égalité entre les sexes », ce que recom­mande aus­si le conseil de l’Europe. Le 29/​07/​2006 la Convention pour l’Égalité entre les filles et gar­çons, les femmes et les hommes dans le sys­tème édu­ca­tif déclare « inci­ter les pro­fes­sion­nels de l’édition à ren­for­cer la place des femmes dans les manuels sco­laires et écar­ter les sté­réo­types sexistes des sup­ports péda­go­giques ». C’est recon­naître que le manuel trans­met un sys­tème de valeurs, une idéo­lo­gie, une culture propres à nos socié­tés. C’est vou­loir aus­si que le manuel n’ait plus une fonc­tion de main­tien de l’existant mais devienne un ins­tru­ment au ser­vice du chan­ge­ment. Mais qu’en est-il de l’application de ces mesures ?

Des édi­teurs incon­trô­lés

La Halde s’est inté­res­sée d’une part à la place consa­crée aux dis­cri­mi­na­tions dans les manuels d’éducation civique, et d’autre part à la manière dont les manuels de plu­sieurs dis­ci­plines (2) les pra­ti­quaient, à par­tir d’un cor­pus d’une tren­taine de titres par­mi les plus uti­li­sés en col­lège et lycée, datant pour la plu­part des années 2000 et sur­tout de
2005 – 2007. Ses conclu­sions montrent clai­re­ment un trai­te­ment dif­fé­ren­cié des filles dans l’échantillonnage des manuels de toutes les dis­ci­plines. La rai­son en est que les édi­teurs, mal­gré les mul­tiples recom­man­da­tions, ont pour seule pres­crip­tion de res­pec­ter les pro­grammes sco­laires que le minis­tère leur trans­met. Une fois un manuel réa­li­sé, aucune habi­li­ta­tion n’est néces­saire pour le com­mer­cia­li­ser. Les valeurs véhi­cu­lées par notre socié­té étant assez lar­ge­ment
« consen­suelles », il n’est pas éton­nant que les concep­teurs des manuels les par­tagent. Il ne nous reste donc plus qu’à être cir­cons­pects dans nos choix au moment où les spé­ci­mens arrivent dans les éta­blis­se­ments !

Des dis­cri­mi­na­tions quan­ti­ta­tives

En 1979 et 1997 deux pré­cé­dentes enquêtes (3) mon­traient l’absence des femmes dans les livres d’histoire ou de lit­té­ra­ture et leur relé­ga­tion dans la sphère domes­tique. Michelle Perrot et bien d’autres ont inter­ro­gé « les silences de l’histoire » et contri­bué à sor­tir les femmes de l’oubli. Il ne s’agit pas pour nous de cher­cher à tout prix une éga­li­té numé­rique évi­dem­ment introu­vable, mais tout sim­ple­ment de véri­fier dans les sup­ports péda­go­giques qu’ils tiennent compte que les femmes ont joué un rôle dans l’évolution de l’humanité.

Le monde entier pré­fère les hommes, notre socié­té aus­si : dans l’ensemble des exer­cices de mathé­ma­tiques du cor­pus étu­dié (choi­si en fonc­tion de la fré­quence d’usage), 70% des per­sonnes citées portent des pré­noms mas­cu­lins, ce qui rap­proche le com­por­te­ment des concep­teurs de manuels de celui des jour­na­listes qui, rap­pe­lons-le, inter­rogent trois fois moins sou­vent les femmes et enquêtent trois fois moins sou­vent sur elles, sauf quand il s’agit du fameux « panier de la ména­gère ». La repré­sen­ta­tion des femmes ne suit même pas l’évolution de leur place sociale et poli­tique : dans les manuels étu­diés, sur 1046 illus­tra­tions concer­nant des adultes en situa­tion pro­fes­sion­nelle, 341 seule­ment montrent des femmes au tra­vail. En revanche dans l’iconographie consa­crée à la sphère domes­tique, l’homme seul n’apparaît que dans 25% des cas (les 75% res­tants étant des femmes ou des familles). Dernier exemple : dans une manuel de fran­çais de seconde (Hatier 2006), les auteures de la lit­té­ra­ture repré­sentent moins de 10% des docu­ments (35 sur 357), et Simone de Beauvoir est tou­jours… la femme de Jean-Paul Sartre, qui, lui, n’a pas besoin d’étiquetage conju­gal pour exis­ter. Comparons sim­ple­ment, sans com­men­taire, tous ces chiffres avec une autre sta­tis­tique fémi­nine : 83% des nus des musées sont des nues…

Des trai­te­ments qua­li­ta­tifs dif­fé­ren­tia­listes

Les situa­tions dans les­quelles appa­raissent femmes et hommes dans ces livres sco­laires per­pé­tuent une vision très sexuée des rôles et des espaces. Comme dans les albums pour tout- petits où le Père Lapin porte la pipe et le jour­nal et la Mère le tablier, comme dans l’univers enfan­tin qui déli­mite tou­jours la zone des jupes roses et celle des pan­ta­lons bleus ou kakis, les manuels assignent des rôles tra­di­tion­nels aux femmes, les font volon­tiers appa­raître en situa­tion de ménage, cui­sine, shop­ping, ou dans des métiers déva­lo­ri­sés.

Comme dans la publi­ci­té, les femmes occupent tou­jours les espaces qui leur sont réser­vés, pen­dant que la domi­na­tion mas­cu­line s’impose dans les zones de pou­voir publiques ou domes­tiques. Or repré­sen­ter trois fois plus d’hommes dans la sphère pro­duc­tive ne cor­res­pond abso­lu­ment pas à la réa­li­té sociale actuelle. Dans le manuel d’éducation civique de 6e Grandir ensemble (Hatier 2005), dans le cha­pitre
« Qui tra­vaille au col­lège ? », tous les postes d’autorité sont occu­pés par des hommes, et celui de 3e ren­force aus­si la sexua­li­sa­tion des pro­fes­sions. Comment avec de tels sup­ports iden­ti­taires réus­si­rons-nous à rééqui­li­brer les choix d’orientation des élèves, et encou­ra­ger les mino­ri­taires de genre potentielLEs à assu­mer leurs pro­jets ? Dans le livre de mathé­ma­tiques de 5e Phare (Hachette 2006), François col­lec­tionne les voi­tures minia­tures et Joséphine les pou­pées (p.58). Cette ségré­ga­tion des acti­vi­tés s’accompagne par­fois de l’assignation des filles à des acti­vi­tés futiles, par exemple dans le manuel d’anglais de 4e Step in (Hatier 2002), et à la réduc­tion des femmes aux rôles d’icône, d’emblème, d’épouse, de mère, entou­rée d’enfants ou séduc­trice. Il est raris­sime que les femmes soient mon­trées dans des contextes qui ne tiennent pas compte de leur appar­te­nance de genre, et l’accent est mis sur la fra­gi­li­té, la gen­tillesse, voire la niai­se­rie. Le seul domaine où les appa­ri­tions soient rela­ti­ve­ment éga­li­taires est celui de l’école.

Des manuels andro­cen­trés et hété­ro­nor­més

Conformément aux habi­tudes dis­cur­sives de notre socié­té, les manuels conti­nuent à assi­mi­ler le mas­cu­lin à l’universel, à vali­der les termes de droits de l’Homme à majus­cule et de LA femme au sin­gu­lier, à ne pas fémi­ni­ser la langue. Dans ce monde tra­di­tion­nel qui ne cherche pas à trans­for­mer l’image, la place, les rôles des femmes et des hommes, une ouver­ture à la diver­si­té des orien­ta­tions sexuelles consti­tue­rait une har­diesse inouie. Homo et bi-sexua­li­té n’existent pas dans les manuels sco­laires, sauf indi­rec­te­ment, quand par exemple un livre de SES de ter­mi­nale (Hatier 2007) montre des asso­cia­tions et des mino­ri­tés, la Gay Pride en étant la mani­fes­ta­tion la plus osée (la seule image d’une orien­ta­tion sexuelle mino­ri­taire sur 3097). Aucun livre d’histoire de 6e ne se ris­que­rait à évo­quer la liber­té sexuelle des anciens Grecs, et seule la pré­sence du Sida au pro­gramme de SVT contraint les auteurEs à lever le tabou, au risque de stig­ma­ti­ser l’homosexualité comme pro­pa­ga­trice de l’épidémie, même si dans la réa­li­té les rela­tions hété­ro­sexuelles en sont le prin­ci­pal vec­teur. Dans le domaine de l’éducation sexuelle, l’omission est la règle, les livres sco­laires en trans­mettent une vision très méca­nique et médi­cale, et conti­nuent à asse­ner que la puber­té est le moment où chaque sexe est imman­qua­ble­ment atti­ré par l’autre, exac­te­ment comme les publi­ca­tions extra-sco­laires des­ti­nées aux adolescentEs du type « Les gar­çons expli­qués aux filles » et « Les filles expli­quées aux gar­çons ». Dans la tota­li­té des livres de sciences, la pro­créa­tion médi­ca­le­ment assis­tée n’est trai­tée que sous l’angle de l’infertilité du couple hété­ro­sexuel, dans le cadre nor­ma­tif de la famille nucléaire. Nos outils péda­go­giques construisent et ren­forcent donc acti­ve­ment des sché­mas cog­ni­tifs hété­ro­nor­més, voire hété­ro- sexistes, même si les bul­le­tins offi­ciels de l’Éducation natio­nale recom­mandent la vigi­lance à l’égard de l’homophobie.

Alors, que faire ?

Nous avons déjà insis­té sur la néces­si­té de vigi­lance dans le choix des manuels. Mais aucun d’entre eux n’étant vrai­ment outil de trans­for­ma­tion sociale, il nous faut peser sur ceux qui en sont res­pon­sables, c’est-à-dire les édi­teurs et le minis­tère.

Les syn­di­cats de la Fédération doivent donc enga­ger une cam­pagne dans leur direc­tion pour obte­nir :
Une réelle volon­té poli­tique d’application des textes exis­tants.
Un comi­té de relec­ture avant édi­tion des­ti­né à éli­mi­ner les entorses à l’égalité.
Une appa­ri­tion des femmes et des mino­ri­tés dans tous les domaines et tous les contextes (poli­tique, intel­lec­tuel, artis­tique, pro­fes­sion­nel, domes­tique).
Une dénon­cia­tion des condi­tion­ne­ments sexués (jouets, cou­leurs, orien­ta­tion, langue…) dans les pro­grammes dès l’école pri­maire et pas seule­ment en SES.
Une dis­qua­li­fi­ca­tion des contre­vé­ri­tés sur les capa­ci­tés phy­siques, créa­trices, cog­ni­tives des femmes.
Une fémi­ni­sa­tion effec­tive des noms de métiers.
Une remise en ques­tion de la concep­tion sco­laire de l’éducation sexuelle
Un module de for­ma­tion pour les enseignantEs.

Il nous faut aus­si rendre plus visibles les luttes fémi­nistes dans nos publi­ca­tions, et pro­gram­mer des stages natio­naux et locaux qui sen­si­bi­lisent à l’emprise du genre et à la pré­gnance des sté­réo­types dans le sys­tème édu­ca­tif,

Pour enfin ne plus être com­plices de la repro­duc­tion d’une socié­té que par ailleurs nous com­bat­tons.

(1) Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité, qui, mal­gré des avis par­fois contes­tables, four­nit des don- nées utiles, et aui a com­man­dé cette étude à l’Université Paul Verlaine de Metz
(2) Education civique, ECJS, Histoire-Géo, SES, Français, Anglais, SVT, Math
(3) Decroux-Masson, A. Papa lit et maman coud. Rignaud, S. et Richert, P. La repré­sen­ta­tion des hommes et des femmes dans les manuels sco­laires. MEN

Précarité : Plateforme revendicative

La mul­ti­pli­ca­tion des corps et des sta­tuts dans les fonc­tions publiques orga­ni­sée par les gou­ver­ne­ments qui se sont suc­cé­dés depuis des décen­nies a pour but la divi­sion des per­son­nels par caté­go­rie qui se tra­duit par la dis­pa­ri­té des contrats de tra­vail, des salaires et des indem­ni­tés et par des dif­fé­rences dans les obli­ga­tions de ser­vice, la sépa­ra­tion des for­ma­tions, etc. Ces divi­sions par­ti­cipent à la seg­men­ta­tion sociale du tra­vail qui veut faire croire au carac­tère iné­luc­table de la concur­rence entre indi­vi­dus comme moteur « natu­rel » de la vie sociale. Contre la ges­tion mana­gé­riale actuelle des per­son­nels des fonc­tions publiques, il est de la plus haute impor­tance pour l’ensemble des per­son­nels de ren­for­cer leurs liens et leurs luttes autour de reven­di­ca­tions claires : titu­la­ri­sa­tion immé­diate et sans condi­tions de concours ni de natio­na­li­té de toutEs les pré­caires, garan­tie d’emploi et du salaire, arrêt du recru­te­ment de nouveaux/​nouvelles pré­caires.

Titulaires et non-titu­laires font le même tra­vail. Aussi nous reven­di­quons un sta­tut égal garan­tis­sant les mêmes droits pour toutes et tous. Aucun règle­ment de la ques­tion de la pré­ca­ri­té ne peut en outre se faire sans la réin­té­gra­tion des per­son­nels licen­ciés et la titu­la­ri­sa­tion de toutes et tous, réin­té­gra­tion assor­tie de l’arrêt du recru­te­ment de pré­caires. Ce der­nier volet ne peut d’ailleurs être atteint que si la titu­la­ri­sa­tion immé­diate et sans condi­tions est obte­nue. Il y a cohé­rence néces­saire entre les deux reven­di­ca­tions. Remarquons que tous les syn­di­cats qui refusent cette reven- dica­tion refusent de fait – mais ne le disent pas – l’arrêt de tout recru­te­ment de nou­veaux pré­caires.

Pour ce qui est des fonc­tions publiques, ne pas recon­naître qu’unE pré­caire doit être titulariséE sans condi­tions relève de cal­culs caté­go­riels étroits et cor­po­ra­tistes contre les­quels nous nous bat­tons chaque jour. L’unification des sta­tuts de per­son­nels est en cohé­rence avec la volon­té de créer une école refu­sant le tri social pour les per­son­nels mais aus­si pour les élèves. La sélec­tion sco­laire n’est en effet rien d’autre que l’organisation dès le plus jeune âge de l’inégalité sociale.

En outre, la loi sur les 35h dans le pri­vé et l’ARTT dans les fonc­tions publiques ont accen­tué la flexi­bi­li­té, per­met­tant au patro­nat et à l’État et aux col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales de mettre en place l’annualisation des horaires qui va de pair avec l’individualisation sala­riale, sur la base d’un pré­ten­du mérite et de pro­mo­tion indi­vi­duelle, s’assurant par là même, un puis­sant levier de divi­sion des per­son­nels.

Quel que soit le tra­vail effec­tué, quelles que soient les fonc­tions assi­gnées aux per­son­nels par l’État et les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales (ensei­gnants, agents admi­nis­tra­tifs, tech­niques, ouvriers et de ser­vices, per­son­nels de san­té, vie sco­laire…), toutes et tous concourent de façon égale au ser­vice public de l’Éducation. Il en est de même pour les per­son­nels des autres ser­vices publics. La reven­di­ca­tion du corps unique, qui se fonde sur le prin­cipe d’une éga­li­té de tous et toutes, garan­tit une lutte effi­cace contre les attaques patro­nales.

Qu’entendons-nous par « corps unique » ? Il ne s’agit pas de faire dis­pa­raître les métiers mais de consta­ter que les néces­saires com­pé­tences et connais­sances pour exer­cer tel ou tel métier ne jus­ti­fient en rien une hié­rar­chie des sta­tuts et des salaires. Un corps unique doit per­mettre d’obtenir la garan­tie des emplois et des salaires que seul un sta­tut (amé­lio­ré) d’agent de la Fonction Publique per­met­tra. Nous nous pro­non­çons aus­si pour une réduc­tion mas­sive du temps de tra­vail (sur la base de 32h tout de suite) pour toutes et tous, avec embauches com­pen­sa­toires (créa­tion des postes sta­tu­taires cor­res­pon­dant dans les fonc­tions publiques), sans perte de salaire, sans annua­li­sa­tion et sans flexi­bi­li­té. De même, nous com­bat­tons toutes les moda­li­tés d’évaluation des per­son­nels visant à ins­tau­rer une hié­rar­chie entre les sala­riés eux-mêmes. L’instauration d’un corps unique serait un levier puis­sant pour contrer l’individualisation crois­sante.

Les reculs reven­di­ca­tifs de cer­tains col­lec­tifs de pré­caires encou­ra­gés par des oppor­tu­nismes syn­di­caux montre que SUD édu­ca­tion doit conti­nuer à faire un tra­vail d’argumentation et de convic­tion. SUD édu­ca­tion conti­nue­ra à sus­ci­ter et sou­te­nir les luttes des pré­caires sous toutes leurs formes en appuyant les com­bats qu’ils mènent. Il n’y a de vic­toire pos­sible contre la pré­ca­ri­té que s’il y a une soli­da­ri­té de lutte de l’ensemble des sec­teurs du public et du pri­vé contre la pré­ca­ri­té.

Nous com­bat­tons tous les contrats et situa­tions pré­caires quels qu’ils soient, CDI, CDD, CAE, CAV, AE, AP, vaca­taires, contrac­tuels, auxi­liaires, contrats d’apprentissage, sta­giaires en alter­nance, chô­meurs, étu­diants sala­riés et bour­siers. Nous com­bat­tons éga­le­ment le fli­cage des chô­meurs, des RMIstes, ava­tars de la ratio­na­li­sa­tion du contrôle des popu­la­tions.

Dans le pri­vé, les tra­vailleur-ses se battent pour l’embauche défi­ni­tive des per­son­nels en contrats à durée déter­mi­née ou inté­ri­maires qui sont licenciéEs. En sou­te­nant acti­ve­ment ces mou­ve­ments, il s’agit d’insister sur la néces­si­té d’obtenir la garan­tie des emplois par la sup­pres­sion des licen­cie­ments et la créa­tion d’un véri­table sta­tut garan­tis­sant la conti­nui­té de l’ensemble de leurs droits. Son finan­ce­ment doit être assu­ré col­lec­ti­ve­ment par les employeurs.

C’est la même logique reven­di­ca­tive qui doit gui­der les com­bats dans les fonc­tions publiques. C’est une rai­son de plus de poser la ques­tion de la pré­ca­ri­té à tous les niveaux du monde du tra­vail, public comme pri­vé. Ces reven­di­ca­tions crée­ront les condi­tions d’une soli­da­ri­té pour construire des actions inter­ca­té­go­rielles à par­tir de la défense des plus atta­qués.

La lutte contre la pré­ca­ri­té est au cœur de toutes les luttes. Dans la lignée de la Charte d’Amiens, notre syn­di­ca­lisme doit lier des reven­di­ca­tions immé­diates à des reven­di­ca­tions de trans­for­ma­tion sociale. La construc­tion de rap­ports de force sur le ter­rain, fon­dée sur une satis­fac­tion suc­ces­sive des dif­fé­rents niveaux de reven­di­ca­tions, per­met l’amélioration des condi­tions de vie et de tra­vail et par­ti­cipe à la trans­for­ma­tion de la socié­té.

Pour une direction collégiale des écoles

En guise d’introduction

Pourquoi une prise de posi­tion sur la struc­ture des écoles pri­maires est-elle encore sou­hai­table, alors que notre idéal semble s’éloigner de jour en jour, de contre-réformes en attaques répé­tées ?

La com­mis­sion « Quelle école ? » tra­vaille déjà sur ce sujet. Notre contri­bu­tion est com­plé­men­taire. Elle a pour but de poin­ter les pro­blèmes de ren­for­ce­ment des hié­rar­chies, notam­ment dans le pri­maire.

Notre action syn­di­cale, nos prises de posi­tion sont le reflet, ou devraient l’être, des buts à atteindre. Elles ont des visées immé­diates,
mais aus­si plus éloi­gnées, de construc­tion d’une autre socié­té.

Parfois, à trop vou­loir faire dans « l’unitaire à tout prix » ou dans l’efficacité, la rapi­di­té, on ne réflé­chit pas à ce que l’on engage, à ce que l’on signe. Puis, on a du mal à se sor­tir de situa­tions quand on n’a pas été clairEs au départ sur nos inten­tions.

Nous ne devons pas avoir honte de nos idées, bien au contraire, nous devons mon­trer notre ori­gi­na­li­té par rap­port aux syn­di­cats réfor­mistes. Le but n’est pas de se mar­gi­na­li­ser encore plus ou de se mettre en dehors de toute action col- lec­tive mais de mesu­rer si celle-ci va dans le sens que l’on sou­haite ou pas et avoir les bons réflexes, mêmes rapides, le cas échéant.

Nos prises de posi­tion pour le fonc­tion­ne­ment de l’école sont le reflet de posi­tions éthiques et poli­tiques. Ce fonc­tion­ne­ment pré­fi­gure ce que l’on sou­haite pour les entre­prises, les ser­vices publics et la socié­té en géné­ral.

En l’occurrence, sur les ques­tions de direc­tion, est-on pour la divi­sion entre dirigeantEs et exécutantEs que l’on fait voter de temps en temps ou par­ti­ci­per à des choix insi­gni­fiants ? Ou pense-t-on que, sur un même lieu de tra­vail, chacunE peut et doit par­ti­ci­per à la prise de déci­sion ain­si qu’aux res­pon­sa­bi­li­tés qui font qu’il ou elle s’engage pour le bien de toutes et tous ? Dé-res­pon­sa­bi­li­sa­tion allant sou­vent de pair avec dés­in­té­rêt et même par­fois nui­sance et com­pé­ti­tion, cette prise de res­pon­sa­bi­li­té de toutes et tous est indis­pen­sable pour une trans­for­ma­tion coopé­ra­tive de l’école. Alors, si nous pen­sons que c’est pos­sible et que cette forme auto- ges­tion­naire est ce vers quoi il faut tendre, nous vous pro­po­sons d’intégrer cette prise de posi­tion dans nos orien­ta­tions et d’amener la réflexion sur les moyens d’y sen­si­bi­li­ser nos col­lègues et l’ensemble des per­son­nels.

Encore d’actualité, la direc­tion col­lé­giale ?

À l’heure où l’on ren­force le pou­voir des direc­teurs et direc­trices et où les pres­sions de l’administration sur les per­son­nels se mul­ti­plient, nous devons ren­for­cer notre com­bat anti- hié­rar­chique et avan­cer des idées alter­na­tives.

Les récentes mesures prises au minis­tère vont ren­for­cer le pou­voir des direc­teurs et des direc­trices sur les adjointEs.

Cela passe, entre autres, par :

la créa­tion des EPEP,
la pos­ses­sion d’une clef infor­ma­tique avec accès réser­vé aux infor­ma­tions,
de plus en plus de res­pon­sa­bi­li­tés (pro­jet d’école, calen­driers, les rela­tions aux familles, aux Mairies, les diverses éva­lua­tions, les fichiers dont base-élèves…),
l’existence de secré­taires EVS ou sta­giaires,
la nota­tion des per­son­nels de ser­vice,
le recru­te­ment et la fiche d’appréciation des EVS-AVS,
la pos­si­bi­li­té d’autoriser ou pas des sor­ties.

Que remet­tons-nous en cause ?

Ce ne sont pas les col­lègues qui ont fait le choix de la direc­tion, mais la fonc­tion elle-même et ceux qui en abusent. C’est l’ensemble du sys­tème qui pro­duit la capo­ra­li­sa­tion des direc­teurs et des direc­trices, infan­ti­lise les enseignantEs et les autres per­son­nels. Cette orga­ni­sa­tion pyra­mi­dale nous dépos­sède de notre métier et modi­fie la vision que nous avons de l’école et des buts que nous lui assi­gnons.

Ce sont toutes les atteintes aux déci­sions du conseil des maîtres, au tra­vail d’équipe, au par­tage de l’information, aux choix non dis­cu­tés et subis (les fonc­tions de chacunE, les choix d’organisation, les rap­ports aux familles, les droits des élèves…)

C’est le recours à la rému­né­ra­tion aux primes et aux heures sup qui va en aug­men­tant, divise les per­son­nels et casse les soli­da­ri­tés.

Le piège du sou­tien aux pré­caires sur la ligne des autres syn­di­cats

Bien que nous sou­te­nions les pré­caires et défen­dions leur titu­la­ri­sa­tion sans condi­tion, avec accès à la for­ma­tion, il faut se démar­quer de ceux qui sou­haitent créer le métier de « secré­taire de direc­tion ».

Les EVS-AVS sont des employés pré­caires, sou­vent consi­dé­rés comme subal­ternes. Leur fra­gi­li­té les contraint à accep­ter toutes sortes de tâches, y com­pris celles qui ne sont pas de leur res­sort, pour gar­der leur emploi. On a vu ain­si des EVS rem­pla­cer des enseignantEs absentEs, sur­veiller les récréa­tions, enre­gis­trer des éva­lua­tions et même ren­sei­gner le fichier « Base-élèves ».

Nous devons être à leurs côtés pour la recon­duc­tion de leur emploi, l’obtention d’un sta­tut, d’une for­ma­tion et l’augmentation de leurs salaires.

SUD-édu­ca­tion s’est oppo­sé dès le début au pro­to­cole qui a per­mis l’embauche de pré­caires comme « aides pour exer­cer les fonc­tions de direc­teur ». L’école a besoin d’enseignantEs sup­plé­men­taires, docu­men­ta­listes, ensei­gnants spé­cia­li­sés et per­son­nels de san­té. Nous devons appe­ler les direc­teurs et direc­trices à ne pas par­ti­ci­per à l’embauche de nou­veaux pré­caires.

Que pro­po­sons-nous ?

Comme nous sommes pour l’égalité des salaires et des sta­tuts, contre la hié­rar­chie, nous devons réaf­fir­mer nos choix en faveur d’une direc­tion col­lé­giale ou coopé­ra­tive des écoles.

Voici les avan­tages de ce choix mis en avant par l’ICEM (péda­go­gie Freinet) qui l’expérimente dans ses équipes et le rédige ain­si dans ces tra­vaux de 2007 :

La direc­tion col­lé­giale per­met :

une res­pon­sa­bi­li­sa­tion de tous les acteurs et actrices de l’école,
le par­tage des res­pon­sa­bi­li­tés dévo­lues tra­di­tion­nel­le­ment au seul direc­teur ou à la seule direc­trice,
le ren­for­ce­ment du rôle du conseil des maîtres et maî­tresses (prise de déci­sions, prise d’initiatives…).

Par la dyna­mique et la concer­ta­tion qu’elle ins­taure dans les équipes, elle faci­lite :
l’élaboration com­mune d’institutions et d’outils au sein de l’école, des cycles et des classes,
la cohé­rence et l’harmonisation des pra­tiques et des pro­jets,
la co-for­ma­tion (échanges, confron­ta­tion d’idées et de pra­tiques, réflexion, pro­jets de recherches …),
des pra­tiques de recherche-action vers la réus­site de l’école…

Elle s’appuie sur des dis­po­si­tions adé­quates :
une décharge de direc­tion à dis­po­si­tion de l’équipe péda­go­gique et non du seul direc­teur ou de la seule direc­trice,
l’ indem­ni­té de direc­tion doit dis­pa­raître au pro­fit d’une dota­tion en postes sup­plé­men­taires,
un conseil des maîtres et maî­tresses heb­do­ma­daire pre­nant toutes les déci­sions rela­tives à la vie de l’école et garant de celles-ci,
des temps d’animation péda­go­gique et de concer­ta­tion pour tra­vailler au niveau de l’équipe et confron­ter avec d’autres équipes,
une régu­la­tion du tra­vail de l’équipe par l’analyse des pra­tiques.

Elle sup­pose une for­ma­tion des enseignantEs au tra­vail en équipe (orga­ni­sa­tion coopé­ra­tive de l’école, ges­tion des conflits…).

Dans cette optique, il est indis­pen­sable :
de ren­for­cer notre com­bat anti­hié­rar­chique. Cela passe par l’explication de ce que l’on veut atteindre et par le sou­tien aux équipes et col­lec­tifs qui vont dans ce sens,
de redire que le fonc­tion­ne­ment col­lé­gial existe et qu’il est pos­sible de le faire vivre,
de mettre en œuvre une cam­pagne de sen­si­bi­li­sa­tion contre les EPEP, le ren­for­ce­ment des hié­rar­chies et la mise en avant d’alternatives comme la direc­tion col­lé­giale ou coopé­ra­tive,
d’engager ce débat à tous les niveaux de l’école, éga­le­ment dans le second degré et à l’université.

Il est éga­le­ment indis­pen­sable d’engager ce débat à tous les niveaux de l’école, dans le second degré et à l’université.

En effet, nous consta­tons que les mêmes choix poli­tiques s’appliquent dans toute l’éducation, sous la forme d’attaques sec­to­rielles des­ti­nées à empê­cher une riposte glo­bale. À tous les niveaux, ils pré­tendent cal­quer le fonc­tion­ne­ment des éta­blis­se­ments sur le fonc­tion­ne­ment de l’entreprise : sous cou­vert d’autonomie, il s’agit de mettre en concur­rence les éta­blis­se­ments, les ser­vices et les per­son­nels, en même temps que ces der­niers sont de plus en plus écar­tés des prises de déci­sion. Les lois et les règle­ments met­tant en place cette auto­no­mie fal­la­cieuse ins­ti­tu­tion­na­lisent la pré­ca­ri­té et la déré­gu­la­tion afin de lais­ser aux direc­tions une grande marge de manœuvre, avec une main d’œuvre plus pré­caire et flexible. L’aboutissement logique de cette poli­tique est la dis­pa­ri­tion du sta­tut de fonc­tion­naire.

Il convient de nous réap­pro­prier la notion d’autonomie dans un sens col­lé­gial et démo­cra­tique, en accord avec des cadres et des sta­tuts natio­naux, et de l’inclure dans nos pro­jets mili­tants d’éducation.

Pas de soumission au monde de l’entreprise par le biais de l’apprentissage en lycée professionnel

Il est indis­pen­sable que cha­cun d’entre nous devienne un indi­vi­du à part entière conscient de ses res­pon­sa­bi­li­tés, conscient de son rôle social et ouvert sur le monde exté­rieur.

La for­ma­tion pro­fes­sion­nelle est dis­pen­sée aujourd’hui :
pour les élèves, en for­ma­tion ini­tiale sous sta­tut sco­laire assu­rée en Lycée Professionnel (L.P.), public ou pri­vé ;
pour les appren­tis, en appren­tis­sage assu­ré prin­ci­pa­le­ment en entre­prise par le patro­nat par le biais d’un Centre de Formation d’Apprentis (C.F.A.) public ou pri­vé.

Le rôle pre­mier d’une entre­prise n’est pas de for­mer mais de pro­duire. Dans ce contexte, l’apprentissage a pour but pre­mier de four­nir une main d’œuvre immé­dia­te­ment pro­duc­tive. Une entre­prise se conten­te­ra géné­ra­le­ment de trans­mettre un savoir cor­res­pon­dant à son équi­pe­ment et à sa pro­duc­tion. Elle for­me­ra donc des indi­vi­dus conformes à ses besoins.

Des sta­tis­tiques de l’ANPE concer­nant la tenue dans l’emploi à 10 ans montrent que les élèves for­més en lycée pro­fes­sion­nel sont confor­tés dans leur emploi : ce qui n’est pas le cas des appren­tis qui ali­mentent la masse des tra­vailleurs pré­caires. L’apprentissage per­met tous les excès : tra­vail de nuit, jour­nées trop longues, tâches ingrates…

Le patro­nat a inté­rêt à avoir des employés for­ma­tés et obéis­sants. C’est un mode de rela­tions sociales qui infan­ti­lise plus qu’il n’éduque inter­di­sant le regard cri­tique sur l’activité pro­fes­sion­nelle. L’apprenti n’est pas conduit à élar­gir ses connais­sances sur la légis­la­tion du tra­vail qui pour­rait lui apprendre ses droits, dans les domaines artis­tiques et cultu­rels qui pour­raient l’éloigner du tra­vail, dans le domaine de l’économie qui pour­rait lui faire com­prendre le fonc­tion­ne­ment social, dans le domaine de la consom­ma­tion qui pour­rait en faire un consom­ma­teur aver­ti réflé­chis­sant avant d’acheter.

L’attrait de l’apprentissage sur les jeunes a des rai­sons mul­tiples :
la rému­né­ra­tion, même si elle est faible et une source de reve­nu sup­plé­men­taire pour les familles ;
une cer­taine valo­ri­sa­tion et le sen­ti­ment d’appartenir au monde des adultes ;
l’abandon d’un sys­tème sco­laire dans lequel ils ne se sentent pas à l’aise,
une cer­taine valo­ri­sa­tion et le sen­ti­ment d’appartenir au monde des adultes ;
la fuite des pro­blèmes fami­liaux en se créant une illu­sion d’autonomie.

Mais mal­heu­reu­se­ment, l’apprenti n’acquiert pas les connais­sances suf­fi­santes lui per­met­tant de chan­ger de condi­tion dans le futur et d’évoluer au cours de sa vie.

Le patro­nat y trouve :
une main‑d’œuvre sous-payée, docile, res­pec­tueuse de l’autorité, sans exi­gence, direc­te­ment ren­table ;
une main d’œuvre ouvrant droit à des indem­ni­tés impor­tantes et des exo­né­ra­tions de coti­sa­tions sociales et de taxes ;
une main d’œuvre jeune sou­vent incons­ciente des dan­gers pro­fes­sion­nels ;
et la main­mise sur la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle pour des rai­sons idéo­lo­giques.

L’autorisation récente d’avoir jusqu’à deux appren­tis par tuteur, assure par­fois un fonc­tion­ne­ment avec une majo­ri­té d’apprentis.

L’État y trouve :
des éco­no­mies finan­cières immé­diates (moins de fonc­tion­naires) mais un coût social éle­vé engen­dré par le chô­mage !
un désen­ga­ge­ment de ses mis­sions d’éducation aug­men­tant la repro­duc­tion d’un sché­ma dans lequel l’as- cen­seur est en panne ;
la pour­suite de la mise en place d’une éco­no­mique libé­rale.

Quant aux Régions :
elles inter­viennent dans l’élaboration de la carte des for­ma­tions ;
en cas d’apprentissage, elles peuvent être les seuls maîtres des déci­sions.

Cette idéo­lo­gie libé­rale n’est pas libé­ra­trice. L’apprentissage n’est pas une for­ma­tion d’avenir mais une ser­vi­tude d’aujourd’hui.

Si une cer­taine forme d’apprentissage peut s’avérer néces­saire comme solu­tion pal­lia­tive pour des jeunes en rup­ture sco­laire, SUD édu­ca­tion doit s’opposer à la sou­mis­sion de l’ensemble d’une classe d’âge à ce type de for­ma­tion direc­te­ment sou­mise au patro­nat.

La ten­ta­tive de géné­ra­li­sa­tion de l’apprentissage(en l’intro- dui­sant mas­si­ve­ment en LP) par l’intermédiaire des CFA publics ne cor­res­pond-elle pas à la volon­té du patro­nat de contrô­ler et de donc for­ma­ter à ses besoins l’ensemble de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle.

SUD édu­ca­tion doit en consé­quence sou­te­nir la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle sous sta­tut sco­laire, seule garante de la prise en compte de l’ensemble d’une classe d’âge en tant qu’individu et citoyen.

Contre le lycée des métiers

Le label « lycée des métiers » ins­ti­tué par Jean-Luc Mélenchon en 2001 est déli­vré aux éta­blis­se­ments qui se conforment à un ensemble de cri­tères :
offre de for­ma­tion, construite autour d’un ensemble cohé­rent de métiers ;
accueil de publics de sta­tuts dif­fé­rents : élèves en for­ma­tion ini­tiale, adultes en for­ma­tion conti­nue, appren­tis et étu­diants en BTS ;
offre de ser­vices de vali­da­tion des acquis de l’expérience ;
exis­tence de par­te­na­riats avec les milieux pro­fes­sion­nels….

Selon le décret, ce label doit cor­res­pondre à une démarche de qua­li­té. Où la consta­tons-nous ?

La fina­li­té de cette réforme est lim­pide. Il s’agit de regrou­per des moyens maté­riels et d’encadrement dans un même lieu afin d’assurer l’éventail des for­ma­tions ini­tiales et conti­nues d’un même corps de métier, le but étant de les adap­ter aux besoins du bas­sin local d’emploi et d’engendrer une éco­no­mie. Mais la ren­ta­bi­li­té peut elle être un objec­tif quand notre mis­sion est d’amener une classe d’âge à un niveau d’instruction satis­fai­sant pour en faire des indi­vi­dus libres et auto­nomes. Du coup, les autres filières de l’établissement seront très cer­tai­ne­ment mena­cées. Aussi, le lycée des métiers accroît la dis­cri­mi­na­tion géo­gra­phique dans l’offre des for­ma­tions.

De plus, on ne peut pas s’empêcher de s’interroger sur le deve­nir des lycées non label­li­sés ou qui ne rem­pli­ront pas les condi­tions de label­li­sa­tion. Le lycée des métiers ne peut donc qu’accentuer la concur­rence entre éta­blis­se­ments et ins­ti­tu­tion­na­li­ser un sys­tème d’éducation à plu­sieurs vitesses.

Par ailleurs, en réunis­sant dans un même lieu d’enseignement for­ma­tion ini­tiale, for­ma­tion conti­nue et sur­tout appren­tis­sage ren­force l’idée que l’enseignement géné­ral et pro­fes­sion­nel théo­rique dans l’obtention d’un diplôme pro­fes­sion­nel n’est plus une prio­ri­té. En effet, le lycée des métiers sera davan­tage une struc­ture dans laquelle on vien­dra faire vali­der des acquis pro­fes­sion­nels (VAE), suivre une for­ma­tion accé­lé­rée ou par alter­nance qu’un lieu d’éducation du citoyen, d’ouverture vers les cultures tech­niques et géné­rales. Une telle dérive de l’enseignement pro­fes­sion­nel est bien de répondre aux exi­gences du mar­ché : for­mer une main d’œuvre opé­ra­tion­nelle dans l’immédiat.

Le lycée pro­fes­sion­nel n’a pas pour voca­tion à deve­nir le centre de for­ma­tion des entre­prises et encore moins leur bureau de recru­te­ment.

Pour les rai­sons évo­quées ci-des­sus, la Fédération SUD édu­ca­tion condamne la réforme des lycées des métiers. Mais paral­lè­le­ment, nous défen­dons et reven­di­quons une for­ma­tion pro­fes­sion­nelle ini­tiale valo­ri­sante qui per­met­tra au jeune non seule­ment d’acquérir une qua­li­fi­ca­tion pro­fes­sion­nelle mais encore la culture géné­rale néces­saire à son épa­nouis­se­ment. Cette reven­di­ca­tion s’inscrit dans notre volon­té syn­di­cale : une autre école dans une autre socié­té.

Les réductions de moyens, dévaluation des diplômes en lycée professionnel

La Fédération SUD édu­ca­tion dénonce le sac­cage du ser­vice public d’éducation.

C’est le cas des réformes suc­ces­sives appli­quées en lycée pro­fes­sion­nel et par­ti­cu­liè­re­ment celles en cours depuis 1985.
Ce sys­tème per­met­tait aux élèves d’avoir des diplômes recon­nus natio­na­le­ment par des Conventions Collectives (acquis de 1968). Cela a beau­coup contri­bué à la pro­mo­tion de jeunes notam­ment de ceux issus de la classe ouvrière.

En 1985, la réforme ins­ti­tuant les bac­ca­lau­réats pro­fes­sion­nels a trans­for­mé le fonc­tion­ne­ment du Lycée Professionnel :

les moyens ont été dimi­nués for­te­ment : horaires plan­chers en CAP, l’élève passe les épreuves avec un an et demi de for­ma­tion contre trois ans anté­rieu­re­ment. Le niveau de for­ma­tion ne peut être le même ;

l’examen natio­nal ter­mi­nal est pro­gres­si­ve­ment rem­pla­cé par les Contrôles en Cours de Formation avec des argu­ments plus ou moins fal­la­cieux comme la res­pon­sa­bi­li­sa­tion des ensei­gnants. Des conseillers péda­go­giques ont sévi dans les lycées pour faire connaître les réformes suc­ces­sives quand ce n’étaient pas les ins­pec­teurs ;

les pro­grammes-pro­gres­sions sont cas­sés. Les pro­grammes ne peuvent plus être trai­tés suite à la dimi­nu­tion du nombre d’heures. Des réfé­ren­tiels ont été ins­ti­tués dans les dis­ci­plines pro­fes­sion­nelles, orga­ni­sés en capa­ci­tés, com­pé­tences et savoir-faire. Les ensei­gnants sont cen­sés ame­ner les élèves à décou­vrir des méthodes d’apprentissage (uti­li­sa­tion des machines-outils, par exemple). Le ministre a bais­sé les coûts de for­ma­tion. Le niveau d’exigences conti­nue de bais­ser dans tous les ensei­gne­ments.

En 2008, pour réduire le nombre des ensei­gnants, la réforme des bac­ca­lau­réats pro­fes­sion­nels en 3 ans a été mise en place pour per­mettre de sup­pri­mer encore plus de moyens :

les élèves de lycée pro­fes­sion­nel, sou­vent en dif­fi­cul­té, voient leur pos­si­bi­li­té de réus­site dimi­nuer. Ils ’auront plus que trois ans au lieu de quatre pour accé­der au bac­ca­lau­réat pro­fes­sion­nel ;

le minis­tère impose aux ensei­gnants la créa­tion de leurs propres pro­grammes locaux ou aca­dé­miques pour ren­trer dans un par­cours de trois ans. Et cela sans avis des Commissions Professionnelles Consultatives qui voient leur rôle bafoué ;

les diplômes per­dant ain­si toute leur valeur natio­nale, les nou­veaux textes sont modi­fiés : les seuils d’accueil des diplômes vont dis­pa­raître des Conventions col­lec­tives. Le Smic devient la règle pour tous les jeunes diplô­més ou non ;
le trans­fert des for­ma­tions au pri­vé aggrave la situa­tion : le nombre de sec­tions publiques fer­mées et le nombre de celles ouvertes dans l’enseignement pri­vé montrent la direc­tion prise. L’augmentation d’ouvertures de sec­tions d’apprentissage en est le triste corol­laire.

Loin d’avancer vers un ensei­gne­ment poly­cul­tu­rel pour tous, les réformes suc­ces­sives du secon­daire et par­ti­cu­liè­re­ment celle du lycée pro­fes­sion­nel, contri­buent à enfer­mer chaque élève dans sa voie, à le spé­cia­li­ser dans un domaine réduit de son acti­vi­té, cali­bré selon les besoins locaux du patro­nat.

La Fédération SUD édu­ca­tion :
 refuse cette mar­chan­di­sa­tion des biens et des ser­vices fai­sant de l’école une mar­chan­dise des­ti­née à faire du pro­fit ;
 exige que les moyens sup­pri­més soient res­ti­tués et que de nou­veaux moyens soient attri­bués pour l’amélioration des condi­tions de tra­vail des lycéens et des per­son­nels ;
 reven­dique des diplômes natio­naux.

Enseignement professionnel, un élément à part entière de la formation pluri-culturelle

1) Un état des lieux peu favo­rable à l’image de l’enseignement pro­fes­sion­nel

A) Qui dit ensei­gne­ment pro­fes­sion­nel, dit voie pro­fes­sion­nelle de l’enseignement secon­daire

Spontanément, lorsque l’on évoque l’enseignement pro­fes­sion­nel on pense aux diplômes pré­pa­rés dans les lycées pro­fes­sion­nels (CAP, BEP, Bac Pro) mais pas à ceux pré­pa­rés dans le post bac (BTS, DUT, Diplômes d’état…) et encore moins aux for­ma­tions longues de l’enseignement supé­rieur pour­tant pro­fes­sion­na­li­santes (écoles d’ingénieur, fac de méde­cine, IUFM pour n’en citer que quelques unes). Ce constat est le pre­mier signe d’une forme de mar­gi­na­li­sa­tion de l’enseignement pro­fes­sion­nel can­ton­né à une voie d’étude axée sur un conte­nu manuel, pra­tique et débou­chant sur des qua­li­fi­ca­tions de bas niveau pour les sec­teurs de l’industrie et des ser­vices. Cette per­cep­tion déna­tu­rée de la notion d’enseignement pro­fes­sion­nel cor­res­pond pour­tant à une réa­li­té bien entre­te­nue du sys­tème édu­ca­tif actuel inté­grée à la fois par celles et ceux qui la vivent, et à la fois par celles et ceux qui y pré­parent. La voie pro­fes­sion­nelle secon­daire accueille en grande majo­ri­té des élèves dont les résul­tats ne leur ont pas ouvert les portes de l’enseignement géné­ral et tech­no­lo­gique* et pré­pare ces élèves à un monde du tra­vail où ils occu­pe­ront les tâches d’exécution les plus simples et les plus répé­ti­tives avec à la clé bas salaires, pré­ca­ri­té, exploi­ta­tion.

*le second cycle de l’enseignement secon­daire pro­pose trois voies d’études : la voie géné­rale, la voie tech­no­lo­gique et la voie pro­fes­sion­nelle. La dis­tinc­tion entre l’appellation tech­no­lo­gique et pro­fes­sion­nelle – en elle même ana­chro­nique (n’y a‑t-il pas de la tech­no­lo­gie dans tout ensei­gne­ment pro­fes­sion­nel ?) – contri­bue à la repro­duc­tion d’un modèle socié­tal pyra­mi­dal basé sur la hié­rar­chie pro­fes­sion­nelle.

B) La voie pro­fes­sion­nelle du second degré : l’école du tri social dans toute sa splen­deur

a) une voie de relé­ga­tion

Des élèves en dif­fi­cul­té
Si actuel­le­ment plus d’un tiers des élèves sor­tant du col­lège se dirige vers la voie pro­fes­sion­nelle, encore très majo­ri­tai­re­ment en lycée pro­fes­sion­nel, cette orien­ta­tion est bien sou­vent res­sen­tie comme la consé­quence de résul­tats sco­laires insuf- fisants au col­lège. Effectivement, très rares sont les « bons élèves » qui choi­sissent la pré­pa­ra­tion d’un CAP, d’un BEP ou d’un Bac Pro, et même s’ils expriment goût ou inté­rêt pour tel ou tel de ces diplômes et des métiers qui en découlent, les équipes édu­ca­tives met­tront en œuvre toute leur force de per­sua­sion pour les convaincre de choi­sir une seconde géné­rale et tech­no­lo­gique.

Une orien­ta­tion subie
D’autre part, pour une par­tie non négli­geable de celles et ceux qui intègrent les for­ma­tions pro­fes­sion­nelles, cette orien­ta­tion sera vécue comme subie plu­tôt que choi­sie.
Certaines spé­cia­li­tés pro­fes­sion­nelles, per­çues comme les plus pres­ti­gieuses ou plus sim­ple­ment très deman­dées par les élèves de troi­sième, ne peuvent être obte­nues qu’après d’importantes sélec­tions.

Un monde du tra­vail impi­toyable.
Malgré des équipes de pro­fes­seurs à l’écoute, mal­gré le réel inté­rêt de nom­breux élèves pour les savoir-faire tech­niques qui leur sont trans­mis, ces jeunes sont rapi­de­ment confron­tés aux dures réa­li­tés du monde du tra­vail. Faible consi­dé­ra­tion en terme de reve­nu et de condi­tions de tra­vail, pré­ca­ri­té, chô­mage, péni­bi­li­té, les ouvriers et les employés connaissent en effet un quo­ti­dien pro­fes­sion­nel bien loin de l’idéal épa­nouis­sant de celui qui exerce un métier qui lui plaît.

b) une voie d’étude sous la coupe de la loi des patrons

remise en ques­tion du diplôme natio­nal
1991 est une date clé dans l’évolution récente de l’enseignement pro­fes­sion­nel. Une loi est en effet votée qui per­met aux branches pro­fes­sion­nelles (fédé­ra­tions patro­nales) de déli­vrer des diplômes : les CQP (cer­ti­fi­cat de qua­li­fi­ca­tion profes- sion­nelle). Ces cer­ti­fi­cats valident des savoirs direc­te­ment opé­ra­tion­nels et éva­cuent com­plè­te­ment les connais­sances géné­rales. Ils ne font l’objet d’aucune régle­men­ta­tion natio­nale et sont conçus pour répondre aux exi­gences par­ti­cu­lières d’une entre­prise en terme de maî­trise d’une tech­nique ou d’un pro­duit. C’est une pre­mière brèche ouverte dans le mono­pole de l’état pour la déli­vrance des diplômes pro­fes­sion­nels dure­ment acquis au début du ving­tième siècle. C’est la remise en ques­tion de la stan­dar­di­sa­tion des diplômes qui per­met d’en accroître le domaine de vali­di­té. Une nou­velle étape sera fran­chie dans ce pro­ces­sus de déman­tè­le­ment en
2001 avec l’adoption de la loi de moder­ni­sa­tion sociale qui per­met à tout sala­rié qui peut jus­ti­fier de trois années d’expérience dans tout domaine d’activité d’être dis­pen­sé de la tota­li­té de la for­ma­tion et des épreuves d’examen pour obte­nir un diplôme pro­fes­sion­nel. La VAE (vali­da­tion des acquis d’expérience) per­met la cer­ti­fi­ca­tion sans for­ma­tion. Ce fai­sant, elle met en cause l’existence de la for­ma­tion même si elle per­met de vali­der à bon droit dans l’état actuel des choses, les savoir-faire acquis pen­dant les années de tra­vail pro­fes­sion­nel.

alter­nance plu­tôt que for­ma­tion ini­tiale
Le déve­lop­pe­ment et l’incitation à déve­lop­per l’apprentissage (contrat de tra­vail per­met­tant de suivre une for­ma­tion diplô­mante) et les contrats de pro­fes­sion­na­li­sa­tion se constatent au sein même de l’éducation natio­nale avec la créa­tion de CFA (centres de for­ma­tion d’apprentis) aca­dé­miques et d’UFA (uni­tés de for­ma­tion d’apprentis) dans les lycées pro­fes­sion­nels publics. La voie pro­fes­sion­nelle est de plus en plus délais­sée par l’éducation natio­nale. Cette stra­té­gie marque clai­re­ment la volon­té d’utiliser l’école pour répondre à la demande récur­rente du patro­nat de gérer la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle par le biais de la for­ma­tion en entre­prise. Rentabilité à court terme, for­ma­tage, il s’agit bien de favo­ri­ser une for­ma­tion à l’emploi aux dépens d’une for­ma­tion à un métier ou à une famille de métiers.

2) Deux niveaux de reven­di­ca­tion

A) Dans le sys­tème actuel, défendre un ensei­gne­ment pro­fes­sion­nel de qua­li­té (dans le second degré) dans l’éducation natio­nale

a) Défendre une mis­sion de for­ma­tion à l’autonomie

Étudier
Le lycée pro­fes­sion­nel est le seul lieu qui per­met d’associer ensei­gne­ment pro­fes­sion­nel et ensei­gne­ment géné­ral pour appor­ter aux lycéens auto­no­mie et esprit cri­tique dans la construc­tion de leur car­rière pro­fes­sion­nelle. Savoir faire tech­nique, ouver­ture d’esprit, connais­sance objec­tive du monde du tra­vail doivent contri­buer à for­mer des jeunes prêts à affron­ter la vie active avec les outils pour en être les propres acteurs et non sim­ple­ment des exé­cu­tants robo­ti­sés.

Sans cloi­son
La voie pro­fes­sion­nelle ne doit pas être étanche. Des pas­se­relles sont à déve­lop­per, dans les deux sens, avec la voie géné­rale et tech­no­lo­gique. Cela passe par plus d’enseignement géné­ral dans les filières pro­fes­sion­nelles, comme la phi­lo­so­phie par exemple.

Pour accé­der à un monde du tra­vail rééqui­li­bré Défendre un ensei­gne­ment pro­fes­sion­nel de qua­li­té c’est aus­si et sur­tout mili­ter pour la reva­lo­ri­sa­tion sociale des emplois d’ouvrier, d’employé, de tech­ni­cien. Défendre un ensei­gne­ment pro­fes­sion­nel de qua­li­té c’est donc s’engager dans un mou­ve­ment syn­di­cal inter­pro­fes­sion­nel qui lutte pour une meilleure répar­ti­tion des richesses, pour la garan­tie des droits sociaux, pour la démo­cra­ti­sa­tion de l’entreprise et contre l’aliénation au tra­vail.

b) Refuser les dérives en cours

Non à la géné­ra­li­sa­tion du Bac Pro en 3 ans
C’est à la suite d’une com­mande de l’UIMM (syn­di­cat patro­nal de la branche de la métal­lur­gie, adhé­rent du MEDEF) qu’est expé­ri­men­té à par­tir de 2000 le Bac Pro en 3 ans. En passe d’être sys­té­ma­ti­sé aujourd’hui, le bac pro 3 ans s’accompagne de la sup­pres­sion des BEP, des classes pas­se­relles pré­vues vers le bac tech­no­lo­gique et repré­sente une menace à moyen terme sur ces mêmes bacs tech­no­lo­giques. Cette réduc­tion du temps de for­ma­tion est une attaque déli­bé­rée contre une voie d’étude qui veut se don­ner le temps, avec des méthodes adap­tées, de récon­ci­lier avec l’école des élèves mar­qués par l’échec sco­laire et sou­vent en rup­ture avec l’institution sco­laire.

Il est ici impor­tant de dire que nous refu­sons la géné­ra­li­sa­tion du Bac Pro en 3 ans, mais non, dans cer­tains cas, la pos­si­bi­li­té de pré­pa­rer un bac pro en trois ans ou en deux ans (classes pas­se­relles après une seconde géné­rale et tech­no­lo­gique, chan­ge­ment de spé­cia­li­tés après une pre­mière for­ma­tion pro­fes­sion­nelle…).

Non à l’apprentissage
Apprendre un métier d’une autre manière, dans le cadre d’un contrat d’apprentissage ou de pro­fes­sion­na­li­sa­tion au sein même d’une entre­prise, peut atti­rer cer­tains élèves qui y ver­ront une manière de sor­tir d’une école qu’ils rejettent (et qui les rejette), de se for­mer sur le ter­rain, de se don­ner plus de chance de trou­ver un emploi et enfin d’accéder à une rému­né­ra­tion finan­cière (de 20% à 80% du SMIC selon le niveau de for­ma­tion et l’âge). La réa­li­té est bien autre. La for­ma­tion par appren­tis­sage déna­ture l’enseignement pro­fes­sion­nel : moins de temps pour la for­ma­tion géné­rale et tech­no­lo­gique et de fait une for­ma­tion pro­fes­sion­nelle moins poly­va­lente puisque limi­tée à la seule acti­vi­té d’une entre­prise. La for­ma­tion par appren­tis­sage, tout au moins à moyen terme, ne favo­rise pas l’accès à l’emploi. La for­ma­tion par appren­tis­sage n’est pas la solu­tion pour remé­dier à l’échec sco­laire, c’est l’école elle même qui doit appor­ter des réponses à ces pro­blèmes. Enfin, dans la mesure où les bourses d’études seraient reva­lo­ri­sées et où les stages en entre­prises en cours de for­ma­tion ini­tiale seraient rému­né­rés, la for­ma­tion par appren­tis­sage per­drait de son inté­rêt pour des jeunes en recherche de reve­nus propres.

Non au lycée des métiers et au tout CCF (contrôle en cours de for­ma­tion)
Le lycée des métiers est encore une fois un pont jeté entre l’enseignement pro­fes­sion­nel et la for­ma­tion d’entreprise. Autonomie accrue des éta­blis­se­ments, spé­cia­li­sa­tion pro­fes­sion­nelle à outrance, dif­fé­rents sta­tuts pour les jeunes en for­ma­tion (sco­laire, appren­ti), le lycée des métiers va à l’encontre d’un ensei­gne­ment qui sus­cite les échanges, les pas­se­relles, la mixi­té pro­fes­sion­nelle et donc sociale, la coopé­ra­tion.

Le lycée des métiers et son corol­laire le CCF est une menace pour les diplômes natio­naux dont l’existence est pour­tant fon­da­men­tale en terme de qua­li­fi­ca­tion pro­fes­sion­nelle.

c) Revendiquer de véri­tables moyens

La voie pro­fes­sion­nelle coûte cher mais c’est un élé­ment clé du sys­tème édu­ca­tif. Il est impor­tant d’y consa­crer les moyens néces­saires à la fois en direc­tion des lycéens quant à leur vie quo­ti­dienne et en direc­tion des éta­blis­se­ments pour y déve­lop­per un ensei­gne­ment de qua­li­té dans le cadre de l’éducation natio­nale.

Concernant les lycéens, il est néces­saire de reva­lo­ri­ser les bourses d’études en terme de mon­tant et en terme de public concer­né : plus de bour­siers et des bourses plus éle­vées. Il est aus­si déter­mi­nant de rému­né­rer les stages en entre­prise (en gar­dant l’appellation stage plu­tôt que période de for­ma­tion en entre­prise plus vécue comme for­ma­tion à l’entreprise).

Concernant l’enseignement, il est vital, non seule­ment de récu­pé­rer les postes sup­pri­més, mais aus­si d’en créer. L’enjeu est de per­mettre la mise en place d’une péda­go­gie adap­tée pour accom­pa­gner au mieux des élèves en attente d’une autre sco­la­ri­té que celle du col­lège.

B) Dans la pers­pec­tive de l’école que nous vou­lons

a)Une autre école dans/​pour une autre socié­té

Il n’est pas ques­tion ici d’avancer des posi­tions tran­chées mais de lan­cer des pistes de réflexion, peut-être même pro­po­ser quelques cadrages, pour le grand chan­tier en cours dans notre orga­ni­sa­tion concer­nant la défi­ni­tion de l’école que nous vou­lons. Les ques­tion­ne­ments autour de l’enseignement pro­fes­sion­nel per­mettent d’ailleurs d’illustrer très concrè­te­ment les grands prin­cipes qui mènent notre réflexion sur ce sujet.

Une autre école, une autre socié­té. Un pro­jet d’école radi­ca­le­ment alter­na­tif ne peut se conce­voir en dehors d’un modèle de socié­té radi­ca­le­ment dif­fé­rent du modèle capi­ta­liste. Les constats déve­lop­pés dans ce texte montrent à quel point l’enseignement pro­fes­sion­nel est au cœur de ce pos­tu­lat. L’enseignement pro­fes­sion­nel ne chan­ge­ra que lorsque le monde du tra­vail chan­ge­ra. Néanmoins, et c’est bien enten­du valable pour l’école en géné­ral, faire évo­luer l’enseignement pro­fes­sion­nel peut aus­si contri­buer à faire évo­luer le monde du tra­vail.

Un cer­tain nombre de textes autour de la ques­tion « Quelle école ? » ont déjà été pro­duits. Nous nous réfé­re­rons ici à trois d’entre eux sou­mis au IVème congrès de notre Fédération et adop­té par ce même congrès : Contre le tri social dans une école sécu­ri­taire, Contre l’égalité des chances, pour l’égalité des droits et Une com­mis­sion Quelle école. Ces textes balisent les fon­de­ments de l’école à laquelle nous aspi­rons. Sans aller jusqu’à un idéal qui serait peut-être une socié­té où l’école n’a pas de rai­son d’être, nous savons quelle est l’école dont nous ne vou­lons pas et nous savons sur quels prin­cipes nous appuyer pour l’école dont nous vou­lons. Nous ne vou­lons pas d’une école libé­rale, sécu­ri­taire et réac­tion­naire*, une école qui ren­force les déter­mi­nismes sociaux, qui trie, sélec­tionne, une école qui for­mate, une école de la concur­rence, des filières… Nous vou­lons une école éga­li­taire, soli­daire qui déve­loppe la coopé­ra­tion. Nous vou­lons une école laïque, éman­ci­pa­trice… qui forme des indi­vi­dus libres et auto­nomes, aptes à com­prendre le monde qui les entoure, à agir pour le trans­for­mer. Nous vou­lons une école, lieu de for­ma­tion et de socia­li­sa­tion des jeunes, orga­ni­sés en groupes socia­le­ment, cultu­rel­le­ment et sco­lai­re­ment hété­ro­gènes, pour per­mettre à cha­cun l’apprentissage de la vie démo­cra­tique, de la prise de res­pon­sa­bi­li­té, et la décou­verte des savoirs géné­raux, tech­no- logiques et pro­fes­sion­nels. Dans cette pers­pec­tive, l’école doit garan­tir à toutes et à tous le même droit à l’instruction, à l’éducation, à une for­ma­tion poly­tech­nique jusque 18 ans (culture poly­va­lente et poly­tech­nique jusqu’à 18 ans, dans le texte Tri social…) avec une pro­gres­sion adap­tée à chaque indi­vi­du (une école unique ne sau­rait être uni­forme…). Sans remettre en ques­tion la phi­lo­so­phie géné­rale de ces prin­cipes, il nous appa­raît impor­tant de poin­ter au moins une contra- dic­tion (com­ment don­ner une limite d’âge, 18 ans, tout en recon­nais­sant les dif­fé­rences de chaque indi­vi­du dans l’accès à la connais­sance et la néces­si­té d’une école non uni­forme ?) et une for­mu­la­tion qui prête à confu­sion (que repré­sente une for­ma­tion poly­tech­nique ou même, bien qu’on se rap­proche plus du type de for­ma­tion reven­di­qué, une culture poly­va­lente et poly­tech­nique ?).

* en ita­lique, extraits des trois textes pré­ci­tés

b) Une for­ma­tion plu­ri­cul­tu­relle jusqu’à l’autonomie déci­sion­nelle de l’élève

Les défi­ni­tions des termes « tech­nique », « tech­no­lo­gique », « pro­fes­sion­nel » montrent des points de ren­contre si ce n’est de fortes simi­li­tudes. Néanmoins ils s’inscrivent tous les trois dans la notion de culture. C’est pour­quoi l’expression plu­ri­cul­tu­relle semble plus adap­tée au pro­jet d’école que nous défen­dons. Une for­ma­tion plu­ri­cul­tu­relle c’est une for­ma­tion où se côtoient culture géné­rale, culture tech­no­lo­gique et culture pro­fes­sion­nelle. On consi­dè­re­ra ici la culture tech­no­lo­gique comme l’étude des tech­niques, dans le sens connais­sance des appli­ca­tions d’une science, et la culture pro­fes­sion­nelle comme d’une part l’exploration des sec­teurs d’activité et d’autre part la décou­verte des tech­niques liées à la pra­tique d’un métier ou d’une famille de métiers.

Pourquoi don­ner une limite en âge à cette for­ma­tion plu­ri- cultu­relle ? Cet ensei­gne­ment a voca­tion à appor­ter aux jeunes des savoirs qui leur per­met­tront d’affiner leur for­ma­tion en toute auto­no­mie en fonc­tion d’intérêts per­son­nels mais aus­si en pers­pec­tive d’un rôle à jouer dans la socié­té. Laissons donc une marge de manœuvre et per­met­tons aux jeunes de prendre part à la déci­sion de pas­ser à un autre type de for­ma­tion. Il est ici plus impor­tant de mesu­rer les capa­ci­tés à assu­mer une auto­no­mie déci­sion­nelle que de dres­ser un bilan des acquis.

c) Un ensei­gne­ment pro­fes­sion­nel en aval d’une for­ma­tion poly­cul­tu­relle et en amont d’un modèle social sans hié­rar­chie des métiers

D’une culture pro­fes­sion­nelle à un ensei­gne­ment pro­fes­sion­nel.
Après la for­ma­tion plu­ri­cul­tu­relle, il doit être pos­sible de choi­sir de suivre un ensei­gne­ment pro­fes­sion­nel. Il sera alors ques­tion de l’étude appro­fon­die des tech­niques liées à l’exercice d’un métier ou aux spé­ci­fi­ci­tés d’une famille de métiers. Cet ensei­gne­ment ne sera en aucun cas cloi­son­nant. Il pour­ra être débu­té à dif­fé­rents niveaux, immé­dia­te­ment après la for­ma­tion plu­ri­cul­tu­relle ou après une for­ma­tion géné­rale appro­fon­die, selon les inté­rêts de cha­cun mais selon aus­si le niveau d’exigence de l’enseignement pro­fes­sion­nel envi­sa­gé en terme de culture géné­rale. Enfin, cet ensei­gne­ment ne mar­que­ra pas for­cé­ment la fin d’un par­cours de for­ma­tion. Il pour­ra être sui­vi d’une nou­velle for­ma­tion de culture géné­rale ou d’un autre ensei­gne­ment pro­fes­sion­nel.

Le jeune en for­ma­tion consi­dé­ré comme un acteur d’une socié­té sans divi­sion sociale du tra­vail.
Enseignement pro­fes­sion­nel et ensei­gne­ment géné­ral, post for­ma­tion plu­ri­cul­tu­relle, doivent être consi­dé­rés comme une étape de l’insertion sociale. À ce titre les jeunes qui suivent ces for­ma­tions doivent béné­fi­cier d’un reve­nu d’autonomie. C’est la pre­mière condi­tion pour envi­sa­ger une orga­ni­sa­tion sociale basée sur la soli­da­ri­té, la coopé­ra­tion et l’égalité des droits. C’est aus­si une étape impor­tante dans la construc­tion d’une socié­té qui ne sera pas hié­rar­chi­sée par l’environnement socio-éco­no­mique.

L’enseignement pro­fes­sion­nel a toute sa place dans l’école que nous vou­lons

Si, à court terme, il est fon­da­men­tal que l’enseignement pro­fes­sion­nel reste dans le giron de l’éducation natio­nale c’est bien enten­du pour évi­ter à toute une popu­la­tion sco­laire d’être confron­tée plus rapi­de­ment, sans les outils de défense néces­saires, à une socié­té hyper hié­rar­chi­sée sous le contrôle de puis­sances finan­cières qui ban­nissent toute soli­da­ri­té. Mais pour toutes celles et tous ceux qui aspirent à une autre école, l’enseignement pro­fes­sion­nel d’aujourd’hui et l’inventivité de ses per­son­nels ensei­gnants doivent aus­si, au même titre que toutes les expé­riences de péda­go­gie alter­na­tive, être une source d’inspiration dans la recherche d’un autre regard sur l’élève et en par­ti­cu­lier sur l’élève qui ren­contre des dif­fi­cul­tés dans sa sco­la­ri­té.

Enfin, que ce soit sous un angle explo­ra­toire dans le cadre d’une for­ma­tion plu­ri­cul­tu­relle, ou que ce soit dans le cadre de l’apprentissage de tech­niques liées à la pra­tique d’un métier, l’enseignement pro­fes­sion­nel doit res­ter, dans notre pro­jet d’une autre école, un élé­ment à part entière et recon­nu de la for­ma­tion géné­rale. C’est ain­si que ce pro­jet pour­ra contri­buer à la péren­ni­sa­tion d’une autre socié­té.

Le lycée : passer de lamassification à la démocratisation. Quelle orientation syndicale ?

1. Une mas­si­fi­ca­tion ou une démo­cra­ti­sa­tion quan­ti­ta­tive indé­niable.

La période 1985/​1995 est le moment his­to­rique où s’est effec­tué en France la mas­si­fi­ca­tion du secon­daire avec un taux de bache­lier qui a plus que dou­blé, pas­sant de 30 à 63% d’une classe d’âge. Depuis la loi de 1989, l’accès des enfants des milieux popu­laires dans les lycées géné­raux est deve­nu une réa­li­té et leur accès à l’enseignement supé­rieur à été mul­ti­plié par 3,5 pour les ouvriers contre 2,2 pour toutes les CSP. Cette mas­si­fi­ca­tion s’explique bien sûr par les besoins d’une éco­no­mie qui a conti­nué à se ter­tia­ri­ser mais aus­si par l’utilisation du lycée par les gou­ver­ne­ments depuis Jospin pour frei­ner le chô­mage de masse en retar­dant l’entrée pré­coce des jeunes sur le mar­ché du tra­vail à la fin des années 80.

Officiellement la loi Fillon de 2005 en main­te­nant l’objectif de 80% au niveau du bac et en fixant l’objectif de 50% d’une classe d’âge avec un diplôme du supé­rieur enté­rine cette orien­ta­tion, sur­tout depuis le recul sur l’apprentissage junior. Mais depuis 20 ans le sys­tème ne par­vient plus à aug­men­ter le pour­cen­tage d’une classe d’âge au niveau du Bac, ce qui témoigne des limites du sys­tème actuel et des contra­dic­tions entre la poli­tique affi­chée et celle réel­le­ment sui­vie. En effet il existe une grande dis­pa­ri­té entre ces chiffres natio­naux et réa­li­tés locales des quar­tiers popu­laires. Enfin la domi­na­tion s’est retrans­po­sée au sein du lycée avec les trois voies et les filières de la voie géné­rale qui accueillent en grande majo­ri­té des public aux ori­gines sociales dif­fé­rentes.

Lors de la ses­sion 2007, 68% d’une tranche d’âge a atteint le niveau du bac­ca­lau­réat et 63,6% d’une géné­ra­tion a obte­nu le diplôme. Parmi les diplô­més : 34,3% d’une géné­ra­tion ont obte­nu un bac géné­ral, 16,7% un bac tech­no­lo­gique,
12,6% un bac pro­fes­sion­nel. Sur l’ensemble des diplô­més,
54% ont obte­nu le Bac géné­ral, 26% le Bac tech­no­lo­gique et 20% le Bac pro­fes­sion­nel.

2. L’échec d’une démo­cra­ti­sa­tion qua­li­ta­tive

La démo­cra­ti­sa­tion est en fait ségré­ga­tive dans le sens où l’accroissement des taux de sco­la­ri­té par âge est asso­cié à une aug­men­ta­tion des écarts sociaux d’accès aux filières consi­dé­rées. Les chiffres du bac­ca­lau­réat 2008 sou­lignent que près de la moi­tié des lau­réats l’est d’un Bac tech­no- logique ou pro­fes­sion­nel qui recrutent prin­ci­pa­le­ment dans les caté­go­ries du pro­lé­ta­riat actuel.

Cet aspect est ren­for­cé dans les lycées des quar­tiers popu­laires par une ségré­ga­tion spa­tiale selon l’aire socio­lo­gique de recru­te­ment des lycées. La sup­pres­sion de la carte sco­laire depuis la ren­trée 2008 accen­tue encore cette ten­dance. Ainsi l’avenir dans le supé­rieur est plus dif­fi­cile pour une majo­ri­té de ces nou­veaux lycéens. Le recul de la pro­por­tion de fils d’ouvriers et d’employés dans les classes pré­pa­ra­toires aux grandes écoles en est aus­si l’illustration.

Ces limites de la démo­cra­ti­sa­tion comme à l’autre extré­mi­té du sys­tème sco­laire, les sor­ties du sys­tème sans qua­li­fi­ca­tion, sont uti­li­sées pour s’attaquer au ser­vice public. Il faut les dénon­cer car le sys­tème orga­nise cet état de fait en adé­qua­tion avec une éco­no­mie qui a aus­si besoin d’un volant de main d’œuvre peu qua­li­fiée et de chô­meurs pour pré­ca­ri­ser une large par­tie des futurs sala­riés. C’est un aspect de la réforme du bac pro en 3 ans au lieu de 4 qui com­pro­met l’obtention d’un diplôme par les élèves les plus fra­giles comme du pro­jet de réforme des lycées du gou­ver­ne­ment. Le gou­ver­ne­ment veut reve­nir sur l’enseignement secon­daire pour tous mais ne peut le faire fron­ta­le­ment tant les familles sont atta­chées à la mas­si­fi­ca­tion et à l’espoir d’une cer­taine « réus­site » par l’École. Le choix semble depuis de nom­breuses années de pour­suivre une sco­la­ri­sa­tion de masse mais en chan­geant la qua­li­té de l’enseignement.

Proposer aus­si une autre poli­tique c’est trou­ver les moyens de conser­ver des conte­nus exi­geants pour tous, au contraire d’un éli­tisme « répu­bli­cain » média­ti­sé qui ne touche qu’une frange limi­tée des classes popu­laires. (Bourse au mérite, par­te­na­riat exclu­sif avec des grandes écoles au détri­ment des uni­ver­si­tés, lycées expé­ri­men­taux Science PO…). La dis­cri­mi­na­tion posi­tive n’est pas l’égalité.

Le chô­mage serait dû à un soi-disant manque de l’institution sco­laire. L’école n’est pas assez près des entre­prises. Les stages en col­lège doivent être fait de pré­fé­rence dans le pri­vé. Face à cette apo­lo­gie des bien­faits du « pri­vé » il faut rap­pe­ler sans cesse que plus les élèves ont une qua­li­fi­ca­tion éle­vée, plus il leur est facile de trou­ver un tra­vail.

Le Baccalauréat, en tant que pre­mier diplôme uni­ver­si­taire, doit aus­si faire l’objet d’un débat. Autant il semble impor­tant que celui-ci conserve sa valeur natio­nale, autant on ne peut nier le fait que selon l’endroit où on l’a pas­sé il n’a pas com­plè­te­ment la même valeur. En effet, les étu­diants pro­ve­nant de classes socio­pro­fes­sion­nelles défa­vo­ri­sées ont plus de dif­fi­cul­tés à pour­suivre des études supé­rieures. Par ailleurs, l’intitulé « bac­ca­lau­réat » ne revêt pas du tout les mêmes réa­li­tés en terme de pour­suite d’études selon que cela soit un « bac pro » ou « géné­ral ».

3. Revendiquer et agir en faveur de la démo­cra­ti­sa­tion du lycée

Il faut donc défendre la mas­si­fi­ca­tion dans un cadre public en cela qu’elle donne un accès de masse aux savoirs, même de façon socia­le­ment ségré­ga­tive pour l’instant, et ce contrai­re­ment à d’autres modèles sco­laires euro­péens, encore plus dis­cri­mi­nants. Il faut donc s’opposer à toutes les mesures ou réformes qui vise­raient à limi­ter l’accès au lycée, comme l’apprentissage par exemple, ou qui per­met­traient de reve­nir sur les cadres de pro­grammes et de diplômes natio­naux sous cou­vert d’autonomie.

Il faut aus­si poli­ti­que­ment, reven­di­quer une démo­cra­ti­sa­tion mais sans pour autant four­voyer les col­lègues car l’École, en l’état, doit d’abord répondre aux besoins de la socié­té et du sys­tème éco­no­mique capi­ta­liste. Nous ne chan­ge­rons jamais d’école sans chan­ger la socié­té. Dans une socié­té inéga­li­taire, l’école doit faire en sorte que tous soient confron­tés à la culture légi­time. On aurait tort de pen­ser que la seule ques­tion péda­go­gique per­met­trait de résoudre la ques­tion des inéga­li­tés sociales, comme ont pu le faire croire les sciences de l’éducation, qui ont impo­sé ce dis­cours, relayé par cer­taines orga­ni­sa­tions syn­di­cales dans les années 70.

Cela ne doit pas nous pri­ver d’ouvrir des brèches sur les moyens, les conte­nus et les méthodes dans le sys­tème tant nous savons qu’il y a une rela­tion dia­lec­tique entre l’idée d’une autre école et celle d’une autre socié­té. Cela ne doit pas non plus nous empê­cher de pré­ci­ser les traits d’un futur lycée poly­va­lent et poly­tech­nique qui est la pers­pec­tive que SUD édu­ca­tion s’est don­née pour l’École dans une autre socié­té. (Clermont 2006).

Sur ces deux axes, il nous faut cher­cher une alliance avec les parents d’élèves et les lycéens qui ne peut pas se limi­ter à défendre l’existant mais qui doit pou­voir avan­cer d’autres mesures per­met­tant une démo­cra­ti­sa­tion du lycée .

Nos revendications pour démocratiser le Lycée

1. L’organisation et les horaires au lycée.

Notre réflexion sur les horaires au lycée est indis­so­ciable de notre concep­tion d’une l’École démo­cra­tique et éga­li­taire.

Pour cela nous reven­di­quons :

1 – 1 Le main­tien d’horaires natio­naux d’un volume suf­fi­sant pour per­mettre une trans­mis­sion de savoirs sans lequel ne peut exis­ter de réflexion cri­tique ni d’acquisition de méthode ou d’autonomie.

1 – 2 Un meilleur équi­libre des horaires des dis­ci­plines par niveau par séries et filières exis­tantes avec moins de déter­mi­na­tion pré­coce et avec la volon­té de rap­pro­cher les ensei­gne­ments des trois lycées, sans concur­rence entre ces filières.

1 – 3 Nous nous situons dans la pers­pec­tive d’une sup­pres­sion des trois voies de for­ma­tion sépa­rées (voie géné­rale, voie tech­no­lo­gique, voie pro­fes­sion­nelle) qui jus­ti­fient aujourd’hui l’orientation pré­coce.

1 – 4 Une concer­ta­tion ins­ti­tu­tion­nelle des équipes édu­ca­tives ce qui néces­site des heures de concer­ta­tion recon­nues dans leurs emplois du temps, et un tra­vail en com­mun avec les COP.

1 – 5 Un équi­libre entre la trans­mis­sion des savoirs et des savoirs faire dis­ci­pli­naires, la recon­nais­sance du rôle d’éducation des per­son­nels ensei­gnants inté­gré dans un temps de tra­vail réduit. Cela passe par une dif­fé­ren­cia­tion entre l’horaire élève et l’horaire prof plus pro­non­cée qu’elle ne l’est actuel­le­ment.

1 – 6 Constitution de petits groupes d’élèves dans le cadre du groupe-classe afin de per­mettre à leurs ensei­gnants d’intervenir sur les conte­nus et les méthodes dans le cadre des ensei­gne­ments : remé­dia­tion, appren­tis­sages, expres­sion orale pour un sui­vi plus indi­vi­dua­li­sée des acquis de l’élève. Nous sommes bien sur tota­le­ment oppo­sés au pro­jet de sup­pres­sions de tous les 1/​2 groupes dans la « seconde Darcos » ini­tia­le­ment pré­vue en 2009.

1 – 7 La pos­si­bi­li­té pour des équipes de déga­ger du temps dis­ci­pli­naire pour la mise en place d’une péda­go­gie de pro­jet sur la base du volon­ta­riat. Cela sup­pose au sein des ser­vices heb­do­ma­daires de déga­ger une heure afin de per­mettre des réunions sur des demi-jour­nées.

1 – 8 Une poli­tique d’ouverture cultu­relle :
par des ensei­gne­ments d’arts, de musique, de théâtre au lycée
par l’ouverture sur le monde des sciences et des arts et des tech­niques par des ini­tia­tives cultu­relles diver­si­fiées et gra­tuites : inter­ve­nants cultu­rels, sor­ties sco­laires, voyages sco­laires gra­tuits).
Les lais­ser à l’entière ini­tia­tive des familles ne fait que ren­for­cer la repro­duc­tion sociale.

1 – 9 Des horaires pro­fes­seurs supé­rieurs au nombre de classes, sur­tout dans les lycées plus fra­giles (ZEP, clas­sés, …)

1 – 10 L’heure de vie de classe doit être ins­crite à l’emploi du temps des ensei­gnants et payée sur la base d’une heure de cours nor­male. Elle doit faire l’objet de stage de for­ma­tion conti­nue et s’exercer dans le cadre de la concer­ta­tion des équipes.

1 – 11 Des pas­se­relles réta­blies et ren­for­cées (contrai­re­ment à l’orientation prise par la réforme du bac pro en trois ans qui débouche sur la sup­pres­sion des 1ères d’adaptation) entre les dif­fé­rentes voies et filières sur l’ensemble de la sco­la­ri­té pour évi­ter la sor­tie sans diplôme due à une erreur d’orientation.

D’une façon géné­rale nous reven­di­quons pour touTEs les lycéennEs la pos­si­bi­li­té :
de s’approprier des connais­sances dis­ci­pli­naires sans les­quelles il n’y a ni culture, ni for­ma­tion ;
de s’approprier des méthodes de tra­vail per­son­nel ou en équipe dans le but d’accéder à une auto­no­mie qui per­mette de gérer le temps, le tra­vail, les choix, et ce, de façon res­pon­sable ;
de mieux maî­tri­ser son orien­ta­tion en béné­fi­ciant de l’accès gra­tuit à l’information et au conseil par le biais d’un ser­vice d’orientation public ren­for­cé au contraire de la poli­tique de liqui­da­tion actuelle ;
de nou­veaux droits pour les lycéens : mise en place d’espace de parole et de déci­sion réel­le­ment démo­cra­tiques pour favo­ri­ser l’autonomie et son corol­laire, la res­pon­sa­bi­li­té.


2 Quels moyens pour démo­cra­ti­ser le lycée ?

Il ne peut y avoir de démo­cra­ti­sa­tion et même de main­tien du niveau du sys­tème actuel sans l’arrêt et le réta­blis­se­ment des mil­liers de postes sup­pri­més dans le cadre de la RGPP. La mise en concur­rence des éta­blis­se­ments est incom­pa­tible avec cette démo­cra­ti­sa­tion.
Si la ques­tion du réta­blis­se­ment des postes est un préa­lable à toute reforme du lycée elle ne peut pas non plus en faire office, c’est pour­quoi nous reven­di­quons :

2 – 1 Des effec­tifs par classe ou par groupe adap­tés selon les besoins (un maxi­mum de 25 élèves par classe en lycée géné­ral et tech­no­lo­gique par exemple).

2 – 2 Une défi­ni­tion natio­nale des seuils de dédou­ble­ment pour les dis­ci­plines concer­nées.

2 – 3 Des groupes réduits per­met­tant l’acquisition des méthodes et la remé­dia­tion.

2 – 4 Le réta­blis­se­ment de pas­se­relles, notam­ment avec les classes d’adaptation et les ensei­gne­ments de remise à niveau…

2 – 5 Une éva­lua­tion de la réa­li­té de la sco­la­ri­sa­tion des lycéens han­di­ca­pés en milieu ordi­naire et la mise en oeuvre d’une poli­tique faci­li­tant leur inté­gra­tion (per­son­nels for­més, locaux et condi­tions d’études et d’examen adap­tés). Un accent doit être por­té éga­le­ment sur l’ouverture de classes spé­cia­li­sées à hau­teur des besoins.

2 – 6 Le lycée n’est pas gra­tuit pour les familles notam­ment des milieux popu­laires. Ainsi, par exemple, les manuels sco­laires doivent être réel­le­ment gra­tuits dans tous les lycées. La prise en charge par les régions des livres sco­laires est un mieux mais une péréqua­tion natio­nale doit assu­rer la gra­tui­té totale et s’appliquer selon des cri­tères et des niveaux de prise en charge uni­fiés d’une aca­dé­mie à l’autre.

2 – 7 Il faut des droits nou­veaux pour les lycéens. Notamment leur per­met­tant de par­ti­ci­per à part entière au fonc­tion­ne­ment des éta­blis­se­ments. Pour cela, si le Conseil de Vie Lycéenne (CVL) peut être un point d’appui, son fonc­tion­ne­ment, sa com­po­si­tion, ses com­pé­tences doivent être modi­fiés pro­fon­dé­ment afin de per­mettre réel­le­ment une démo­cra­ti­sa­tion du sys­tème édu­ca­tif. La mise à dis­po­si­tion de lieux d’échanges, d’activités propres aux lycéens à l’intérieur des EPLE est indis­pen­sable. Ce point doit abso­lu­ment faire l’objet d’un débat com­mun avec la Fédération SUD Lycéen.

2 – 8 Nous rap­pe­lons le droit de tous à être sco­la­ri­sés, sans res­tric­tions liées notam­ment à la natio­na­li­té, à la situa­tion régu­lière ou non des familles et de leurs enfants. C’est pour­quoi, dans le cadre du Réseau Éducation Sans Frontières (RESF), SUD édu­ca­tion lutte contre les expul­sions des jeunes sco­la­ri­sés issus de parents Sans-Papiers et reven­dique la régu­la­ri­sa­tion de tous.


3 La voie géné­rale

3 – 1 Le lycée d’enseignement géné­ral a pour mis­sion de dis­pen­ser une for­ma­tion géné­rale qui com­plète et conso­lide celle du pre­mier cycle du second degré et qui per­mette d’orienter les élèves vers l’enseignement supé­rieur par une déter­mi­na­tion pro­gres­sive dans le cadre de grands champs dis­ci­pli­naires (lit­té­raire, scien­ti­fique, éco­no­mique, social…).

3 – 2 Contrairement au der­nier pro­jet de Réforme « Darcos », il ne doit y avoir aucune réduc­tion de l’offre sco­laire. De plus, nous nous pro­non­çons pour le main­tien des groupes classes et de la défi­ni­tion de ser­vice heb­do­ma­daire des élèves et des profs.

3 – 3 La seconde est une classe char­nière : elle doit assu­rer une meilleure prise en charge des élèves issus du col­lège, assu­mer réel­le­ment son carac­tère indif­fé­ren­cié tout en per­met­tant aux élèves un par­cours poly­va­lent pour les ini­tier tous aux dif­fé­rentes dis­ci­plines exis­tantes au lycée.

Nous pro­po­sons :

3 – 4 Le main­tien d’un tronc com­mun avec des horaires natio­naux devant per­mettre toutes les pour­suites d’études après la seconde et des dédou­ble­ments de classe sys­té­ma­tiques per­met­tant d’associer conte­nu et tra­vail sur les méthodes propres aux ensei­gne­ments.

3 – 5 Des ensei­gne­ments d’initiation semes­triels sur l’ensemble des autres dis­ci­plines nou­velles au lycée, à rai­son par exemple de deux ensei­gne­ments par semestre, soit quatre par an dont obli­ga­toi­re­ment un ensei­gne­ment artis­tique et des ensei­gne­ments pris dans des « familles » dif­fé­rentes (sciences humaines, ensei­gne­ments scien­ti­fiques, lan- gues…). Cela aurait d’ailleurs pour effet de limi­ter la » pré- orien­ta­tion » en seconde par le biais d’options dis­cri­mi­nantes.

3 – 6 Une ini­tia­tion à la recherche inter­dis­ci­pli­naire, dans la pers­pec­tive d’une pour­suite de la démarche en 1ère. Cela per­met­tra aux élèves de pour­suivre le dépas­se­ment du cadre dis­ci­pli­naire tout en favo­ri­sant un tra­vail plus auto­nome et en équipe.

3.7 Une plage d’aide au tra­vail heb­do­ma­daire enca­drée par des ensei­gnants.

3 – 8 Un tuto­rat sys­té­ma­tique avec un ensei­gnant pour l’organisation du tra­vail et la réflexion sur l’orientation en fin de seconde, en lien avec le tra­vail réa­li­sé avec le COP et l’équipe.

3 – 9 Le volume horaire élève doit res­ter glo­ba­le­ment le même mais avec une réduc­tion du temps de cours en classe entière au pro­fit des séances en groupes réduits, du tuto­rat et des plages d’aide au tra­vail pour ceux qui en ont besoin.
Tout ceci doit per­mettre de limi­ter au maxi­mum les devoirs à la mai­son qui sont socia­le­ment plus dis­cri­mi­nants.

3 – 10 Il est néces­saire de dis­tin­guer le nombre d’heures de cours aux­quels chaque élève par­ti­cipe de sa pré­sence sur l’établissement : la ques­tion n’est pas uni­que­ment un pro­blème de quan­ti­té horaire mais aus­si de ce qu’on y fait. On peut ima­gi­ner que la plage du mer­cre­di après-midi ou du same­di matin soit uti­li­sée afin de faire des visites ou des ate­liers. Pour l’élève cela ne revient pas à notre avis au même qu’un nombre d’heures de cours équi­valent.

3 – 11 Il va de soi que ces pro­po­si­tions, pour ce qui est des per­son­nels de l’éducation, seraient trans­po­sées en heure cours dans leur ser­vice. Il est donc indis­pen­sable de pré­ci­ser nos reven­di­ca­tions sur les mis­sions et le temps de tra­vail des ensei­gnants du second degré au-delà de la reven­di­ca­tion d’un temps de concer­ta­tion des équipes inclus dans le temps de tra­vail. Cela sup­pose de revoir dans le cadre de la réduc­tion de la charge de tra­vail des ensei­gnants les obli­ga­tions de ser­vice telles qu’elles sont défi­nies actuel­le­ment dans les décrets de 1950.

Le cycle ter­mi­nal.

Dans ce cycle ter­mi­nal, nous pro­po­sons de pour­suivre les dis­po­si­tifs enga­gés en seconde.

3 – 12 Le tra­vail inter­dis­ci­pli­naire sera pour­sui­vi en 1ère dans le but de déve­lop­per le tra­vail dans une auto­no­mie gui­dée qui s’appuiera désor­mais sur l’expérience de la seconde. L’objectif reste de déve­lop­per un tra­vail per­son­nel des élèves, avec les pré­sen­ta­tions orales, sur un sujet choi­si avec les ensei­gnants. Cela doit aus­si faci­li­ter le pas­sage en 1er cycle uni­ver­si­taire. Ce module sera ins­crit à l’emploi du temps des pro­fes­seurs et des élèves de la seconde à la ter­mi­nale.

3 – 13 Le tuto­rat peut être pro­po­sé à tous les élèves de 1ère. De même l’aide au tra­vail per­son­nel sera pro­po­sé sur des plages horaires inclues à l’emploi du temps des élèves. Le dis­po­si­tif peut être ren­for­cé en ter­mi­nale.

3 – 14 L’enseignement de la phi­lo­so­phie doit être défen­du et ren­for­cé. Il doit être mis en place dans les trois voies d’enseignement et une ini­tia­tion dès la seconde doit être dis­cu­tée.

3 – 15 Les attaques récur­rentes du Ministère de l’Éducation natio­nale à l’encontre de la filière ES, et de la nature de l’enseignement des Sciences Économiques et Sociales, sont inac­cep­tables. Nous devons sou­te­nir un ensei­gne­ment des Sciences Économiques et Sociales qui donnent aux élèves la pos­si­bi­li­té d’avoir une lec­ture cri­tique du monde et non celle de se plier à une pré­ten­due réa­li­té incon­tour­nable ce qui implique l’intégration de cet ensei­gne­ment dans le tronc com­mun de tous les élèves.

3 – 16 Nous sou­hai­tons, dans le sys­tème actuel, le main­tien du bac comme exa­men natio­nal pro­té­geant des inéga­li­tés régio­nales ou de toute autre forme de dis­cri­mi­na­tion. Il doit res­ter le diplôme cor­res­pon­dant au pre­mier grade uni­ver­si­taire. Dans le cadre du sys­tème actuel, les pro­jets de bac à la carte ou modu­laires de la réforme Darcos accen­tue­raient encore les inéga­li­tés d’accès au supé­rieur en ouvrant la voie à la géné­ra­li­sa­tion de la sélec­tion et à la concur­rence entre uni­ver­si­tés pour recru­ter leurs étu­diants.

Cependant, nous pen­sons impor­tant de réflé­chir à des moda­li­tés de for­ma­tion et d’évaluation qui pri­vi­lé­gient davan­tage l’autonomie de l’élève et la prise en charge de son propre appren­tis­sage.

Mais les mesures pro­po­sées en 1 et 2 sont valables pour les lycées géné­raux, tech­no­lo­giques et pro­fes­sion­nels et visent aus­si à les rap­pro­cher pour res­ter dans la pers­pec­tive d’un ensei­gne­ment secon­daire poly­tech­nique déci­dé au Congrès en 2006.

Le texte ne fait pas de pro­po­si­tions spé­ci­fiques sur le lycée pro­fes­sion­nel et le lycée tech­no­lo­gique car les col­lègues ayant par­ti­ci­pé à la rédac­tion ne consi­dèrent pas connaître suf­fi­sam­ment le sujet pour faire des pro­po­si­tions per­ti­nentes. Par ailleurs, les idées avan­cées ici gagne­ront à être affi­nées par les débats entre col­lègues et par la suite en y adjoi­gnant des pro­po­si­tions chif­frées afin de pou­voir por­ter ces reven­di­ca­tions auprès des col­lègues.

Quelle vie scolaire, pour quelle école, pour quelle société ?

Notre Fédération s’est don­né un mot d’ordre : « Une autre Société, une autre École ». Elle entend œuvrer à l’avènement d’une École éga­li­taire et éman­ci­pa­trice, par­tout et pour tous. Les adhé­rents qui agissent dans le sec­teur de la Vie sco­laire ont ins­crit leur inter­ven­tion dans cette pers­pec­tive. La Commission Vie sco­laire s’est effor­cée de pro­po­ser des ana­lyses et une plate-forme reven­di­ca­tive liant la défense des per­son­nels à la pers­pec­tive d’une trans­for­ma­tion radi­cale de la nature de l’École et des pro­fes­sions spé­ci­fiques de ce sec­teur. Le pré­sent congrès offre l’opportunité de syn­thé­ti­ser ces acquis, de les dif­fu­ser lar­ge­ment et de tra­cer des pers­pec­tives.

La Vie sco­laire est en état d’urgence : le dis­po­si­tif d’aménagement et de réduc­tion du temps de tra­vail (ARTT) sans créa­tion de postes en 2001, la liqui­da­tion du sta­tut de MI-SE et l’institutionnalisation de la pré­ca­ri­té par la mise en place des assis­tants d’éducation en 2003 (contre-réformes qui ont occa­sion­né deux luttes de grande enver­gure), les sup­pres­sions de postes, la baisse dras­tique du recru­te­ment, le rap­port Pochard et les menaces qu’il contient…on n’en fini­rait pas d’énumérer les attaques. Un pro­jet glo­bal de désta­bi­li­sa­tion pré­cé­dant la des­truc­tion de nos métiers appa­raît. Leur abso­lue déna­tu­ra­tion par une aspi­ra­tion vers les per­son­nels de direc­tion consti­tue aus­si une hypo­thèse.

Dans l’Éducation natio­nale, l’ensemble des pro­fes­sions doit faire face à cette offen­sive. Mais les fonc­tions édu­ca­tives, sociales, médi­cales et d’orientation sont, d’ores et déjà, très fra­gi­li­sées. Rappelons aus­si que toutes étaient concer­nées par le pré-pro­jet de décen­tra­li­sa­tion. La tac­tique gou­ver­ne­men­tale de déman­tè­le­ment se fait par caté­go­rie. La situa­tion des per­son­nels TOS, dont la décen­tra­li­sa­tion est effec­tive depuis jan­vier, nous en four­nit un exemple.

La Vie sco­laire doit faire face à d’autres types d’attaques que nous avons dénon­cées dans un texte inti­tu­lé Manager et punir (dont le résu­mé est en annexe).

D’une part les « Projets Vie sco­laire », ava­tar de la concep­tion mana­gé­riale de l’École, visent à impo­ser une vision dra­ma­ti­que­ment réduc­trice de l’acte édu­ca­tif : injonc­tion de ren­ta­bi­li­té, logique de diag­nos­tic, de moyens mis en œuvre et de résul­tats immé­diats quand on sait qu’éduquer est un tra­vail de long terme. Les modi­fi­ca­tions dans ce sens du conte­nu du concours de recru­te­ment des CPE confirment la per­ma­nence et la gra­vi­té de ces visées.

D’autre part les som­ma­tions sécu­ri­taires se mul­ti­plient : la déla­tion et la col­la­bo­ra­tion avec la police sont encou­ra­gées. La hié­rar­chie, tant cen­tra­le­ment que loca­le­ment, tente d’imposer le tout-répres­sif, l’ordre moral, la « tolé­rance zéro », la culpa­bi­li­sa­tion et le for­ma­tage. La très régres­sive « note Vie sco­laire », que nous com­bat­tons, sym­bo­lise cette ten­dance. En paral­lèle, les condi­tions de tra­vail se dété­riorent alors même que les pro­blèmes édu­ca­tifs deviennent plus com­plexes. Dès lors, la sur­charge, l’urgence, le stress, l’absence de pos­si­bi­li­té de concer­ta­tion, tendent à dégra­der encore la qua­li­té des pra­tiques pro­fes­sion­nelles.

La récente créa­tion des « média­teurs de réus­site sco­laire », qui a pro­vo­qué une levée de bou­cliers géné­rale par­mi les per­son­nels sociaux et d’éducation, est emblé­ma­tique de ces évo­lu­tions. On enjoint aux éta­blis­se­ments qui en seront dotés de réduire les taux d’absence de 30 à 50% (selon les situa­tions) avec des per­son­nels pré­caires, en dif­fi­cul­té sociale et sans qua­li­fi­ca­tion ! Les réponses à l’absentéisme doivent être « rapides et concrètes » et Darcos pro­meut des méthodes d’un sim­plisme affli­geant. Enfin les rap­ports avec les col­lec­ti­vi­tés locales sont encou­ra­gés… on en connaît les objec­tifs de contrôle social. Nous y voyons la pré­fi­gu­ra­tion de l’avenir sombre des ser­vices d’éducation.

Pourtant la Vie sco­laire consti­tue un impor­tant acquis de Service public. Une de ses fonc­tions, ne l’oublions pas, est de lut­ter dans le cadre de l’École contre les inéga­li­tés, les rup­tures voire les apar­theids sco­laires qui touchent les enfants des tra­vailleurs. Les per­son­nels agissent prin­ci­pa­le­ment auprès des plus pré­caires, des plus défa­vo­ri­sés, des plus stig­ma­ti­sés. Les CPE ont accu­mu­lé des connais­sances et des savoir-faire aptes à limi­ter ces phé­no­mènes si leur action était favo­ri­sée. On com­pren­dra dès lors l’acharnement du Pouvoir à œuvrer à la dis­pa­ri­tion de ces métiers.

Il est donc essen­tiel que la Fédération SUD édu­ca­tion s’engage encore plus réso­lu­ment dans leur défense. Pour les per­son­nels de sur­veillance, dans l’immédiat, ces contrats ne sont pas accep­tables. Nous récla­mons la titu­la­ri­sa­tion sans condi­tion de concours et de natio­na­li­té sur un sta­tut unique de droit public d’État.

Mais cette défense ne sau­rait suf­fire, nous enten­dons agir à la trans­for­ma­tion immé­diate de la Vie sco­laire dans un sens pro­gres­siste. Car nous sommes sans illu­sion sur l’École de classe, ses fonc­tions de tri social, de mise en condi­tion, même, elle demeure néan­moins un lieu de ten­sion entre deux objec­tifs contra­dic­toires : sou­mettre et éman­ci­per. De ce fait, nous ne nous conten­tons pas d’un huma­nisme consen­suel et sans effet.

Issue des dis­po­si­tifs dis­ci­pli­naires, la fonc­tion de CPE s’est trans­for­mée,
au cours des années soixante et soixante-dix dans un contexte de mon­tée des luttes. C’est l’action des per­son­nels eux-mêmes, par l’alliance de leurs pra­tiques inno­vantes et de leurs reven­di­ca­tions, qui a per­mis cette évo­lu­tion. L’inversion du rap­port de force depuis la fin de cette période est l’origine prin­ci­pale de la régres­sion que nous décri­vons.

Nous enten­dons dis­si­per les graves illu­sions du mora­lisme et de l’autoritarisme, dif­fu­sées depuis plu­sieurs décen­nies par les offi­cines idéo­lo­giques du capi­ta­lisme, qui affectent lar­ge­ment la pen­sée com­mune. L’apparition durant cette période du terme » citoyen­ne­té » et sa pro­mo­tion fré­né­tique dans les textes offi­ciels, méri­te­rait ain­si un vrai retour cri­tique. Il dis­si­mule des stra­té­gies de sou­mis­sion sociale plus qu’il ne veut pro­mou­voir un véri­table appren­tis­sage démo­cra­tique. Et il en va de même avec les « droits et devoirs ». Le grand détour­ne­ment libé­ral du lan­gage est ici à l’œuvre.
On ne nie­ra pas la mon­tée de ten­sion dans les éta­blis­se­ments, ni celle de l’incompréhension inter­gé­né­ra­tion­nelle et de l’irrespect y com­pris entre les jeunes eux-mêmes. Mais c’est bien une décom­po­si­tion du lien social qui est à l’œuvre. Sous les coups de bou­toir d’un sys­tème éco­no­mique injuste et inca­pable de géné­rer autre chose que la lutte de tous contre cha­cun, c’est effec­ti­ve­ment à une grave crise édu­ca­tive que nous nous heur­tons.

Pour autant l’artillerie lourde des Sarkozy, et consorts, est non seule­ment inutile, injuste et dis­cri­mi­na­toire mais elle est aus­si extrê­me­ment dan­ge­reuse. Avatar de la cri­mi­na­li­sa­tion de la pau­vre­té, elle ne consti­tue en aucune façon une démarche de construc­tion d’une École paci­fiée. C’est l’absence de réponse éco­no­mique et sociale, l’absence de consi­dé­ra­tion, de recon­nais­sance pour une grande par­tie de la popu­la­tion en dif­fi­cul­té qui en consti­tuent la véri­table cause. Et non un défi­cit d’autorité ou un manque de « morale ». Si le sens de la règle et de la loi s’acquiert, il ne se décrète pas et en aucun cas, il ne se construit sans démarche péda­go­gique. Doit-on tout punir dans un cadre sco­laire ? Peut-on apprendre sans com­mettre d’erreur ? Le droit à l’évolution, le droit de chan­ger sont-ils res­pec­tés si aucun tra­vail édu­ca­tif n’est pos­sible : temps d’explicitation, de mise en pers­pec­tive, de prise de conscience,… le temps du chan­ge­ment doit être offert aux élèves.

Il s’agit de mettre en œuvre une refon­da­tion de la rela­tion édu­ca­tive, fon­dée sur notre ana­lyse de la socié­té et de poser les bases, dans notre action syn­di­cale et nos pra­tiques, d’une véri­table alter­na­tive au mora­lisme et à son pen­dant natu­rel, le sécu­ri­ta­risme.

Nous ne dis­po­sons d’aucune recette, mais des pistes peuvent être ouvertes, des hypo­thèses avan­cées, des expé­riences popu­la­ri­sées et valo­ri­sées, des acquis théo­riques revi­si­tés.

Ainsi le domaine de l’animation qui, aux ori­gines de la trans­for­ma­tion du sur­veillant géné­ral en conseiller d’éducation, a consti­tué un axe essen­tiel et nova­teur, influen­cé par l’idée de coopé­ra­tion. Il ouvrait aux élèves la pos­si­bi­li­té de construire des pro­jets, d’acquérir de l’autonomie, une conscience d’appartenance. Ce domaine est aujourd’hui en voie de dis­pa­ri­tion, sacri­fié à la dic­ta­ture de l’urgence.

Le pivot prin­ci­pal pour­rait cepen­dant être une réaf­fir­ma­tion claire du carac­tère abso­lu­ment poli­tique de nos pro­fes­sions. Et, par là même, de l’impossibilité d’en faire l’économie dans nos reven­di­ca­tions et dans les manières de les exer­cer. Ici et là, c’est bien cette dyna­mique qui peut gui­der notre action.

C’est une série de ques­tions, qui sont autant de chan­tiers pour la réflexion et l’action de notre Fédération, que nous vou­lons poser.

Quel citoyen, certes mais dans le sens réel du terme, et sur­tout pour quelle socié­té ? Comment éveiller les consciences et œuvrer à l’émancipation sans abu­ser d’une posi­tion d’autorité ? Comment évi­ter les conces­sions à l’idéologie domi­nante lorsqu’il s’agit cepen­dant de main­te­nir des cadres édu­ca­tifs cohé­rents et effi­caces auprès d’adolescents ? Comment y intro­duire une dimen­sion cri­tique ? Comment tra­vailler à l’intérêt col­lec­tif, au bien com­mun, don­ner les outils intel­lec­tuels alors que l’on assiste à l’abandon des mis­sions de Service public ? Comment, dans ces condi­tions, ne pas réduire les élèves à leurs actes les plus contes­tables ? Comment écou­ter et pro­mou­voir leur parole et leurs expé­riences par­ti­cu­lières ? Comment ne pas céder à l’utilitarisme et se conten­ter de les pré­pa­rer à un métier ? Comment agir dans les contraintes d’une pro­fes­sion impos­sible à dis­so­cier aujourd’hui de la notion de sanc­tion ? Quels droits reven­di­quons- nous pour les élèves et auprès d’eux (car aujourd’hui on assiste au retour de cette aspi­ra­tion por­tée par le mou­ve­ment lycéen).

Interrogations récur­rentes mon­trant qu’aucune neu­tra­li­té n’est donc envi­sa­geable en Vie sco­laire. Dans le quo­ti­dien le plus banal de nos inter­ven­tions auprès des élèves, les choix aux­quels nous nous heur­tons sont de carac­tère inévi­ta­ble­ment poli­tique.

Nos reven­di­ca­tions d’une for­ma­tion ini­tiale et conti­nue lar­ge­ment déve­lop­pée et auto­gé­rée ain­si que d’autonomie de la Vie sco­laire veulent aus­si tra­duire cette radi­ca­li­té.

Il nous faut donc appro­fon­dir encore notre réflexion dans ce domaine, notam­ment par la col­la­bo­ra­tion entre les com­mis­sions « Vie sco­laire » et « Quelle École ? ».

Face à une orga­ni­sa­tion de plus en plus hié­rar­chi­sée et pyra­mi­dale, nous pro­po­sons une direc­tion col­lé­giale ras­sem­blant toutes les caté­go­ries de per­son­nels, les élèves et les parents (au tra­vers d’assemblées géné­rales). Dans les écoles, la ten­dance actuelle amène la créa­tion d’un métier de per­son­nel de direc­tion (comme dans le secon­daire) ; ces charges de direc­tion devraient être assu­rées par des membres de l’établissement dans le cadre d’un man­dat limi­té et contrô­lé par toutes et tous. C’est une des condi­tions de la démo­cra­tie à l’école. Au delà de cette phase inter­mé­diaire, nous devons tra­cer les pers­pec­tives d’une école publique auto­gé­rée qui sera le reflet d’une socié­té alter­na­tive.

Ce texte n’a aucu­ne­ment la pré­ten­tion d’épuiser la ques­tion posée dans le titre mais se veut l’ébauche d’une réflexion col­lec­tive au sein de la Fédération. Il entend aus­si défendre les acquis édu­ca­tifs par­ti­cu­liers de pro­fes­sions spé­ci­fiques et popu­la­ri­ser un pro­jet éman­ci­pa­teur pour la Vie sco­laire ce qui ne sau­rait être la tâche des seuls per­son­nels qui y tra­vaillent. Et il est néces­saire que les syn­di­cats s’emparent véri­ta­ble­ment de ces ques­tions.

Ces objec­tifs ne peuvent être cepen­dant atteints que par l’octroi de moyens de déve­lop­pe­ment pour notre action dans ce sec­teur. Une aug­men­ta­tion du volume de décharge des man­da­tés Vie sco­laire per­met­trait ain­si un tra­vail d’élaboration et de construc­tion plus effi­cace. Et ce d’autant plus que la situa­tion que nous avons décrite laisse augu­rer de l’ouverture pos­sible d’une période de luttes. En effet, en liai­son avec un regain de com­ba­ti­vi­té dans la jeu­nesse, on constate une volon­té de résis­tance accrue chez les assis­tants d’éducation. Notons ain­si des suc­cès encou­ra­geants pour notre syn­di­cat lors des récentes élec­tions aux com­mis­sions consul­ta­tives pari­taires aca­dé­miques de cette caté­go­rie. À l’occasion des luttes de 2001 et 2003, SUD-édu­ca­tion avait éga­le­ment ras­sem­blé un nombre signi­fi­ca­tif de CPE sur ses posi­tions, cou­rant que mal­heu­reu­se­ment nous n’avons pas su capi­ta­li­ser. Les pro­chaines occa­sions ne devront pas être man­quées.

Annexe :

Résumé de MANAGER et PUNIR

Une série de dis­po­si­tifs, de rap­ports, de décla­ra­tions poli­tiques ou admi­nis­tra­tives ont consti­tué, ces der­nières années, une offen­sive en règle contre les ser­vices de Vie sco­laire.

Outre l’invasion de la pré­ca­ri­té, la pro­mo­tion de l’autoritarisme et la mise en place pro­gres­sive des tech­niques du mana­ge­ment en consti­tuent les axes essen­tiels.

La pro­fes­sion de CPE s’en est trou­vée désta­bi­li­sée sans avoir recours, pour autant, à des modi­fi­ca­tions sta­tu­taires.

Sous l’influence des thèses régres­sives, l’objectif est de trans­for­mer cette caté­go­rie en simples orga­ni­sa­teurs « des fonc­tions de sur­veillance, de sui­vi de l’absentéisme, d’apprentissage de la civi­li­té et du res­pect de la règle ». La « pers­pec­tive édu­ca­tive » de la cir­cu­laire de 1982 dis­pa­raît des dis­cours domi­nants. Mesure sym­bo­lique, la note Vie sco­laire s’avère un recul majeur en ré-ins­ti­tuant une mesure chif­frée des com­por­te­ments. La déla­tion et la col­la­bo­ra­tion avec les ser­vices répres­sifs de l’État sont aus­si encou­ra­gés.

En paral­lèle, sous l’impulsion de dif­fé­rentes offi­cines et per­son­na­li­tés de la haute admi­nis­tra­tion, une révo­lu­tion cultu­relle libé­rale monte patiem­ment en puis­sance. Les « pro­jets Vie sco­laire » en sont la tra­duc­tion dans nos sec­teurs.

Il s’agit d’un pro­ces­sus fon­dé sur le sché­ma diag­nos­tic- pro­jet-éva­lua­tion, en cohé­rence abso­lue avec la trans­for­ma­tion pré­vue de la nota­tion des per­son­nels et fai­sant sys­tème avec elle. L’inspection recom­mande ain­si la créa­tion d’un « tableau de bord pro­fes­sion­nel » qui per­met­tra d’établir des « bilans et des diag­nos­tics indis­cu­tables » en contra­dic­tion avec la com­plexi­té de l’acte édu­ca­tif.

Nous y voyons des objec­tifs d’augmentation de la pro­duc­ti­vi­té et de sou­mis­sion aux normes sécu­ri­taires notam­ment. L’apparition de nou­velles péni­bi­li­tés psy­cho­lo­giques en rap­port avec l’« éva­lua­tion per­ma­nente », l’intensification du tra­vail, l’accroissement des pres­sions de tous ordres sont aus­si à pré­voir. En cela, ces nou­velles orga­ni­sa­tions veulent enfin contri­buer à faire écla­ter le sys­tème de valeurs édu­ca­tives et la forte struc­tu­ra­tion his­to­rique de notre milieu pro­fes­sion­nel.

Quels modes d’action pour gagner vraiment ?

Des condi­tions pour une lutte vic­to­rieuse…

Le carac­tère régres­sif de la poli­tique sociale et édu­ca­tive du gou­ver­ne­ment est main­te­nant com­pris par beau­coup de per­son­nels de l’éducation.

Pour stop­per cette régres­sion et ame­ner des alter­na­tives, la volon­té de se battre est éga­le­ment lar­ge­ment par­ta­gée, comme le prouvent les mobi­li­sa­tions récentes, avec des taux de grève par­fois his­to­riques, la par­ti­ci­pa­tion mas­sive aux mani­fes­ta­tions, les ini­tia­tives mul­tiples de sen­si­bi­li­sa­tion et d’alerte, le mou­ve­ment de déso­béis­sance qui reçoit un large sou­tien, bien au-delà des per­sonnes qui s’y engagent direc­te­ment…


…mais une absence de stra­té­gie gagnante

Il manque aujourd’hui une stra­té­gie com­mune pour trans­for­mer le rejet de ces poli­tiques et cette volon­té de se battre en rap­port de force per­met­tant de faire plier ce gou­ver­ne­ment, qui n’a que faire de l’expression de notre désac­cord : il est déci­dé à pas­ser en force.

Faute de stra­té­gie gagnante, c’est la rési­gna­tion qui gagne du ter­rain, y com­pris chez celles et ceux qui sont le plus oppo­sé-e‑s aux orien­ta­tions actuelles.

Pour ne pas repro­duire les impasses de ces der­nières années, il faut qu’un débat ouvert et large soit mené par­mi les per­son­nels, à tous les niveaux, et pas uni­que­ment à l’intérieur des syn­di­cats ou de leurs ins­tances.

En ce qui nous concerne, nous ne pré­ten­dons pas avoir de solu­tion miracle. Nous essayons cepen­dant en per­ma­nence de dire quels modes d’action sont à nos yeux sus­cep­tibles d’être réel­le­ment effi­caces. Mais ce qui est remar­quable, c’est l’absence de stra­té­gie lisible de la plu­part des orga­ni­sa­tions syn­di­cales, en par­ti­cu­lier de la part des orga­ni­sa­tions majo­ri­taires.


Débattre sans tabou ni dog­ma­tisme

Parce que nous n’acceptons pas cette absence de stra­té­gie, qui mène tout droit à la rési­gna­tion et à la défaite, nous sou­hai­tons relan­cer ce débat, sans tabou, et sans dog­ma­tisme. Pour nous, de toute façon, c’est à celles et ceux qui luttent de déter­mi­ner com­ment ils/​elles veulent mener leur lutte.

À part les actions stric­te­ment cor­po­ra­tistes, c’est-à-dire quand la défense d’une caté­go­rie de per­son­nel joue contre les inté­rêts d’une autre, qui sont à l’opposé de notre concep­tion du syn­di­ca­lisme, nous refu­sons d’opposer une forme d’action à une autre : tout ce qui construit la lutte est bon à prendre.

Mais pour ne pas s’illusionner, il convient de dis­tin­guer les actions qui par­ti­cipent à la construc­tion d’une mobi­li­sa­tion de celles qui peuvent per­mettre d’imposer des vic­toires sociales.


Faire connaître nos rai­sons de lut­ter et notre force

Les actions média­tiques, de sen­si­bi­li­sa­tion, etc., sont bien enten­du très utiles, parce qu’elles per­mettent de mettre le débat sur la place publique, d’expliquer nos reven­di­ca­tions, de gagner à notre cause une par­tie plus grande de la popu­la­tion. Mais face à un gou­ver­ne­ment de com­bat, qui a déci­dé de pas­ser en force, elles ne peuvent être qu’un élé­ment per­met­tant de construire la mobi­li­sa­tion et de gagner le sou­tien popu­laire : elles ne per­met­tront pas, seules, des vic­toires réelles. Il en va de même des ras­sem­ble­ments et des mani­fes­ta­tions, qui per­mettent de ren­for­cer un mou­ve­ment, de démon­trer notre force col­lec­tive, mais qui ne suf­fisent pas à créer un rap­port de force vic­to­rieux.

Désobéir, résis­ter

Les actions de déso­béis­sance pos­sèdent les avan­tages que nous venons de décrire, mais ont encore d’autres ver­tus. Elles pro­voquent davan­tage le débat. Elles par­ti­cipent à la radi­ca­li­sa­tion de la mobi­li­sa­tion, en per­met­tant d’agir en cohé­rence avec sa conscience. Elles désa­cra­lisent la léga­li­té, au nom de laquelle l’inégalité est ins­ti­tuée en norme. Généralisées, elles peuvent même rendre une poli­tique inap­pli­cable, caduque. C’est pour­quoi SUD, depuis long- temps, appelle à ces actions chaque fois que l’enjeu le jus­ti­fie et sou­tient leur déve­lop­pe­ment.
Cependant, ce mode d’action ne peut se sub­sti­tuer aux autres. S’il faut cher­cher sans cesse à ins­crire cette pra­tique de déso­béis­sance dans des cadres col­lec­tifs et construire une soli­da­ri­té autour des désobeissantEs, elle ren­voie tou­jours à des actes indi­vi­duels, qui exposent les col­lègues à des choix et des situa­tions dif­fi­ciles. Il y a donc de vrais obs­tacles à sa géné­ra­li­sa­tion mas­sive. En outre, nous ne pen­sons pas que ce mode d’action puisse s’appliquer à tous les com­bats. Comment, par exemple, déso­béir à des sup­pres­sions de postes, sinon en refu­sant de tra­vailler dans ces condi­tions, ce qui s’appelle faire grève ? Comment déso­béir au pas­sage au Bac Pro en trois ans ? Comment déso­béir à des fer­me­tures d’options, de classes, d’écoles ? Comment déso­béir pour une aug­men­ta­tion de salaire ? Etc.

La grève et le blo­cage, des armes incon­tour­nables des luttes des salariéEs

Le scep­ti­cisme quant à l’efficacité de la grève gagne du ter­rain chez les col­lègues. ChacunE se rend bien compte que les jour­nées iso­lées de grève et de mani­fes­ta­tion sont inef­fi­caces si elles ne débouchent pas sur la construc­tion d’un vrai rap­port de force.

Comme c’est la seule « stra­té­gie » pro­po­sée par les orga­ni­sa­tions syn­di­cales majo­ri­taires ces der­nières années, on com­prend les réti­cences… Pourtant, l’insistance du Président et de son gou­ver­ne­ment à décon­si­dé­rer la grève devrait nous faire réflé­chir.

Il y a grève et grève…

Les grèves d’une jour­née, sec­teur pro­fes­sion­nel par sec­teur pro­fes­sion­nel (édu­ca­tion, san­té, Poste, trans­ports, etc.) n’ont en elles-mêmes aucune effi­ca­ci­té : elles ne peuvent être prises que comme des élé­ments qui per­mettent de lan­cer une mobi­li­sa­tion, et non comme une stra­té­gie de vic­toire.

La seule grève qui pèse vrai­ment, c’est la grève qui bloque, c’est la grève qui entrave le fonc­tion­ne­ment éco­no­mique et/​ou ins­ti­tu­tion­nel.

Il faut construire la grève géné­rale recon­duc­tible !

Il n’y aura véri­ta­ble­ment de retour­ne­ment majeur du rap­port de force en faveur des salariéEs que par une grève géné­rale recon­duc­tible, qui s’attaque aux pro­fits du patro­nat et des action­naires et au fonc­tion­ne­ment des ins­ti­tu­tions.

Aucun gou­ver­ne­ment ne peut résis­ter long­temps à une grève géné­rale : elle est l’arme prin­ci­pale des salariéEs, qui mani­festent ain­si que ce sont bien eux et elles qui pro­duisent les richesses que quelques-unEs s’accaparent. La simple crainte d’une grève géné­rale amène les gou­ver­ne­ments à des reculs sec­to­riels, pour cas­ser cette dyna­mique.

SUD et Solidaires font de la construc­tion de la grève géné­rale recon­duc­tible leur pre­mière prio­ri­té.

Mais une grève géné­rale recon­duc­tible ne se déclenche pas d’un coup, ni au même rythme dans tous les sec­teurs pro­fes­sion­nels. Si aucun sec­teur ne part dans un mou­ve­ment radi­cal, il n’y a pas de grève géné­rale.

Des vic­toires sec­to­rielles sont pos­sibles, mais il faut s’en don­ner les moyens

Par ailleurs, si notre prio­ri­té est la construc­tion d’un mou­ve­ment inter­pro­fes­sion­nel dans la durée, nous pen­sons que même en son absence, des vic­toires sont pos­sibles, y com­pris dans l’éducation, à condi­tion cepen­dant de s’en don­ner les moyens.

Pour les per­son­nels de l’Éducation natio­nale, 2003 est une année qui compte : une grève longue, des jour­nées, des semaines de salaire per­dues. Cette défaite a lais­sé des traces qui pèsent encore aujourd’hui. L’échec, ses consé­quences, res­tent durs à ava­ler. Les rai­sons de la défaite de 2003 sont mul­tiples : atti­tude pour le moins ambi­guë de cer­taines orga­ni­sa­tions syn­di­cales, absence de réelle géné­ra­li­sa­tion inter­pro­fes­sion­nelle du mou­ve­ment, par­ti­ci­pa­tion à la grève recon­duc­tible trop par­tielle, trop frag­men­tée…

Mais, pour SUD, dans le sec­teur de l’Éducation natio­nale, le refus de tou­cher aux exa­mens a été un fac­teur impor­tant de l’échec et de la situa­tion dégra­dée dans laquelle nous nous trou­vons depuis.

Pour un blo­cage col­lec­tif des centres d’examens

Nous savons que la grève des per­son­nels de l’éducation n’impressionne pas beau­coup le gou­ver­ne­ment s’il sait à l’avance que tout ren­tre­ra dans l’ordre au moment où notre capa­ci­té de blo­cage pour­rait deve­nir réelle et gênante pour le fonc­tion­ne­ment de la machine ins­ti­tu­tion­nelle, c’est-à-dire au moment du pas­sage des exa­mens.

Le blo­cage des exa­mens ne peut consti­tuer un moyen de lutte en soi, mais il doit être affir­mé comme une pers­pec­tive dans le cadre d’une mobi­li­sa­tion radi­cale et de grande ampleur. Il ne peut être envi­sa­gé sans être en lien avec les lycéen-ne‑s et/​ou les étudiantEs.

Le blo­cage col­lec­tif et orga­ni­sé des centres d’examens (et d’abord du bac­ca­lau­réat), nous parait une arme effi­cace que nous vou­lons mettre en débat le plus lar­ge­ment pos­sible.

La ques­tion n’est pas de remettre en cause le bac­ca­lau­réat. Il s’agit de blo­quer des centres où il se passe, le temps que le gou­ver­ne­ment cède face à nos reven­di­ca­tions. Nous pour­rions nous enga­ger à faire pas­ser les exa­mens (éven­tuel­le­ment sous d’autres formes) une fois la lutte ter­mi­née.

Il ne s’agirait pas d’appeler les seulEs correcteurTRICEs à faire la « grève des exa­mens » : ce mode d’action fait repo­ser toute la res­pon­sa­bi­li­té sur des indi­vi­dus iso­lés face aux pres­sions diverses : il est inef­fi­cace.

Ces blo­cages doivent être orga­ni­sés et col­lec­tifs, ils doivent asso­cier l’ensemble des per­son­nels de l’éducation, mais éga­le­ment les usagerEs, les lycéenNEs, les étudiantEs, les parents d’élèves, et plus lar­ge­ment toutes celles et tous ceux qui sou­tiennent ce com­bat.

Ce genre d’action ne se fera pas à froid : il fau­dra que, dans les mois qui pré­cèdent, la pres­sion monte au niveau inter- pro­fes­sion­nel comme dans le sec­teur de l’Éducation, à tra­vers des actions de lutte qui pas­se­ront par des mani­fes­ta­tions avec les usagerEs, des blo­cages divers, et des mou­ve­ments de grève, y com­pris recon­duc­tibles.

Construire la grève

Redisons-le : la lutte des classes ça existe ; une preuve par­mi d’autres, début jan­vier, Sarkozy traite d’irresponsables les gré­vistes qui luttent pour l’emploi … et dans le même temps accorde une ral­longe de 10 mil­liards d’euros aux ban­quiers, ceux-là même qui ont lar­ge­ment par­ti­ci­pé à la crise qu’ils veulent une nou­velle fois faire payer au monde du tra­vail.

Depuis l’élection de Sarkozy à la pré­si­dence de la République, la poli­tique de déré­gle­men­ta­tion sociale du tra­vail s’est accé­lé­rée et avec elle le déman­tè­le­ment des ser­vices publics.

Dans les entre­prises : droit de grève, code du tra­vail, contrat de tra­vail avec licen­cie­ments faci­li­tés, remises en cause des
35 heures, sup­pres­sions mas­sives d’emplois par­tout…

Contre nos droits sociaux et la fonc­tion publique : assu­rance mala­die, accès aux soins pour tous (fran­chises médi­cales, fer­me­ture des hôpi­taux), retraites… remise en cause de tous les ser­vices publics à tra­vers la RGPP. Contre les liber­tés : test ADN, fichage dès 13 ans, fli­cage accru des chô­meurs, expul­sions mas­sives des sans-papiers, péna­li­sa­tion des plus jeunes, répres­sion contre les mili­tants, mise sous tutelle des médias…

Contre ces régres­sions, des luttes existent et il appar­tient à la Fédération SUD édu­ca­tion et à ses syn­di­cats de les ren­for­cer et de tra­vailler à leur conver­gence.

Uniquement dans les der­nières semaines de 2008, on a vu de nom­breuses grèves : Éducation natio­nale, SNCF, Poste, Audiovisuel, ANPE/​ASSEDIC, INSEE, Caisses d’Épargne, Météo France, ONF, AFPA. Il y a aus­si les grèves de travailleurs/​ses Sans-Papiers qui se pour­suivent en Ile-de- France et des mou­ve­ments locaux (com­merce, indus­trie, net­toyage, etc …) pour l’emploi et les salaires se mul­ti­plient dans le sec­teur pri­vé. Les mobi­li­sa­tions lycéennes de décembre
2008 ont arra­ché un pre­mier recul à Darcos sur sa réforme des lycées.

Une res­pon­sa­bi­li­té syn­di­cale par­ti­cu­lière

L’École, comme ate­lier de l’avenir du monde est sans cesse inter­ro­gée, plus par­ti­cu­liè­re­ment encore quand le pré­sent et l’avenir inquiètent. Elle occupe donc une place par­ti­cu­lière au sein du ser­vice public et se trouve en rela­tion quo­ti­dienne avec une grande par­tie de la popu­la­tion. Son ave­nir ne peut donc pas concer­ner que ses seuls sala­riés.

Lorsque l’École publique est atta­quée dans ses fon­de­ments – et c’est cer­tai­ne­ment aujourd’hui le cas – la res­pon­sa­bi­li­té des syn­di­ca­listes est de par­ti­ci­per à la consti­tu­tion d’un large front de défense de la mater­nelle à l’Université et s’adressant à l’ensemble des per­son­nels, des étu­diants, des parents d’élèves, du mou­ve­ment asso­cia­tif et des orga­ni­sa­tions syn­di­cales. Cela passe par la mul­ti­pli­ca­tion d’initiatives de réunions locales pour ren­con­trer les per­son­nels et les parents d’élèves et les étu­diants.

Comme pre­mier employeur du pays, l’Éducation natio­nale est au centre de la tour­mente libé­rale et l’école publique est l’objet des attaques répé­tées de tous les réac­tion­naires : pré­vi­sion de 80 000 sup­pres­sions de postes sur quatre ans, réforme rétro­grade des pro­grammes et mise en concur­rence des écoles dans le pre­mier degré, exter­na­li­sa­tion de la dif­fi­cul­té sco­laire à tous les niveaux, sup­pres­sion du BEP et réduc­tion de la for­ma­tion pour les élèves de Lycée pro­fes­sion­nel, appau­vris­se­ment de l’enseignement et de la for­ma­tion dans le cadre de la réforme des lycées, dis­pa­ri­tion de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle aux métiers de l’enseignement, fra­gi­li­sa­tion des sta­tuts des per­son­nels et pour tous de la mater­nelle à l’université : mise au pas, domi­na­tion hié­rar­chique et divi­sion.

L’unité parce qu’on ne gagne­ra qu’ensemble. Patience

Face à cette entre­prise de démo­li­tion, nous avons affir­mé et écrit, notam­ment lors des élec­tions pro­fes­sion­nelles de décembre 2008, que sur la ques­tion de l’École, per­sonne ne gagne­ra seul, pas même le syn­di­cat majo­ri­taire.

La ques­tion de l’unité reste donc déter­mi­nante pour le pré­sent et l’avenir des luttes, comme l’ont mon­tré les énormes mani­fes­ta­tions du 29 jan­vier qui par­tout en France ont ras­sem­blé les sala­riés de dif­fé­rents sec­teurs et de dif­fé­rentes orga­ni­sa­tions syn­di­cales. « Ensemble, on est plus fort » reste une idée domi­nante pour nombre de sala­riés et nous ne connais­sons pas de vic­toires déter­mi­nantes pour le mou­ve­ment syn­di­cal dans la divi­sion.

Une jour­née de grève et de mani­fes­ta­tions ne sera jamais suf­fi­sante pour faire recu­ler le patro­nat et le gou­ver­ne­ment mais par son ampleur, une grève de 24h peut appe­ler la suite même s’il ne faut pas retom­ber dans la répé­ti­tion des grèves de 24 heures, sec­teur pro­fes­sion­nel par sec­teur pro­fes­sion­nel, grèves qui lassent les plus moti­vés sans convaincre celles et ceux qui le sont moins. Il ne fau­drait cepen­dant pas croire qu’il y a un seul che­min et que seule la radi­ca­li­té fait loi. Seuls ceux qui avancent font le che­min… et il est long.

Nous ne vou­lons pas nous com­plaire dans un syn­di­ca­lisme de témoi­gnage qui s’autoproclamerait déten­teur de la véri­té quand bien même les tra­vailleurs conti­nue­raient de l’ignorer, ne par­ta­ge­raient pas ses mots d’ordre et ses reven­di­ca­tions, ne s’approprieraient pas ses pro­po­si­tions d’actions. Il nous faut com­prendre et ana­ly­ser les évo­lu­tions de notre envi­ron­ne­ment éco­no­mique, poli­tique, social, cultu­rel, éco­lo­gique. Nous devons savoir dis­tin­guer les ten­dances lourdes de l’éphémère, les vagues de fond de l’écume de l’onde. Il nous faut com­prendre et agir en consé­quence, et déci­der d’une stra­té­gie syn­di­cale tenant compte des objec­tifs rete­nus et aus­si de ce que nous sommes réel­le­ment, de nos forces et de nos capa­ci­tés actuelles, encore très limi­tées par rap­port à nos inten­tions.
Pour que l’idée de la grève géné­rale inter­pro­fes­sion­nelle devienne cré­dible pour un maxi­mum de sala­riés, pour affron­ter ce gou­ver­ne­ment, sa poli­tique et ses alliés, comme l’a défi­ni le récent congrès de l’Union syn­di­cale Solidaires, il est indis­pen­sable que cha­cun s’emploie à construire la grève là où il est, tout en favo­ri­sant les ini­tia­tives inter­pro­fes­sion­nelles. Le tra­vail des syn­di­cats SUD édu­ca­tion réside donc dans la construc­tion patiente et réso­lue d’une grève de la mater­nelle à l’université, sou­te­nue par la popu­la­tion et por­teuse d’alter- natives pour les élèves, les étu­diants et les per­son­nels.

Une uni­té au ser­vice des luttes

Nous avons déci­dé à une très large majo­ri­té au Congrès fédé­ral de Clermont-Ferrand en 2006 de ten­ter de nous impli­quer davan­tage dans les pro­ces­sus syn­di­caux uni­taires locaux et plus encore natio­naux dont nous étions tenus à l’écart depuis la créa­tion de la Fédération en 1998.

Trois ans plus tard, nous ne sommes plus dans la situa­tion qui pré­va­lait encore au moment du congrès de Clermont- Ferrand. Notre pré­sence dans les luttes a cer­tai­ne­ment comp­té pour que peu à peu cesse cet ostra­cisme dont nous savions qu’il frei­nait notre inter­ven­tion et notre déve­lop­pe­ment. Ce constat ne suf­fit pas seul à vali­der une orien­ta­tion mais accep­tons là de voir un point posi­tif.

Nous avons donc pu mettre en acte cette orien­ta­tion fédé­rale et par­ti­ci­per encore davan­tage à des col­lec­tifs syn­di­caux uni­taires dans de nom­breux dépar­te­ments et l’exercice n’est pas tou­jours d’une grande sim­pli­ci­té. La Fédération a éga­le­ment été pré­sente dans plu­sieurs inter­syn­di­cales natio­nales fédé­rales ou de sec­teurs. Sommes-nous sor­tis de l’invisible ?

Certainement un peu. Aux der­nières élec­tions pro­fes­sion­nelles ensei­gnantes 28237 per­sonnes ont voté pour une liste SUD édu­ca­tion et cer­tai­ne­ment plus de 30 000 pour nos listes locales dont le nombre a aug­men­té sur­tout dans le pre­mier degré. Tout cela consti­tue déjà un pre­mier témoi­gnage d’une acti­vi­té syn­di­cale plus visible et qui cer­tai­ne­ment aug­mente (pour rap­pel 24 855 voix en 2005, 22 857 en 2002). C’est aus­si une pos­si­bi­li­té pour SUD édu­ca­tion de voir gros­sir ses syn­di­cats.

À l’automne 2008, de nom­breux syn­di­cats SUD édu­ca­tion se sont impli­qués dans les deux actions natio­nales du
19 octobre (80 000 per­sonnes à Paris) et la grève natio­nale du 20 novembre qui a fini par être inter caté­go­rielle après avoir été annon­cée comme ne concer­nant que le pre­mier degré. Notre inter­ven­tion fédé­rale dans les réunions uni­taires (inter­syn­di­cales et Collectif « Un pays, une école, notre ave­nir ») et notre tra­vail dans les inter­syn­di­cales et col­lec­tifs uni­taires dépar­te­men­taux a contri­bué à faire de cette grève une véri­table grève inter caté­go­rielle. Cette grève a été très sui­vie. Nous avons par­ti­ci­pé à des AG sou­vent impor­tantes. Des syn­di­cats SUD édu­ca­tion ont été impli­qués dans quelques recon­duc­tions. Des grèves ont été orga­ni­sées lors de dépla­ce­ments de Sarkozy ou Darcos. Des cam­pagnes de déso­béis­sance se sont déve­lop­pées dans le pre­mier degré dans de nom­breux dépar­te­ments. Le refus des éva­lua­tions CM2 a démar­ré à un bon niveau. La mobi­li­sa­tion contre Base élève se struc­ture et s’étend. La grève recon­duc­tible de décembre dans le pre­mier degré à Paris a été impor­tante. Les grèves lycéennes ont ensuite pro­lon­gé l’élan de l’activité syn­di­cale dans plu­sieurs dépar­te­ments jusqu’à la fin de l’année 2009.

La grève du 29 jan­vier a ras­sem­blé plus de 2 000 000 de mani­fes­tants avec de nom­breux appels à la grève uni­taire dans les sec­teurs pro­fes­sion­nels, y com­pris dans les entre­prises pri­vées. Avec une grosse mobi­li­sa­tion dans l’Éducation natio­nale, la ques­tion sco­laire a tenu toute sa place dans les slo­gans des mani­fes­ta­tions inter­pro­fes­sion­nelles (c’est un détail impor­tant). Nous devons aus­si pro­fi­ter de ces moments pour faire connaître notre vision de la ques­tion sco­laire aux cama­rades des autres syn­di­cats de Solidaires et prendre des ini­tia­tives en ce sens.

Dans cette période de contes­ta­tion de la poli­tique du pou­voir, la répres­sion poli­cière s’est accrue contre les mili­tants et par­ti­cu­liè­re­ment contre les plus jeunes. Il ne faut pas lais­ser ins­tal­ler un cli­mat de stig­ma­ti­sa­tion voire de cri­mi­na­li­sa­tion de l’activité syn­di­cale. C’est aus­si une des tâches du moment que d’organiser la défense des cama­rades et la contes­ta­tion uni­taire de cette poli­tique sécu­ri­taire.

Au moment où nous ter­mi­nons la rédac­tion de ce texte la grève gagne dans les uni­ver­si­tés depuis une semaine et plus len­te­ment dans les IUFM : contre la casse du sta­tut des ensei­gnants cher­cheurs, contre la réforme des concours, contre l’attaque sans pré­cé­dent por­tée à la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle des ensei­gnants, contre la casse des sta­tuts et le déve­lop­pe­ment de l’emploi pré­caire.

L’appel à mani­fes­ta­tions le 19 février « de la mater­nelle au Doctorat » de la coor­di­na­tion natio­nale des uni­ver­si­tés repris par l’intersyndicale du supé­rieur… C’est pas si sou­vent…

Une nou­velle jour­née natio­nale de grève uni­taire inter- pro­fes­sion­nelle le 19 mars, tar­dive mais uni­taire, si per­sonne ne se dégonfle d’ici là.

Pour gagner contre ce gou­ver­ne­ment, même sur la seule ques­tion sco­laire, nous sommes d’accord pour pen­ser (et la Fédération l’a écrit dans les pro­fes­sions de foi des der­nières élec­tions) que nous ne gagne­rons pas seuls. Porter la grève recon­duc­tible à un niveau inter­pro­fes­sion­nel ne peut pas se faire sans des sec­teurs eux-mêmes déjà mobi­li­sés dans la grève. Nous l’avons vu avec l’éducation natio­nale en avance par rap­port aux autres sec­teurs en 2003. Notons que cette avance dans la mobi­li­sa­tion pour les retraites s’appuyait sur les mobi­li­sa­tions contre la décen­tra­li­sa­tion des TOS, contre la sup­pres­sion des MI/​SE et la mise au chô­mage des Emplois jeunes. Il faut donc un milieu hyper mobi­li­sé et dans la grève pour envi­sa­ger la grève inter­pro­fes­sion­nelle.

Le tra­vail des syn­di­cats SUD édu­ca­tion réside donc dans la construc­tion réso­lue d’une grève de la mater­nelle à l’université sou­te­nue par la popu­la­tion et por­teuse d’alternatives pour les élèves, les étu­diants et les per­son­nels car si nous savons que la grève n’est qu’un moyen, elle reste un moyen qui, à l’échelle natio­nale et dans la durée, peut faire recu­ler ce gou­ver­ne­ment si elle va au bout de sa logique de blo­cage du fonc­tion­ne­ment ins­ti­tu­tion­nel et/​ou éco­no­mique. Ce qui sup­pose notam­ment de se pré­pa­rer à aller jusqu’au blo­cage des centres d’examens.

Un fonc­tion­ne­ment natio­nal au ser­vice d’une orien­ta­tion fédé­rale

Quand nous sommes la cin­quième fédé­ra­tion de l’éducation et que nous vou­lons peser pour davan­tage de com­ba­ti­vi­té dans les appels inter­syn­di­caux, dans la for­mu­la­tion des reven­di­ca­tions et pour l’appel expli­cite à une construc­tion de la grève recon­duc­tible, il faut néces­sai­re­ment être modeste sur­tout si notre fonc­tion­ne­ment col­lec­tif actuel ne nous per­met pas d’être pré­sents dans de bonnes condi­tions à cha­cune des réunions uni­taires. Il est cer­tai­ne­ment pré­fé­rable de concen­trer notre acti­vi­té sur l’augmentation de la mobi­li­sa­tion des col­lègues. Cependant pour faire entendre dans les réunions natio­nales les exemples des dépar­te­ments les plus mobi­li­sés, il faut davan­tage de remon­tées des syn­di­cats sur l’état réel des luttes locales. Il faut un fonc­tion­ne­ment qui per­mette une pré­sence infor­mée et régu­lière de la Fédération dans les réunions uni­taires natio­nales. Ce tra­vail de col­lecte des infor­ma­tions, d’échanges avec les syn­di­cats de la Fédération, de pré­pa­ra­tion, de réunions et de comptes ren­dus demande du temps et la concer­ta­tion d’une équipe. Nous avons besoin de davan­tage de coor­di­na­tion et de davan­tage
de cama­rades impli­qués dans des tâches natio­nales pour construire le saut qua­li­ta­tif dont notre fonc­tion­ne­ment fédé­ral a besoin. Cela doit nous mener à une réflexion appro­fon­die sur notre fonc­tion­ne­ment syn­di­cal réel, sur les besoins de for­ma­tion des mili­tants, sur les demandes des syn­di­cats à la Fédération, sur la construc­tion de ceux-ci.

Un fonc­tion­ne­ment fédé­ral n’est pas la seule construc­tion d’un appa­reil logique de prises de déci­sions c’est aus­si la mise en place pra­tique d’une orien­ta­tion défi­nie en congrès. Et c’est peut être d’abord cela. Ce n’est pas à l’orientation de ren­trer dans un fonc­tion­ne­ment mais bien à ce der­nier de ser­vir cette orien­ta­tion, de la faire connaître, de la déve­lop­per, d’échanger avec les adhé­rents et les syn­di­cats et les aider dans leurs inter­ven­tions syn­di­cales.

Analyses et questions stratégiques

epuis le congrès fédé­ral de Clermont-Ferrand de 2006, le contexte éco­no­mique, social, poli­tique, ins­ti­tu­tion­nel et idéo­lo­gique s’est pro­fon­dé­ment modi­fié tant au plan natio­nal qu’au niveau inter­na­tio­nal. Ces chan­ge­ments sou­vent bru­taux ont bou­le­ver­sé les condi­tions pra­tiques de notre inter­ven­tion. Ils ne sau­raient être sans consé­quence sur nos posi­tion­ne­ments.

La crise qui s’est déve­lop­pée depuis août 2007 signi­fie la fin d’une période ouverte dans le cou­rant des années 70 et mar­quée par une offen­sive menée par les classes diri­geantes sur les ter­rains idéo­lo­gique, éco­no­mique, social et poli­tique afin d’imposer une res­tau­ra­tion des pro­fits qu’une ving­taine d’années de régu­la­tion « key­ne­so-for­dienne » avaient contri­bué à éro­der. Prétextant l’impératif abso­lu de com­pé­ti­ti­vi­té, au cours des trente der­nières années, les entre­prises se sont lan­cées dans la pour­suite sys­té­ma­tique de gains de pro­duc­ti­vi­té et une dimi­nu­tion dras­tique du coût du tra­vail. Pour par­ve­nir à leurs fins, les patrons ont géné­ra­li­sé la flexi­bi­li­té et éten­du, autant qu’il était pos­sible, la pré­ca­ri­té des emplois. Dans le même temps, ils ont obte­nu des gou­ver­ne­ments le déman­tè­le­ment par­tiel des droits sociaux et en par­ti­cu­lier du code du tra­vail. Utilisant les salaires comme variable d’ajustement, ils ont restruc­tu­ré les entre­prises pour réduire la masse sala­riale et délo­ca­li­sé les acti­vi­tés de main d’œuvre vers les pays de la péri­phé­rie afin de béné­fi­cier de condi­tions d’exploitation opti­male per­mises par les situa­tions socio-éco­no­miques locales. Dans cette course à la ren­ta­bi­li­té, les taux de ren­de­ment de 10 à 15% sont deve­nus la norme. Ces pro­fits ont, en grande par­tie, contri­bué à ali­men­ter une spi­rale spé­cu­la­tive dont le déve­lop­pe­ment était ren­du pos­sible par la déré­gle­men­ta­tion des mar­chés de capi­taux et la mul­ti­pli­ca­tion d’instruments de pla­ce­ment de plus en plus sophis­ti­qués. La péren­ni­sa­tion du sys­tème exi­geait que soit dépas­sée la contra­dic­tion entre une offre crois­sante de mar­chan­dises et une demande bri­dée par une pro­gres­sion limi­tée des reve­nus du tra­vail. Il fal­lait pour­tant conti­nuer à entre­te­nir le mirage d’une crois­sance sans limite et le pro­chain accès de tous au para­dis de la consom­ma­tion mar­chande. Puisque dans ce par­tage des gains de la valeur ajou­tée les sala­riés étaient les grands per­dants, la contra­dic­tion ne pou­vait être sur­mon­tée qu’au prix d’un endet­te­ment mas­sif des ménages les ren­dant vul­né­rables au moindre retour­ne­ment de conjonc­ture. Lorsque celui-ci s’est pro­duit dans le pays domi­nant, leur insol­va­bi­li­té a pré­cé­dé celle des ins­ti­tu­tions de cré­dit, pro­vo­quant l’une de ces crises de repro­duc­tion du capi­tal qu’hier encore, les éco­no­mistes « sérieux » ou les apo­logues du néo­li­bé­ra­lisme décré­taient mortes et défi­ni­ti­ve­ment enter­rées. S’est alors enclen­chée une dyna­mique dépres­sive comme le capi­ta­lisme n’en avait pas connu depuis les années trente. C’est, dans ce contexte où une crise finan­cière a ser­vi de déclen­cheur à une crise clas­sique de repro­duc­tion du capi­tal que nous allons devoir déployer notre action syn­di­cale.
Le rap­pel de ces quelques bana­li­tés n’est peut-être pas un exer­cice tout à fait inutile. Si nous entrons dans une phase nou­velle mar­quée par l’émergence d’autres condi­tions éco­no­miques, sociales, poli­tiques et idéo­lo­giques, il est néces­saire de bali­ser les ter­rains d’affrontement et de prendre la mesure des enjeux aux­quels nous allons être confron­tés.

Le ter­rain éco­no­mique d’abord. Il n’est pas d’exemple his­to­rique où l’on ne fasse payer la crise aux sala­riés. Ceux du sec­teur pri­vé seront tou­chés en pre­mier lieu, par la fer­me­ture des sites de pro­duc­tion et les licen­cie­ments. Ceux du sec­teur public le seront puisque l’alourdissement de la dette publique, pro­vo­qué par le finan­ce­ment des plans d’aide aux entre­prises (sans contre­par­tie sous forme de pré­lè­ve­ments fis­caux sur les hauts reve­nus), devrait se tra­duire par une cure d’austérité. Déjà dans cer­tains pays, on remet en cause les retraites payées aux fonc­tion­naires.

Le ter­rain social aus­si. La pro­gres­sion de la pau­pé­ri­sa­tion, le ren­for­ce­ment de la pré­ca­ri­té du tra­vail, la raré­fac­tion des créa­tions d’emploi et le chô­mage de masse vont être les carac­tères domi­nants de la période. Les expé­riences his­to­riques pré­cé­dentes montrent que les moments de crise repré­sentent rare­ment une conjonc­ture pro­pice au déve­lop­pe­ment de mou­ve­ments de masse. Une telle situa­tion encou­rage trop sou­vent les replis indi­vi­dua­listes ou les régres­sions iden­ti­taires. On en voit déjà les pre­miers signes ; dans les pays anglo-saxons, des grèves sont lan­cées (et elles trouvent par­fois l’appui de quelques syn­di­cats) pour dénon­cer la « concur­rence » des tra­vailleurs étran­gers. Aux frus­tra­tions nées de l’écart crois­sant entre les pro­messes véhi­cu­lées par l’idéologie de la mar­chan­dise et les réa­li­tés vécues concrè­te­ment doivent s’ajouter les angoisses pro­vo­quées par les pertes d’emploi et la raré­fac­tion des res­sources moné­taires.

Le ter­rain poli­tique ensuite. Le dur­cis­se­ment des rap­ports sociaux et l’aggravation des ten­sions vont inci­ter les gou­ver­ne­ments à ampli­fier les poli­tiques répres­sives qu’ils ont déjà lar­ge­ment enga­gées. Au nom de la lutte anti­ter­ro­riste, les États (la France entre autres) ont orga­ni­sé un dis­po­si­tif légis­la­tif et régle­men­taire qui vise à étouf­fer toutes les formes de contes­ta­tion. Ces ten­ta­tives de mise au pas du mou­ve­ment social se tra­duisent par une mul­ti­pli­ca­tion des opé­ra­tions de basse police, des arres­ta­tions, des juge­ments qui cherchent à inti­mi­der tous ceux qui auraient des vel­léi­tés de résis­ter.

Le ter­rain idéo­lo­gique enfin. La crise a peut-être contri­bué à délé­gi­ti­mer le dis­cours néo­li­bé­ral, elle ne l’a cer­tai­ne­ment pas fait taire. Aujourd’hui, même si les plus féroces défen­seurs de la loi du mar­ché ont pres­te­ment rem­bal­lé leur mar­chan­dise, même si la frac­tion la plus prag­ma­tique du patro­nat est prête à accep­ter la réin­tro­duc­tion de mesures key­né­siennes, à appe­ler à de nou­velles régu­la­tions voire à consen­tir à la socia­li­sa­tion des pertes des ins­ti­tu­tions ban­caires, ils ne sont pas prêts à renon­cer à leurs pro­jets. Exploitant autant que pos­sible un rap­port de forces qui leur est plu­tôt favo­rable, patro­nat et gou­ver­ne­ments vont tout faire pour pous­ser leur avan­tage, en invo­quant les néces­saires sacri­fices à consen­tir pour le bien-être des géné­ra­tions futures. Déjà les médias de la classe domi­nante ont trou­vé la parade idéo­lo­gique aux contes­ta­tions du sys­tème : sus aux spé­cu­la­teurs, mora­li­sons les affaires, au vilain capi­ta­lisme finan­cier oppo­sons le ver­tueux capi­ta­lisme indus­triel créa­teur de richesses… L’avenir serait au « capi­ta­lisme moral », une vieille soupe qu’ils tentent aujourd’hui de res­ser­vir.
C’est dans ce pay­sage que nous allons devoir agir en tant que sala­riés et en tant que tra­vailleurs de l’éducation. Beaucoup dépen­dra de la manière dont à un moment ou à un autre nous sor­ti­rons de la crise.

Allons-nous vers une sor­tie « clas­sique » avec une reprise pro­gres­sive de l’activité éco­no­mique, dans un rap­port de forces favo­rable à un patro­nat cher­chant à recons­ti­tuer ses marges de pro­fit par un ren­for­ce­ment de la flexi­bi­li­té et de la pré­ca­ri­té (en par­ti­cu­lier dans le sec­teur public), par un gri­gno­tage des der­nières miettes du droit social et (au nom du réa­lisme) la mise sous étei­gnoir des reven­di­ca­tions ?

À l’issue d’une période où la pour­suite du pro­fit s’est faite au prix d’un pillage mas­sif des res­sources natu­relles et par une crois­sance sans pré­cé­dent de la socia­li­sa­tion de la pol­lu­tion qui risque de mettre en jeu l’avenir de l’humanité, allons-nous vers une réor­ga­ni­sa­tion bru­tale des rap­ports de pro­duc­tion et un nou­veau régime d’accumulation du capi­tal ?

Dans ce cas peut-on écar­ter tota­le­ment l’hypothèse d’une sor­tie de crise com­pa­rable à celle que connurent cer­tains pays dans les années trente : impo­si­tion d’un régime auto­ri­taire, répres­sion bru­tale des mobi­li­sa­tions sociales et ins­tau­ra­tion de stricts modes de contrôle de la popu­la­tion ? On ima­gine que face à de tels enjeux l’unité des tra­vailleurs au niveau natio­nal (et au niveau inter­na­tio­nal) soit une néces­si­té abso­lue.
Or, de ce point de vue, la situa­tion n’est guère brillante. Depuis les années 80, pre­nant acte des trans­for­ma­tions majeures inter­ve­nues dans la socié­té (mon­dia­li­sa­tion et glo­ba­li­sa­tion du capi­tal, dés­in­dus­tria­li­sa­tion par­tielle et ter­tia­ri­sa­tion des éco­no­mies du centre, délo­ca­li­sa­tion de cer­taines acti­vi­tés vers la péri­phé­rie, des­truc­tion des col­lec­tifs de tra­vail par la flexi­bi­li­té…) les syn­di­cats majo­ri­taires ont fait le choix de se cou­ler pro­gres­si­ve­ment dans les ins­ti­tu­tions de la coges­tion sociale. En France, le mou­ve­ment a été ini­tié dès la fin des années 70 par une CFDT choi­sis­sant la poli­tique de recen­trage. Peu à peu, en essayant de sur­mon­ter leurs contra­dic­tions internes, FO et la CGT (cette der­nière un peu plus labo­rieu­se­ment à cause de son his­toire) sont en train de la rejoindre. Le pro­jet se veut « moderne » et « réa­liste ». Il s’agit de trans­for­mer les orga­ni­sa­tions syn­di­cales en groupes de pres­sion com­bi­nant, dans un même mou­ve­ment dia­lec­tique, lob­bying et par­te­na­riat afin d’obtenir ain­si recon­nais­sance et par­ti­ci­pa­tion à des négo­cia­tions ins­ti­tu­tion­na­li­sées. Dans un contexte géné­ral de désyn­di­ca­li­sa­tion, cette nou­velle forme de syn­di­ca­lisme n’a plus besoin d’adhérents, elle a tout juste à mesu­rer sa légi­ti­mi­té à l’aune des élec­tions pro­fes­sion­nelles.

Dans cette confi­gu­ra­tion, les mobi­li­sa­tions ne se construisent jamais dans une pers­pec­tive d’affrontement, mais comme un petit capi­tal que l’on gère avec pru­dence et par­ci­mo­nie pour ser­vir d’atout et main­te­nir la pres­sion au moment des négo­cia­tions. Celles-ci devant res­ter ins­crites dans un cadre étroit, stric­te­ment déli­mi­té, où les dis­cus­sions ne portent que sur les moda­li­tés d’application de « réformes » déci­dées par les gou­ver­ne­ments mais dont le prin­cipe ne sera jamais mis en débat. Dans cette par­tie où les rôles sont conve­nus, où la bien­séance exige de ne jamais trans­gres­ser les bornes qui ont été fixées, gou­ver­ne­ments et patro­nat savent que quelle que soit l’ampleur d’une mobi­li­sa­tion, ces syn­di­cats res­pec­tables ne choi­si­ront jamais un affron­te­ment direct qui ris­que­rait de remettre en cause leurs quelques avan­tages (sym­bo­liques ou maté­riels) acquis.

Dans ces condi­tions, la situa­tion de crise que nous vivons peut-elle pro­vo­quer une révi­sion stra­té­gique de ce syn­di­ca­lisme-là ? Non. À bien des égards, il est trop tard. Pour les plus avan­cés sur la voie du « par­te­na­riat social » un aggior­na­men­to aus­si bru­tal signi­fie­rait la perte bru­tale des « divi­dendes » que pro­met une par­ti­ci­pa­tion loyale à la coges­tion sociale. Pour les autres, la crainte de l’isolement et de la mar­gi­na­li­sa­tion, la volon­té de main­te­nir l’unité quelle qu’en soit le prix à payer, les inci­te­ront à pour­suivre leur dérive vers une inté­gra­tion de plus en plus pous­sée, celle que, jus­te­ment, réclament patro­nat et gou­ver­ne­ments. Est-ce là le signe d’une tra­hi­son des direc­tions syn­di­cales ? Même pas. Il s’agit plu­tôt d’un choix stra­té­gique cohé­rent et plei­ne­ment assu­mé. Celui d’organisations qui consi­dèrent que la lutte des classes s’est éteinte parce que, aujourd’hui, il n’y aurait plus de classes sociales à pro­pre­ment par­ler et qui se résignent à ce que le capi­ta­lisme soit une sorte de « fin de l’histoire » dont il fau­dra s’accommoder. Pour ceux-là, l’avenir ne s’inscrit plus dans la pers­pec­tive d’une trans­for­ma­tion de la socié­té mais il se des­sine comme une sorte de par­te­na­riat per­ma­nent, « gagnant-gagnant » comme ils disent, dont l’objectif se limite à gom­mer les aspé­ri­tés les plus rugueuses de l’organisation sociale.

Face aux attaques du patro­nat et des gou­ver­ne­ments, l’unité des tra­vailleurs est un impé­ra­tif abso­lu. Elle doit d’abord se construire à la base Nous devons être pré­sents à l’intersyndicale sur nos reven­di­ca­tions propres et savoir la quit­ter si ni nos reven­di­ca­tions, ni nos objec­tifs ne sont pris en compte. Les ques­tions qui res­tent essen­tielles à por­ter sont :
✴ lutte contre la répres­sion et la défense des liber­tés ;
✴ lutte contre la pré­ca­ri­té ;
✴ défense des droits sociaux et en par­ti­cu­lier du droit de grève ;
✴ lutte contre les « réformes » néo­li­bé­rales et pour la défense des ser­vices publics dans un cadre inter caté­go­riel favo­ri­sant la conver­gence des luttes.

La ques­tion de l’unité syn­di­cale avec d’autres orga­ni­sa­tions syn­di­cales se pose quo­ti­dien­ne­ment sur nos lieux de tra­vail ; cette uni­té est sou­hai­table à chaque fois qu’elle est utile, mais notre action syn­di­cale n’en dépend pas.

Palestine

Le som­meil de la rai­son engendre des monstres – Goya

La récente agres­sion contre Gaza a mis en évi­dence l’urgence d’une solu­tion au conflit. Même les obser­va­teurs les plus indul­gents à l’égard de la poli­tique expan­sion­niste israé­lienne ont dû admettre que cette fois-ci, les bornes étaient dépas­sées en matière de mas­sacres de civils et de crimes de guerre en tous genres, voire de crimes contre l’humanité.

Il est appa­ru clai­re­ment que l’objectif affi­ché, en finir avec le Hamas, cachait en réa­li­té la volon­té d’en finir… avec le peuple pales­ti­nien lui-même. Dans le style des « guerres indiennes » des États-Unis du XIXe siècle, ce qui se pro­file à l’horizon, si la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale ne s’y oppose pas, est d’abord d’éliminer le plus pos­sible de Palestinien-ne‑s sous pré­texte de lutte anti-ter­ro­riste, puis d’enfermer les sur­vi­vants dans des sortes de « réserves » – les can­tons – où ils pour­raient cre­ver à petit feu, et en silence.

Il faut arrê­ter au plus vite cette folle et meur­trière fuite en avant de l’État d’Israël. Aucun peuple ne peut fon­der son légi­time droit à l’existence sur l’extermination d’un autre peuple.

Israël, État colo­nial

La contra­dic­tion insur­mon­table qui a mené à l’offensive contre Gaza de fin 2008-début 2009 se trouve dans le pro­jet sio­niste lui-même : celui d’établir un « État juif », et non bina­tio­nal, sur un ter­ri­toire qui n’était pas un désert, et dont le peuple autoch­tone refuse de renon­cer à ses droits natio­naux. Dès sa créa­tion, l’État d’Israël a pro­cé­dé au net­toyage eth­nique connu comme la Naqba, expul­sant 800 000 Palestiniens, soit 80% des habi­tants du ter­ri­toire qu’il s’attribuait à l’époque.

Cette expul­sion mas­sive de 1947 – 49 qui a été au départ de la créa­tion de l’État d’Israël a fait d’une grande par­tie du peuple pales­ti­nien un peuple de réfu­giés. C’est notam­ment le cas d’une part impor­tante de la popu­la­tion gazaouie d’aujourd’hui. Aucune solu­tion défi­ni­tive au conflit ne peut faire l’impasse sur le droit au retour sur leurs terres que réclament les réfu­giés et leurs des­cen­dants.

La même poli­tique s’est pour­sui­vie jusqu’aujourd’hui. Le sem­blant de par­tage du ter­ri­toire ins­tau­ré par les accords d’Oslo avait pour l’État d’Israël la seule fin de ne pas inté­grer la popu­la­tion pales­ti­nienne trop nom­breuse de Cisjordanie et Gaza. Le double but était atteint : pré­ser­ver un État sio­niste pra­ti­que­ment homo­gène, et empê­cher la créa­tion d’un État pales­ti­nien viable au pro­fit d’un pro­tec­to­rat sour­cilleux sur les zones dis­con­ti­nues pré­ten­dues auto­nomes.

Cela rap­pelle l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid, où les ban­tous­tans étaient eux aus­si pré­sen­tés comme des zones « auto­nomes ». Le plan israé­lien consiste de fait à créer un pseu­do-État pales­ti­nien tron­qué, com­po­sé de quatre can­tons sans aucun lien entre eux, trois en Cisjordanie et un à Gaza. En annexant les blocs impor­tants de colo­nies déli­mi­tés par le mur, Israël s’étend sur 85% du pays, lais­sant aux Palestiniens confi­nés dans des enclaves man­quant de tout les 15% de leur terre qui leur res­tent. Avec une telle « solu­tion à deux États », Israël contrôle les fron­tières, les dépla­ce­ments internes et externes des Palestiniens, le « grand » Jérusalem, toutes les res­sources en eau, l’espace aérien, les com­mu­ni­ca­tions et même la poli­tique étran­gère de l’État pales­ti­nien. Un tel ban­tous­tan n’aurait ni sou­ve­rai­ne­té véri­table ni éco­no­mie viable, mais devrait rece­voir tous les réfu­giés pales­ti­niens, trau­ma­ti­sés et appau­vris.

L’État d’Israël s’est for­mé comme un État colo­nial et il en garde toutes les carac­té­ris­tiques.

En Israël comme ailleurs, il y a, cela va de soi, des exploi­teurs et des exploi­tés. Toutefois, on ne peut se conten­ter de s’en remettre aux exploi­tés israé­liens pour faire triom­pher la solu­tion la plus juste au conflit. Le carac­tère colo­nial de l’État d’Israël fausse leur conscience au point de les jeter mas­si­ve­ment dans les bras de leurs exploi­teurs. On avait pu obser­ver le même phé­no­mène en Algérie à la fin de la colo­ni­sa­tion : la grande majo­ri­té des exploi­tés pieds-noirs avait ver­sé du côté de l’OAS fas­ciste et défen­dait les inté­rêts des grands colons, leurs exploi­teurs.

Il faut saluer l’immense cou­rage des mili­tants israé­liens paci­fistes, anti­co­lo­nia­listes et refuz­niks, mais on est aus­si obli­gé de consta­ter leur iso­le­ment dans leur propre pays. Leurs seules forces ne suf­fi­ront pas à arrê­ter le mas­sacre et à résoudre le conflit.

Israël, auxi­liaire de l’impérialisme en par­ti­cu­lier éta­su­nien

La décla­ra­tion Balfour (1917) en faveur de l’établissement en Palestine d’un foyer natio­nal pour le peuple juif était déjà liée à la défense des inté­rêts de l’empire bri­tan­nique : recher­cher le sou­tien des ban­quiers bri­tan­niques et amé­ri­cains de confes­sion juive, contrer la pré­sence fran­çaise au Liban et maî­tri­ser les zones riches en pétrole en pro­té­geant l’accès aux Indes (canal de Suez).

Même si la mémoire du géno­cide juif et des six mil­lions de morts a ins­tal­lé pro­gres­si­ve­ment l’idée que la consti­tu­tion de l’État d’Israël et l’ensemble de ses déci­sions poli­tiques ne sont que la consé­quence logique et la seule réponse pos­sible aux hor­reurs per­pé­trées par les Nazis, ce sont les Palestiniens, pour­tant tota­le­ment étran­gers aux évé­ne­ments tra­giques de la deuxième Guerre Mondiale, qui en ont fait les frais.

Suite au plan de par­tage de la Palestine (1947) et à la décla­ra­tion du 14 mai 1948 qui marque l’annonce offi­cielle de sa nais­sance, le nou­vel État israé­lien a choi­si son camp, celui de la coopé­ra­tion avec les États-Unis. En 1956, lorsque le diri­geant égyp­tien Nasser a natio­na­li­sé le Canal de Suez, Israël a été par­tie pre­nante de l’opération fran­co-bri­tan­nique visant à reprendre le contrôle du Canal. Puis, Israël s’est adap­té pro­gres­si­ve­ment aux chan­ge­ments qui se sont opé­rés dans les rap­ports de force entre puis­sances impé­riales et a fait preuve de son allé­geance à l’impérialisme deve­nu domi­nant : l’impérialisme éta­su­nien. En juin 1967, l’armée israé­lienne a écra­sé, lors de la Guerre des Six jours, les armées arabes et notam­ment celles de deux adver­saires décla­rés des États-Unis, l’Égypte et la Syrie.

Israël a ain­si por­té un coup fatal au natio­na­lisme arabe, qui ne s’est jamais rele­vé de cette défaite. Il a mon­tré son rôle de pré­cieux auxi­liaire régio­nal, s’assurant ain­si du sou­tien qua­si-indé­fec­tible des États-Unis, tout en conqué­rant, entre autres, la Cisjordanie et la Bande de Gaza, ache­vant de la sorte la conquête de l’ensemble de la Palestine. Aujourd’hui sa tâche est de neu­tra­li­ser les deux fac­teurs qui inquiètent le plus les États-Unis dans la région : le peuple pales­ti­nien et la résis­tance liba­naise, notam­ment le Hezbollah. Il est clair que l’Iran est désor­mais dans la ligne de mire.

L’échec d’Oslo et ses consé­quences

On peut tou­jours regret­ter, et c’est notre cas, qu’une orga- nisa­tion confes­sion­nelle comme le Hamas repré­sente aujourd’hui la qua­si-majo­ri­té du peuple pales­ti­nien. Mais on est bien obli­gé de consta­ter que c’est le résul­tat d’un vote (en 2006) dont tous les obser­va­teurs ont sou­li­gné la régu­la­ri­té et la loyau­té. À moins de consi­dé­rer, comme le font le gou­ver­ne­ment des États-Unis et l’Union euro­péenne, que la démo­cra­tie, ça compte seule­ment quand on « vote bien », on ne peut que prendre acte de cette réa­li­té.

Remarquons que la vic­toire élec­to­rale du Hamas a un sens poli­tique, plus que reli­gieux. La cor­rup­tion géné­ra­li­sée dans l’Autorité pales­ti­nienne, dont bien des membres exhibent un luxe inso­lent face à la misère géné­rale, n’y est pas pour rien. D’autre part, le pro­gramme poli­tique défen­du durant la cam­pagne élec­to­rale n’a rien à voir avec le conte­nu de la Charte de 1988. Mais c’est sans doute l’échec de la poli­tique de négo­cia­tion qui a joué le rôle prin­ci­pal. À l’impasse des dis­cus­sions sur les réfu­giés et sur Al Qods-Jérusalem se sont ajou­tées les pra­tiques auto­ri­taires de l’Autorité pales­ti­nienne qui, après s’être oppo­sée à la seconde Intifada, a tout fait pour saper, voire liqui­der, les struc­tures auto-orga­ni­sées. La gauche pales­ti­nienne laïque (FPLP, FDPLP…), qui n’a pas su se situer face à ce pro­ces­sus, s’est elle aus­si trou­vée broyée par cet échec.

Le Hamas, qui alliait le sou­tien maté­riel à la popu­la­tion (hôpi­taux, écoles, aides finan­cières directes) à une cri­tique viru­lente du pro­ces­sus d’Oslo et à l’appel à une pour­suite de la résis­tance est alors appa­ru comme « l’autre voie ».

L’intervention mili­taire israé­lienne dans la Bande de Gaza a encore ren­for­cé la place du Hamas comme acteur prin­ci­pal de la résis­tance et a défi­ni­ti­ve­ment dis­cré­di­té l’Autorité pales­ti­nienne et le Fatah.

La situa­tion de la popu­la­tion

L’isolement de la Bande de Gaza et la frag­men­ta­tion de la Cisjordanie en plu­sieurs dizaines d’entités ter­ri­to­riales sépa­rées les unes des autres par des points de contrôle israé­liens réduisent consi­dé­ra­ble­ment toute acti­vi­té éco­no­mique sociale et poli­tique. Les dif­fi­cul­tés de réunion et de dépla­ce­ment ren­daient déjà par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile l’organisation d’actions coor­don­nées. Le blo­cus de la Bande de Gaza auquel il faut désor­mais ajou­ter la des­truc­tion des infra­struc­tures, accroissent encore les dis­pa­ri­tés ter­ri­to­riales et pèsent lour­de­ment sur les pos­si­bi­li­tés d’organiser une résis­tance uni­fiée sur l’ensemble des ter­ri­toires pales­ti­niens.

L’asphyxie éco­no­mique conduit, bien évi­dem­ment, la qua­si-tota­li­té des habi­tants des ter­ri­toires pales­ti­niens à se pré­oc­cu­per davan­tage de leur sur­vie que de la lutte d’émancipation et encou­rage l’individualisme. Le main­tien de struc­tures col­lec­tives de soli­da­ri­té et de secours est donc un enjeu majeur.

Les tâches pour aujourd’hui

Il y a urgence, on le disait au début, à recon­naître au peuple pales­ti­nien un pays où il puisse vivre dans la paix et la liber­té de s’auto-gouverner.

Cela dit, l’État d’Israël fait tout pour rendre cette solu­tion impos­sible.
Ses exac­tions à l’égard des Palestiniens ne sont pas des « débor­de­ments », mais une poli­tique sciem­ment cal­cu­lée qui, en accu­mu­lant la haine, vise à empê­cher la coexis­tence paci­fique des deux peuples. De nou­veaux motifs de crainte appa­raissent, par exemple, concer­nant le sort des Palestiniens vivant en Israël.

Quoi qu’il en soit, cela ne change guère les tâches urgentes qui sont les nôtres : peser pour que la com­mu­nau­té inter- natio­nale impose à Israël de lais­ser le peuple pales­ti­nien vivre en paix et s’auto-administrer sur les lam­beaux de pays que lui ont lais­sé les accords d’Oslo, ce qui sup­pose bien enten­du l’évacuation de toutes les colo­nies et le déman­tè­le­ment du mur. Ce serait déjà un début. Il semble indis­pen­sable de cal­mer les esprits pour pou­voir envi­sa­ger la solu­tion à long terme. Il est évident qu’il n’y aura pas de sécu­ri­té pour le peuple israé­lien sans sécu­ri­té et recon­nais­sance des droits du peuple pales­ti­nien.

Nous devons lut­ter prio­ri­tai­re­ment pour le retrait total des troupes israé­liennes du ter­ri­toire de Gaza, la levée défi­ni­tive de ce blo­cus, la réou­ver­ture de tous les points de pas­sage entre la bande de Gaza et l’extérieur et le réta­blis­se­ment de la conti­nui­té ter­ri­to­riale avec la Cisjordanie, dont Jérusalem-Est.

Nous devons défendre l’idée de sanc­tions contre l’État israé­lien notam­ment la sus­pen­sion des accords pas­sés dans les domaines com­mer­ciaux, scien­ti­fiques, tech­no­lo­giques, mili­taires et sécu­ri­taires.

Nous devons dans cette optique par­ti­ci­per à la cam­pagne BDS (boy­cott-dés­in­ves­tis­se­ment-sanc­tions), lan­cée en 2005 par la socié­té civile pales­ti­nienne (ONG et autres), et relayée par de nom­breux syn­di­cats anglo-saxons et nor­diques.

Nous devons sou­te­nir les ini­tia­tives récla­mant des pour­suites pour crimes de guerre ou crimes contre l’humanité.

Nous devons sou­te­nir et faire connaître le com­bat du mou­ve­ment israé­lien paci­fiste, anti­co­lo­nia­liste et refuz­nik.

Nous devons éga­le­ment sou­te­nir, en Palestine même, toutes les ini­tia­tives de défense col­lec­tives : asso­cia­tions de femmes, coopé­ra­tives agri­coles, syn­di­cats indé­pen­dants de l’Autorité Palestinienne, comi­tés de familles de pri­son­niers, comi­tés de vil­lage, centres cultu­rels dans les camps de réfu­giés, etc.

Nous devons conti­nuer obs­ti­né­ment à orga­ni­ser l’envoi de mis­sions syn­di­cales en Palestine et en Israël, mal­gré l’obstruction des auto­ri­tés israé­liennes qui ont expul­sé l’an der­nier une de nos cama­rades.

Motions d’actualité

CRA Vincennes

Le 22 Juin 2008, un incen­die avait détruit le centre de réten­tion de Vincennes. La veille, un rete­nu tuni­sien y était mort dans des cir­cons­tances encore non élu­ci­dées. La marche silen­cieuse orga­ni­sée par les rete­nus à la suite de ce décès avait été for­te­ment répri­mée, déclen­chant une révolte col­lec­tive au cours de laquelle le centre a brû­lé.

Depuis l’incendie, l’État a mul­ti­plié les arres­ta­tions de rete­nus pré­sents ce jour-là, dans le sou­ci évident de faire des exemples et de dis­sua­der les gestes de révolte. Huit per­sonnes sont à ce jour pour­sui­vies pour « des­truc­tion de biens par l’effet d’incendie et vio­lence à agent de la force publique avec une inca­pa­ci­té totale de moins de cinq jours en réunion » et risquent jusqu’à dix ans de pri­son. Sept incul­pés ont déjà pas­sé près de huit mois en déten­tion pré­ven­tive, se voyant régu­liè­re­ment refu­ser leurs demandes de mise en liber­té. Depuis le mois de mars, quatre d’entre eux ont pu sor­tir de pri­son en attente du pro­cès (l’un d’eux étant hos­pi­ta­li­sé dans un état grave suite au coma pro­vo­qué par une agres­sion dans sa cel­lule). Mais l’acharnement conti­nue contre Ali Diallo, Mahamadou Dramé et Moïse Diakité qui res­tent incar­cé­rés à Fleury, les appels dépo­sés par leurs avo­cats étant sys­té­ma­ti­que­ment reje­tés par le juge. Ils auront le mois pro­chain pas­sé plus de dix mois empri­son­nés. SUD édu­ca­tion réclame leur libé­ra­tion et exprime à tous et à cha­cun son entière soli­da­ri­té et son sou­tien.

Ce n’était ni la pre­mière ni la der­nière révolte dans les centres de réten­tion, qu’il faut nom­mer pour ce qu’ils sont
 : des pri­sons spé­ciales où sont enfer­més hommes, femmes et enfants pour la seule rai­son qu’ils ne pos­sèdent pas de papiers admi­nis­tra­tifs les auto­ri­sant à séjour­ner en France. Grèves de la faim, refus de comp­tage, départ de feu, ten­ta­tives de sui­cide ou d’évasion… les actes indi­vi­duels ou col­lec­tifs de déses­poir et de révolte dans les Centres de Rétention Administrative (CRA) sont de plus en plus fré­quents ces der­niers mois en France (Nantes, Mesnil-Amelot, Bordeaux, Toulouse…) comme dans le reste de l’Europe (Lampedusa en Italie, Steenokkerzeel en Belgique…) où sévit la même poli­tique. Ces actes de révolte per­sis­te­ront, non pas parce que ces rete­nus sont des cri­mi­nels, des délin­quants ou des pyro­manes, mais parce qu’ils sont des êtres humains – pas des numé­ros d’étrangers – et parce que l’existence même de ces centres est révol­tante.

La réponse de l’État fran­çais à l’incendie du 22 juin c’est l’acharnement judi­ciaire contre les incul­pés et la recons­truc­tion du 1er des trois centres de réten­tion sur les cendres de celui-là même qui a brû­lé.

SUD édu­ca­tion condamne la bru­ta­li­té et le cynisme qui carac­té­risent la poli­tique de l’immigration actuelle et réclame la libé­ra­tion immé­diate des 3 incul­pés encore en déten­tion pré­ven­tive, l’arrêt des pour­suites contre cha­cun des huit incul­pés pour l’incendie du 22 juin, leur régu­la­ri­sa­tion et la fer­me­ture des centres de réten­tion.

Réactivation d’une commission fédérale femmes

On assiste à un retour à des valeurs tra­di­tion­nelles remet­tant en cause notam­ment les droits des femmes : cer­tains droits dure­ment acquis ne sont pas res­pec­tés (I.V.G.), arrêt du rat­tra­page sala­rial, retour d’un machisme décom­plexé, pla­fond de verre pour les femmes pour l’accès aux postes clés qu’ils soient poli­tiques ou éco­no­miques, retour en force d’une concep­tion des femmes archaïque (ont-elles une âme ?)…

Notre syn­di­cat s’affichant par ses sta­tuts comme fémi­niste, il nous semble néces­saire de réac­ti­ver une com­mis­sion fédé­rale femmes avec un temps de décharge : le tra­vail est immense et urgent. Ceci afin de pro­duire une réflexion et des textes dans ce domaine. Cela per­met­trait aus­si de par­ti­ci­per à la com­mis­sion femmes de Solidaires et à la marche mon­diale des femmes de 2010 par exemple. Plusieurs pistes pour­raient être envi­sa­gées :

repro­duc­tion du sexisme à l’école,
1. dis­cri­mi­na­tion sexiste dans les manuels sco­laires (cf. texte de la Haute Normandie).
2. atti­tudes sexistes dans la classe (prise de paroles, appré­cia­tions…).
3. orien­ta­tion des élèves.

sexisme et syn­di­cat,

sexisme et monde du tra­vail,
… la liste n’est pas exhaus­tive.

Formation des enseignants

Réunie en congrès à Cherbourg le 7 mai 2009, la Fédération SUD édu­ca­tion réaf­firme son oppo­si­tion au décret des ministres
Darcos et Pécresse sur la for­ma­tion des ensei­gnants. Ce décret orga­nise un tri social par l’allongement à 5 ans (au lieu de
4) de la durée des études non rému­né­rées avant le recru­te­ment (et la sup­pres­sion d’une année sala­riée don­nant lieu à coti­sa­tions sociales).

La poli­tique des ministres géné­ra­lise la pré­ca­ri­té des per­son­nels ! Les titu­laires d’un mas­ter non reçus aux concours seront les pre­miers recru­tés par l’Agence natio­nale des Remplacements.
SUD édu­ca­tion exige le retrait des décrets.

Directrices-directeurs sanctionnéEs

Plusieurs direc­trices-direc­teurs sont menacéEs d’être démisEs de leurs fonc­tions de direc­tion UNIQUEMENT parce qu’elles-ils refusent de ficher leurs élèves dans Base Élèves. Ces sanc­tions pour l’exemple seraient par­ti­cu­liè­re­ment graves et sûre­ment uniques au regard des reproches faits. La com­pé­tence de ces col­lègues n’est nul­le­ment remise en cause et réduire la fonc­tion d’une directrice‑d’un direc­teur à la seule acti­vi­té de ren­sei­gner BE1d, qui pose de nom­breuses ques­tions éthiques, n’est pas accep­table.

Le Congrès de la Fédération des syn­di­cats SUD édu­ca­tion ne sau­rait lais­ser sanc­tion­ner des col­lègues qui ne font qu’exercer leur vigi­lance de citoyens.

Le Congrès de la Fédération des syn­di­cats SUD édu­ca­tion entend s’opposer à cette injus­tice et leur appor­te­ra son sou­tien moral, juri­dique et finan­cier (par le biais de la caisse de soli­da­ri­té).

Soutien aux enseignantEs résistantEs

Depuis la ren­trée 2008 des enseignantEs du pri­maire sont entréEs en résis­tance par la voie du refus d’obéissance aux mul­tiples réformes visant au déman­tè­le­ment du ser­vice public d’éducation.

À Marseille, à Toulouse, à Montpellier, à Paris, à Grenoble, à Créteil… les pres­sions de toutes sortes contre les enseignantEs résistantEs s’intensifient et les sanc­tions à leur encontre ne cessent de pleu­voir.

Les ins­pec­tions aca­dé­miques s’enferment dans une répres­sion dis­pro­por­tion­née visant à faire entrer dans le rang les enseignantEs qui refusent de se rendre com­plices en appli­quant les dis­po­si­tifs qui remettent en cause le sens pro­fond de leur mis­sion.

SUD édu­ca­tion demande la prise en compte des reven­di­ca­tions sui­vantes :
arrêt des sup­pres­sions mas­sives de postes et réta­blis­se­ment des postes sup­pri­més
réta­blis­se­ment des postes RASED
main­tien de la spé­ci­fi­ci­té de l’école mater­nelle et retrait du pro­jet de jar­din d’éveil
main­tien des IUFM
aban­don défi­ni­tif du pro­jet des EPEP
retrait du pro­jet de créa­tion d’une agence natio­nale du rem­pla­ce­ment
retrait du fichier Base-élèves
abro­ga­tion du décret sur l’aide per­son­na­li­sée
res­pect du rythme de vie des enfants
res­pect du droit syn­di­cal
retrait de la loi obli­geant les enseignantEs du pri­maire à se décla­rer préa­la­ble­ment gré­vistes ; retrait de la loi sur le ser­vice mini­mum d’accueil
C’est à dire le retrait de toutes les mesures qui sont la mise en appli­ca­tion de l’AGCS et des accords de Bologne (1999).

Le congrès de la Fédération des syn­di­cats SUD édu­ca­tion exprime son sou­tien réso­lu au mou­ve­ment des enseignantEs résistantEs.

Le congrès de la Fédération des syn­di­cats SUD édu­ca­tion s’insurge contre la dérive sécu­ri­taire et répres­sive du sys­tème édu­ca­tif et demande la levée de toute sanc­tion à l’égard de ces enseignantEs.

Supérieur : poursuivre la lutte

Une lutte exem­plaire

Le gou­ver­ne­ment est confron­té à une contes­ta­tion glo­bale de tous ses pro­jets tou­chant à l’enseignement supé­rieur et à la recherche de la part des per­son­nels, syn­di­qués et non-syn­di­qués, des asso­cia­tions pro­fes­sion­nelles, et d’un cer­tain nombre d’organisations syn­di­cales.
Le gou­ver­ne­ment a atta­qué sur tous les fronts : enseignantEs-chercheurEs, bourses des étu­diants, sta­tut des doctorantEs, for­ma­tion des enseignantEs, réforme des concours, sup­pres­sions de postes, primes au mérite modu­lables pour les BIATOSS, dimi­nu­tion des bud­gets, dis­lo­ca­tion des orga­nismes de recherche type CNRS,… Ces réformes s’inscrivent dans une logique libé­rale de ges­tion concur­ren­tielle et anti-éga­li­taire du sys­tème édu­ca­tif et de mar­chan­di­sa­tion du savoir, de la mater­nelle à l’université. Au delà de l’éducation, la même logique est à l’œuvre dans toutes les fonc­tions publiques : hôpi­tal, jus­tice…

La lutte qui s’est déve­lop­pée depuis six mois est exem­plaire par son carac­tère inter­ca­té­go­riel unis­sant dès l’origine enseignantEs-chercheurEs, enseignantEs, chercheurEs et BIATOSS, avec les étudiantEs ; par son désir de s’étendre aux autres niveaux du monde édu­ca­tif (pri­maire et secon­daire) et de faire le lien avec les parents d’élèves ; par la recon­nais­sance des coor­di­na­tions natio­nales par les orga­ni­sa­tions syn­di­cales, bien que cer­tains syn­di­cats aient accep­té de négo­cier avec le gou­ver­ne­ment au mépris des déci­sions des­dites coor­di­na­tions.

D’autre part, cette lutte est pas­sée de reven­di­ca­tions sec­to­rielles à des reven­di­ca­tions uni­fiantes, puis à une approche plus poli­tique condui­sant rapi­de­ment les coor­di­na­tions à deman­der l’abrogation de la loi dite « rela­tive aux liber­tés et res­pon­sa­bi­li­tés des Universités » (LRU) qui date pour­tant de plus d’un an (10 août 2007).

Des manœuvres du pou­voir

Face à l’ampleur de ce mou­ve­ment, le gou­ver­ne­ment a feint d’abord de recu­ler (effets d’annonces, réécri­tures trom­peuses, pseu­do mora­toires) pour divi­ser le front uni de contes­ta­tion et a fina­le­ment oppo­sé une fin de non rece­voir aux reven­di­ca­tions telles qu’elles sont expri­mées par le mou­ve­ment, en jouant sur le chan­tage de l’invalidation des exa­mens.

Les médias, à la botte du pou­voir, ont fil­tré et défor­mé l’information. Ils ont pré­sen­té le mou­ve­ment comme une contes­ta­tion caté­go­rielle éma­nant des seulEs enseignantEs- chercheurEs supposéEs ne reven­di­quer que la sup­pres­sion du décret por­tant réforme de leur sta­tut ; puis dans un deuxième temps, ils ont évo­qué le refus d’une réforme des concours pré­sen­tée comme fac­teur de pro­grès ; actuel­le­ment, ils se font le relais des menaces minis­té­rielles concer­nant la vali­da­tion des exa­mens.

Nous devons mettre en place des stra­té­gies pour résis­ter à ce type de chan­tage hié­rar­chique et média­tique.

Le pou­voir et ses relais, en par­ti­cu­lier un cer­tain nombre de présidentEs d’université, ont éga­le­ment recou­ru à des mas­ca­rades pénales pour condam­ner des étudiantEs et per­son­nels mobi­li­sés, ain­si qu’à de vio­lentes inter­ven­tions poli­cières pour ten­ter de mettre fin par la force à un mou­ve­ment actif et pro­fond qu’ils veulent igno­rer.

Nous dénon­çons cette vio­lence ins­ti­tu­tion­nelle qui cri­mi­na­lise les mou­ve­ments reven­di­ca­tifs dans chaque sec­teur de la socié­té.

Nous nous bat­tons pour :
le rejet pur et simple de l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) et des accords de Bologne dans le cadre des­quels se déroule l’ensemble des réformes actuelles,
l’abrogation de la LRU et ses consé­quences : décret sur le sta­tut des enseignantEs-chercheurEs, contrat doc­to­ral unique, prin­cipes de dota­tion bud­gé­taires (sys­tème SYMPA)…, du pacte pour la recherche, et l’ouverture de négo­cia­tions pour une autre loi,
l’abrogation de la Loi orga­nique rela­tive aux lois de finances (LOLF) et de la loi de Révision géné­rale des poli­tiques publiques (RGPP),

le retrait de la réforme dite de « mas­té­ri­sa­tion des concours d’enseignement ». Cette réforme signi­fie pour les étudiantEs futurEs enseignantEs un allon­ge­ment coû­teux des études (fac­teur de sélec­tion sociale et de dis­cri­mi­na­tion), la dis­pa­ri­tion de la for­ma­tion rému­né­rée, et la perte du sta­tut de fonc­tion­naire d’État pour les futurEs enseignantEs des pre­mier et second degrés. Nous nous pro­non­çons pour un recru­te­ment natio­nal au niveau d’études actuel, avec la recon­nais­sance au niveau mas­ter des deux années de pré­pa- ration et de stage,
l’abrogation du décret sur l’annualisation du temps de tra­vail des per­son­nels BIATOSS, de même que nous refu­sons l’annualisation du temps de tra­vail des per­son­nels TOS décen­tra­li­sés dans les col­lèges et les lycées ; la sup­pres­sion de l’Aménagement de la réduc­tion du temps de tra­vail (ARTT),
l’arrêt du déman­tè­le­ment des orga­nismes publics de recherche, dont le rôle d’opérateur de recherche doit être fer­me­ment défen­du,
le réta­blis­se­ment des postes sup­pri­més en 2009 et la mise en place d’un plan plu­ri­an­nuel de créa­tion d’emplois sta­tu­taires concer­nant l’ensemble de la com­mu­nau­té uni­ver­si­taire, ain­si que la résorp­tion de la pré­ca­ri­té,
l’augmentation géné­rale des salaires des per­son­nels non ensei­gnants, la fin des primes au mérite et leur inté­gra­tion dans le salaire,
le refus de l’évaluation indi­vi­dua­li­sée de tous les per­son­nels,
l’instauration d’un salaire mini­mum étu­diant, l’arrêt du déman­tè­le­ment du CROUS, le refus de l’augmentation pré­vi­sible des frais d’inscription, confor­mé­ment aux reven- dica­tions des étudiantEs
le retrait de l’accord Kouchner/​Vatican qui ouvre la voie à la déli­vrance de diplômes uni­ver­si­taires par le pri­vé (en par­ti­cu­lier confes­sion­nel)
un ser­vice public d’État d’enseignement supé­rieur et de recherche. Nous recon­nais­sons les coor­di­na­tions natio­nales issues des coor­di­na­tions locales et des assem­blées géné­rales de per­son­nels et d’étudiantEs, ain­si que leurs reven­di­ca­tions actuelles.

En consé­quence, nous appe­lons l’ensemble des per­son­nels à se joindre au blo­cage des bâti­ments uni­ver­si­taires et à toutes les mani­fes­ta­tions et actions pro­po­sées par les Coordinations natio­nales de l’Éducation, Coordinations natio­nales des Universités et dif­fé­rentes AG locales.

Nous appe­lons l’ensemble des per­son­nels à trou­ver les dif­fé­rentes moda­li­tés de vali­da­tion du semestre per­met­tant à toutes et tous de pas­ser dans le diplôme et/​ou l’année supé­rieure et de conti­nuer et d’amplifier la lutte.

Nous appe­lons à ren­for­cer l’unité, afin de por­ter à l’intérieur de nos champs de lutte et de syn­di­ca­li­sa­tion un pro­jet alter­na­tif et démo­cra­tique indis­so­ciable d’un sta­tut de fonc­tion­naire d’État pro­té­geant tous les per­son­nels.
Pour mener à bien ce com­bat, voué à s’inscrire dans le long terme, la conver­gence des luttes est néces­saire, non seule­ment au sein du sys­tème édu­ca­tif natio­nal, mais encore avec les luttes appe­lées à se déve­lop­per dans les sec­teurs public et pri­vé, ain­si qu’au plan inter­na­tio­nal, où la mon­dia­li­sa­tion ultra­li­bé­rale génère des pro­ces­sus iden­tiques. Ces luttes doivent se mener dans la pers­pec­tive de la construc­tion de la grève géné­rale, avec les orga­ni­sa­tions syn­di­cales, au sein des assem­blées géné­rales de per­son­nels, syn­di­qués comme non syn­di­qués, dans les coor­di­na­tions et col­lec­tifs natio­naux et locaux, dans chaque sec­teur comme au niveau inter- pro­fes­sion­nel public-pri­vé.

Remise en cause du droit de grève

La Fédération des syn­di­cats SUD édu­ca­tion réaf­firme son oppo­si­tion aux atteintes aux droit de grève que consti­tuent l’obligation de négo­cia­tions préa­lables (13 jours de délai impo­sé), la décla­ra­tion obli­ga­toire d’intention de grève (48h à l’avance) et l’instauration du Service Minimun d’Accueil (SMA).

Cette remise en cause du droit de grève de tous les ensei­gnants du pre­mier degré pré­fi­gure de fait une géné­ra­li­sa­tion à tous les per­son­nels de l’éducation.

La Fédération des syn­di­cats SUD édu­ca­tion, lors de son congrès de Cherbourg, décide du lan­ce­ment d’une cam­pagne d’information de l’ensemble des per­son­nels en vue d’aboutir à une mobi­li­sa­tion forte : il s’agit d’exiger le retrait pur et simple du dis­po­si­tif SMA et de ses coro­laires, la décla­ra­tion d’intention de faire grève et l’obligation de négo­cia­tions préa­lables.

Les syn­di­cats sont invi­tés à mutua­li­ser les infor­ma­tions concer­nant la mise en œuvre de cette pro­cé­dure par leur admi­nis­tra­tion locale, les répres­sions contre les per­son­nels et les ripostes syn­di­cales envi­sa­gées.

À l’heure actuelle, les per­son­nels du pre­mier degré ne sont plus cou­verts par les pré­avis dépo­sés régu­liè­re­ment par la
Fédération. Ils n’ont plus le droit de se mettre en grève sur le champ dans le cadre de ce dis­po­si­tif. Quelles réponses don­nons-nous au niveau fédé­ral et local ?
Notre Fédération doit débattre de cette ques­tion lors du pro­chain CF sur la base de pro­po­si­tions faites par des syn­di­cats.

Immigration Sans-papiers

La poli­tique de la France en matière de migra­tions est en par­fait accord avec celle déci­dée au niveau de l’Europe, qui se trans­forme en une véri­table for­te­resse et met en œuvre des moyens déme­su­rés pour empê­cher l’accès à son ter­ri­toire et expul­ser les sans-papiers. Le carac­tère essen­tiel­le­ment sécu­ri­taire du trai­te­ment des flux migra­toires entraîne des mil­liers de morts, et les choix éco­no­miques mis en œuvre main­tiennent le conti­nent afri­cain en marge du déve­lop­pe­ment. Les accords bila­té­raux entre la France et les pays tra­di­tion­nel­le­ment four­nis­seurs de main d’œuvre les placent dans l’obligation de répri­mer eux-mêmes les flux migra­toires en direc­tion de la France en échange de maigres sub­sides. Les camps de réten­tion, où sont entas­sés les migrants, se mul­ti­plient aux portes de l’Europe (Mauritanie, Lybie, etc.)

Voulue par Sarkozy, mise en place par le gou­ver­ne­ment Fillon et menée sale­ment, hier par Hortefeux « sans état d’âme », aujourd’hui par Besson éga­le­ment « sans état d’âme », c’est de la xéno­pho­bie d’État. Une poli­tique indigne qui, en stig­ma­ti­sant l’étranger, incite au racisme et au com­mu­nau­ta­risme.

En France, comme dans toute l’Europe, des femmes, des hommes et des enfants vivent dans la peur quo­ti­dienne d’être arrê­tés, puis enfer­més dans un centre de réten­tion avant d’être expul­sés, sim­ple­ment pour un défaut de papier.

Les luttes, dans les entre­prises, des tra­vailleurs sans-papiers, qui se sont mul­ti­pliées depuis un an ont don­né à la fois un nou­vel éclai­rage et un nou­veau souffle dans le com­bat pour la régu­la­ri­sa­tion des sans-papiers.

Aux valeurs huma­nistes de l’application des Droits de l’Homme se sont ajou­tées les valeurs de soli­da­ri­té ouvrière, de lutte de classe : il s’agit bien de défendre l’égalité des droits de tous les tra­vailleurs. Loin de s’opposer, ces deux concep­tions sont com­plé­men­taires.

Le pro­jet du gou­ver­ne­ment est de faire bas­cu­ler l’immigration fami­liale vers une immi­gra­tion pro­fes­sion­nelle. Cette poli­tique de « l’immigration choi­sie » bou­le­verse les stra­té­gies des luttes pour la régu­la­ri­sa­tion. L’empilement des cir­cu­laires minis­té­rielles, au gré de l’actualité, per­met à l’administration des déci­sions d’une opa­ci­té et d’un arbi­traire débri­dé.

Le gou­ver­ne­ment n’ignore pas que les sans-papiers tra­vaillent pour sur­vivre. Ils sont des mil­liers dans la res­tau­ra­tion, l’hôtellerie, l’agriculture, le bâti­ment, l’aide à la per­sonne, le gar­dien­nage… Leurs condi­tions d’exploitation tirent l’ensemble des salaires et des droits sociaux de ces sec­teurs vers le bas. Les auto­ri­sa­tions de tra­vail sont sou­mises au bon vou­loir du pré­fet sur la base d’une liste des métiers très réduite et qui dépend de l’origine du deman­deur. Travailleurs illé­gaux, dans une totale dépen­dance vis à vis de leurs patrons, ils sont confron­tés à la pré­ca­ri­té, la sur­ex­ploi­ta­tion et le non-droit. La poli­tique du gou­ver­ne­ment s’inscrit dans une pers­pec­tive uti­li­ta­riste. N’est accep­table que l’étranger per­çu comme ren­table pour l ’éco­no­mie fran­çaise. Cette logique s’inscrit dans la logique libé­rale qui tend à impo­ser flexi­bi­li­té et pré­ca­ri­té à l’ensemble du sala­riat.

Laisser per­du­rer les inéga­li­tés entre tra­vailleurs, c’est affai­blir l’ensemble du monde du tra­vail.

Pour impo­ser sa poli­tique xéno­phobe, le gou­ver­ne­ment tente d’enrôler les agents des ser­vices publics (Inspection du tra­vail, Assedic, ANPE, Sécurité sociale, tra­vailleurs sociaux, Éducation natio­nale, La Poste.…) dans le contrôle poli­cier des étran­gers.

Nous nous enga­geons col­lec­ti­ve­ment à faire de la lutte des tra­vailleurs sans-papiers pour leur régu­la­ri­sa­tion l’une de nos prio­ri­tés, afin d’y jouer un rôle moteur, d’intervenir dans un sens anti-uti­li­ta­riste et pour l’égalité au tra­vail.

Dans l’unité, il faut mettre notre syn­di­ca­lisme au ser­vice du ren­for­ce­ment de ces luttes dans chaque dépar­te­ment :
Les syn­di­cats SUD édu­ca­tion se don­ne­ront les moyens de ren­for­cer les équipes locales inves­ties sur cet enjeu, en déga­geant du temps et des mili­tants, par le biais de décharges syn­di­cales par exemple.
SUD édu­ca­tion favo­ri­se­ra la créa­tion de per­ma­nences inter­pro­fes­sion­nelles « tra­vailleurs sans-papiers » par­tout où cela est pos­sible avec les syn­di­cats Solidaires locaux, avec d’autres orga­ni­sa­tions syn­di­cales, en lien avec les asso­cia­tions de défense des immi­grés, les Collectifs de sans-papiers, les réseaux locaux.
les syn­di­cats SUD édu­ca­tion inci­te­ront et par­ti­ci­pe­ront à une coor­di­na­tion hori­zon­tale entre les RESF locaux, les asso­cia­tions de défense des sans-papiers et les orga­ni­sa­tions syn­di­cales inves­ties dans ce domaine pour éta­blir une réelle col­la­bo­ra­tion, échan­ger infor­ma­tions et stra­té­gies, et faire front com­mun face aux pré­fec­tures et aux minis­tères.

Le sou­tien à la lutte des sans-papiers est la garan­tie d’un ren­for­ce­ment de la capa­ci­té de lutte de l’ensemble des tra­vailleurs.

Nous exi­geons :
La liber­té de cir­cu­la­tion et d’installation,
La régu­la­ri­sa­tion de tous les sans-papiers,
L’arrêt immé­diat des expul­sions,
La libé­ra­tion de toutes les per­sonnes empri­son­nées pour défaut de papiers,
La fer­me­ture des centres de réten­tion,
Un véri­table droit d’asile,
L’abolition de la double peine,
Le res­pect de l’état de droit et la fin des mesures répres­sives d’exception en France Outre-mer,
La sup­pres­sion du délit de soli­da­ri­té à l’encontre des per- sonnes et orga­ni­sa­tion soli­daires des sans-papiers.