Déclaration au CSE du 1er avril

Le Conseil supérieur de l'éducation s'est réuni le 1er avril afin d'étudier les deux derniers textes issus des annonces "choc des savoirs" de Gabriel Attal de décembre 2023 : la création d'une épreuve anticipée de mathématiques en fin de première et le parcours renforcé en seconde. Le parcours renforcé en seconde met un terme aux classes prépa-seconde et à la volonté de faire du DNB un examen d'entrée au lycée. De même SUD éducation s'est opposé à la création d'une épreuve anticipée de mathématiques.

Ci-dessous la déclaration liminaire de SUD éducation

 

Entre les réformes du lycée, du bac et le “choc des savoirs”, le ministère ne s’en sort pas avec les réformes imposées par les anciens ministres.
La disparition des mathématiques dans le tronc commun de la voie générale avait conduit à réduire considérablement la part des filles qui choisissent la spécialité maths. Suite aux alertes des organisations syndicales, le ministère a choisi de réintroduire les mathématiques non pas à travers un programme commun pour tou·tes les élèves de la voie générale, mais par la création d’une heure et demi de mathématiques pour les élèves qui n’ont pas choisi l’option mathématiques, uniquement en première. À titre de comparaison, les élèves des filières technologiques non scientifiques bénéficient de 4 fois plus de mathématiques, à raison de trois heures hebdomadaires en première comme en terminale. Ce bricolage ministériel ne résout pas les difficultés : le manque d’enseignant·es de mathématiques pour assurer plus d’heures, le manque d’heures pour enseigner en effectif réduit, le choix social et genré de la spécialité mathématiques…

Le ministère souhaite à présent créer une épreuve anticipée de mathématiques à la fin de la classe de première. SUD éducation porte le retour à des épreuves terminales, néanmoins dans le contexte actuel du lycée post-réforme Blanquer, la création d’une nouvelle épreuve ne répond pas à cette revendication. Les professeur·es de mathématiques sont unanimement opposé·es à la création d’une nouvelle épreuve de mathématiques au baccalauréat. Elles et ils font état d’une très forte dégradation des conditions d’étude des élèves soumis·es à une forte anxiété avec Parcoursup’ et la double évaluation avec le contrôle continu et les épreuves terminales. Le temps de l’apprentissage est subordonné à la pression de l’évaluation constante en mathématiques comme dans les autres disciplines du lycée.
Or le lycée devrait permettre de conduire l’ensemble d’une classe d’âge jusqu’au baccalauréat en garantissant à la fois la poursuite d’études dans le supérieur et la construction d’un savoir émancipateur permettant l’exercice d’une citoyenneté éclairée. On est loin du lycée d’aujourd’hui.

Alors que nous préparons activement la rentrée 2025, la question de l’éducation prioritaire se pose de nouveau : la carte doit être mise à jour avec la réintégration des lycées.
Nous sommes, à SUD éducation, particulièrement inquiet de l’état de l’éducation prioritaire et de la concurrence entre l’école publique et l’école privée.
Dans certains départements, sous couvert de politique de mixité sociale, des collèges publics d’éducation prioritaire sont fermés et il n'y a pas de réponses sur les moyens des écoles REP ou REP+ qui en dépendent. SUD éducation a interpellé à de nombreuses reprises le ministère sur la situation des écoles orphelines.
Cette politique avantage l'enseignement privé qui ne cesse de se développer alors même qu'il concentre les élèves aux plus forts IPS et que la mixité sociale y est marginale.
En 2024 par exemple, la ville de Nantes comptera ainsi 20 collèges privés (40% d’élèves) contre 18 publics sans que les collèges privés soient associés au projet de mixité sociale et des collèges publics d’éducation prioritaire ont été fermés.
Les collèges privés tirent profit de la politique de mixité sociale en laissant au public les élèves les plus en difficultés sociales.
À défaut de garantir un même accès au service public d’éducation par un abondement de moyens dans les territoires les plus défavorisés, l’État et les collectivités territoriales subventionnent abondamment l’enseignement privé en lui consacrant 13,8 milliards d’euros en 2022, soit 75% de son budget.
Dans l’enseignement privé catholique, les moyens du premier et du second degré sont fongibles, contrairement aux dotations publiques où le premier et le second degré constituent deux programmes budgétaires distincts. Ainsi l’enseignement privé catholique s’emploie à concentrer ses moyens dans le second degré, et particulièrement en lycée pour attirer les élèves les plus aisés mais aussi pour capter les bons élèves du public.

De ce fait, l’État finance la mise en concurrence de l’école publique et sa dégradation en payant pour garantir aux élèves des milieux favorisés l’entre-soi d’une scolarité ségréguée. 20% des élèves sont scolarisés en éducation prioritaire, 17% des élèves sont scolarisés dans l’enseignement privé : l’État a choisi de privilégier l’enseignement privé à l’éducation prioritaire.

Le rapport Vannier-Weissberg souligne par ailleurs une particularité française : un financement très important de l’école privée par l’argent public avec très peu de contrôle. Ainsi il semble que les entorses à la liberté de conscience, à la laïcité, aux politiques ministérielles, soient courantes dans l’enseignement privé.

SUD éducation revendique une véritable politique de lutte contre les inégalités sociales, scolaires et territoriales par :
· l’arrêt du financement public de l’enseignement privé ;
· la nationalisation de l’enseignement privé, sans indemnité ni rachat, et le transfert de ses personnels dans les corps correspondants de l’enseignement public ;
· la refonte de la carte de l’éducation prioritaire et le retour des lycées ;
· l’augmentation et la redéfinition des moyens de l’éducation prioritaire.