Mesdames et Messieurs les membres du Conseil supérieur de l'éducation,
Les CSE se suivent et confirment l'impression tenace que les chantiers ministériels ne correspondent pas aux attentes des collègues et ne permettent pas une réelle appropriation.
À l'exception notable des programmes d'éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité, qui venaient enfin donner corps aux séances prévues par le code de l'éducation depuis 2001, nous regrettons en effet que les sujets traités en CSE correspondent à des orientations ministérielles décidées sans concertation puis mises en oeuvre sans réelle prise en compte des remarques des organisations syndicales.
Ce décalage avait été porté à son paroxysme à l'occasion du "choc des savoirs", dont les principales mesures se sont fort heureusement heurtées au mur de la réalité et ont été en partie détricotées sous la pression de la mobilisation. Nous prenons acte de l'abandon du DNB couperet et de l'extinction programmée des classes de prépa-seconde mais nous nous permettons de rappeler qu'on aurait pu s'éviter de nombreuses tensions et de nombreux problèmes d'organisation en écoutant les objections.
Les nouveaux programmes de français et de mathématiques en cycle 1 et en cycle 2, très largement critiqués par les organisations syndicales et les associations pédagogiques, s'inscrivent directement dans ce "choc des savoirs" et sont marqués par la même volonté de proposer des solutions simples voire simplistes à des problèmes identifiés. Plutôt que d'interroger les déterminants de l'échec scolaire, la solution préconisée par le ministre Attal avait été de demander un cadrage plus fort des programmes, trahissant une défiance vis-à-vis du travail des professeur·es des écoles. Leur mise en œuvre dès la rentrée 2025 se fera par ailleurs de manière précipitée, sans plan de formation continue conséquent et au prix de pressions à tous les niveaux.
Aujourd'hui encore avec les programmes de français et de mathématiques de cycle 3, on peut s'interroger sur le sens des priorités qui conduit à étudier à tambour battant de nouveaux programmes qui ne correspondent à aucune demande dans les écoles et dont la mise en œuvre au moins partielle à la rentrée 2025 nous semble particulièrement irréaliste.
Il en va de même pour l'épreuve anticipée de mathématiques qui sera à l'ordre du jour de notre prochain Conseil supérieur de l'éducation : cette solution est une réponse précipitée et non-concertée à un problème créé par une précédente réforme dont nous avions déjà dénoncé les conséquences.
Enfin, alors que la fin de l'année scolaire approche, nous constatons que c'est bien l'improvisation qui prévaut dans les lycées professionnels pour organiser le double-parcours mis en place par la réforme de l'année de terminale : mal préparée et mal cadrée, cette réforme conduit les personnels à multiplier les réunions dans les établissements afin de proposer des modalités d'organisation réalistes. Ce manque de cadrage se traduit notamment par des inégalités dans la préparation de l'épreuve de prévention-santé-environnement entre les élèves en poursuite d'études et les élèves en insertion professionnelle.
L'expérience acquise au prix des précédents fiascos éducatifs devrait amener le ministère à adopter une autre méthode, basée sur l'élaboration de constats partagés, sur la concertation avec les collègues concerné·es et sur la prise en compte des remarques de la communauté éducative.
