Accompagner les étudiantes et les étudiants étrangers avec ou sans papiers – Guide collectif

Guide Supérieur

L’accueil des étudiantes et étudiants étrangers à l’université ne se limite pas aux étudiant·es Erasmus ou à celles et ceux passés par Campus France. Il doit également prendre en compte les adultes, plus ou moins jeunes, qui souhaitent commencer ou reprendre des études en France, après des périodes d’exil, ou des années de formation ou de travail en France sous divers statuts administratifs.

Les organisations associatives et syndicales de personnels et d’étudiant·es à l’origine de ce guide revendiquent un accès à l’université libre et ouvert à toutes et à tous. Cet ouvrage a donc pour but de donner des clés aux personnels de l’enseignement supérieur sur la diversité des profils des personnes souhaitant intégrer le système universitaire français ou déjà étudiantes, ainsi que sur les démarches à effectuer dans ce parcours. Il vise également à identifier les obstacles à la reprise d’études et à aider à l’organisation d’actions collectives pour les surmonter.

L’accompagnement des étudiantes et étudiants étrangers n’est pas qu’administratif, il est aussi humain et social car il touche des personnes qui ont pu vivre des expériences difficiles, et/ou qui peuvent se retrouver du jour au lendemain soumises à une décision d’éloignement du territoire français. Refusant la répression des sans-papiers et revendiquant leur régularisation, nous entendons à travers cette publication favoriser la mise en place d’une solidarité et d’un accompagnement inconditionnel dans les épreuves que peuvent traverser ces personnes, au sein des universités comme en dehors.

Ce guide vise à former à l’accompagnement des étudiantes et étudiants étrangers, avec ou sans papiers. Il est à destination des personnels des établissements d’enseignement supérieur et des bénévoles qui les accompagnent dans leurs démarches administratives et juridiques.

Malgré notre opposition au système de sélection des étudiant·es à l’entrée de l’université, le guide s’inscrit dans le cadre de la législation actuelle afin de pouvoir mettre en place des stratégies d’accompagnement réalistes, tout en continuant à porter le projet politique d’une université ouverte, critique et publique, sans discrimination ni marchandisation.

  • Octobre 2023, Co-édition CGT Ferc Sup / Fage / Ferc CGT / FSU / Gisti / LDH / RESF / Resome / RUSF / Snesup-FSU / Snasub-FSU / Solidaires Étudiant·e·s / Sud Éducation / UEE / Unef / Union Syndicale Solidaires, 64 pages, 9 € + éventuels frais d'envoi
    ISBN : 978-2-38287-176-8 (papier, NP69), 978-2-38287-177-5 (ebook, NP69E)

 

 


Sommaire

  1. Avant-propos
  2. I. Les étudiantes et étudiants internationaux
  3. II. Les étudiantes et étudiants exilés
  4. III. L’accès aux droits sociaux et à la santé
  5. IV. Se mobiliser
  6. V. Étude de cas
  7. Annexes

1 - Avant-propos

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L’accueil des étu­diantes et étu­diants étran­gers à l’université ne se limite pas aux étudiant·es Erasmus ni à celles et ceux pas­sés par Campus France, l’agence natio­nale char­gée de la pro­mo­tion de l’enseignement supé­rieur fran­çais à l’étranger. Un grand nombre d’adultes, plus ou moins jeunes, sou­haitent aus­si com­men­cer ou reprendre des études en France, après des périodes d’exil, ou des années de for­ma­tion ou de tra­vail en France sous divers sta­tuts administratifs.

Les orga­ni­sa­tions asso­cia­tives et syn­di­cales de per­son­nels et d’étudiant·es à l’origine de ce guide reven­diquent un accès à l’université libre et ouvert à toutes et à tous. Cet ouvrage a donc pour but de :

  • don­ner des clés aux per­son­nels de l’enseignement supé­rieur sur la diver­si­té des pro­fils des per­sonnes sou­hai­tant inté­grer le sys­tème uni­ver­si­taire fran­çais ou déjà étudiant·es, et sur les démarches à effec­tuer dans ce parcours ;

  • iden­ti­fier les obs­tacles à la reprise d’études et à aider à l’organisation d’actions col­lec­tives pour les surmonter.

L’accompagnement des étu­diantes et étu­diants étran­gers n’est pas qu’administratif : il est aus­si humain et social, car il touche des per­sonnes qui ont pu vivre des expé­riences dif­fi­ciles, et/​ou qui peuvent se retrou­ver du jour au len­de­main sou­mises à une déci­sion d’éloignement du ter­ri­toire fran­çais. Refusant la répres­sion des per­sonnes sans papiers et reven­di­quant la régu­la­ri­sa­tion de toutes et tous, nous enten­dons à tra­vers cette publi­ca­tion favo­ri­ser la mise en place d’une soli­da­ri­té et d’un accom­pa­gne­ment incon­di­tion­nel dans les épreuves que peuvent tra­ver­ser ces per­sonnes, au sein des uni­ver­si­tés comme en dehors.

Ce guide vise à être dif­fu­sé lar­ge­ment afin de for­mer un maxi­mum de per­sonnes à l’accompagnement des étu­diantes et étu­diants étran­gers, avec ou sans papiers. Il est à des­ti­na­tion des per­son­nels des éta­blis­se­ments d’enseignement supé­rieur ou des béné­voles qui les accom­pagnent dans leurs démarches admi­nis­tra­tives et juridiques.

Malgré notre oppo­si­tion au sys­tème de sélec­tion des étudiant·es à l’entrée de l’université, le guide expose et ana­lyse le cadre de la légis­la­tion actuelle afin de faci­li­ter la mise en place de stra­té­gies d’accompagnement réa­listes, tout en conti­nuant à por­ter le pro­jet poli­tique d’une uni­ver­si­té ouverte, cri­tique et publique, sans dis­cri­mi­na­tion ni marchandisation.

La notion d’étudiantes et d’étudiants étran­gers recouvre une mul­ti­tude de situa­tions. Sont inclus dans cette catégorie :

  • Les étu­diantes et les étu­diants res­sor­tis­sants d’un pays membre de l’Union Européenne, dont les droits tendent à s’assimiler à ceux des nationaux ;

  • Les étu­diantes et étu­diants inter­na­tio­naux, venus avec un visa long séjour, sou­vent via la pro­cé­dure Campus France ou via des accords bila­té­raux, et qui sont confron­tés à des pro­blé­ma­tiques par­ti­cu­lières (dif­fi­cul­té d’insertion, pré­ca­ri­té spé­ci­fique, lour­deur des pro­cé­dures admi­nis­tra­tives, dif­fi­cul­té de renou­vel­le­ment de la carte de séjour et d’accès en pré­fec­ture, etc.) ;

  • Les étu­diantes et les étu­diants exi­lés, enfin, qui dési­gnent toute per­sonne déjà pré­sente en France dans l’incapacité ou dans l’impossibilité de retour­ner dans son pays d’origine (et ce, quelle qu’en soit la rai­son, per­son­nelle, psy­cho­lo­gique, maté­rielle, liée à des per­sé­cu­tions ou à la vio­lence dans le pays), ou sou­hai­tant tout sim­ple­ment res­ter en France pour étu­dier. Généralement, ces per­sonnes ne sont pas pas­sées par la pro­cé­dure de demande de visa et de titre de séjour por­tant la men­tion « étu­diant ». Leurs situa­tions sont diverses. Elles peuvent être :

  • en situa­tion régu­lière : en demande d’asile, béné­fi­ciaires d’une pro­tec­tion inter­na­tio­nale (réfu­giées, apa­trides, béné­fi­ciaires de la pro­tec­tion sub­si­diaire ou tem­po­raire) mais aus­si, dans cer­tains cas, pri­mo-arri­vantes (par exemple, les membres de famille de réfugié) ;

  • en situa­tion irré­gu­lière : per­sonnes débou­tées de leur demande d’asile, per­sonnes arri­vées par voie irré­gu­lière ou par voie tou­ris­tique et ayant déci­dé de res­ter en France ou per­sonnes ayant béné­fi­cié d’un titre de séjour à un moment mais qui n’ont pas réus­si à le renouveler.

Toutes les per­sonnes qui entrent dans ces caté­go­ries ont le droit de s’inscrire à l’université, même si elles n’ont pas béné­fi­cié d’un visa ou d’un titre de séjour men­tion « étu­diant ». L’accès aux études n’est pas condi­tion­né à un droit au séjour : il s’agit de deux droits dis­tincts. Le droit à l’instruction est un droit fon­da­men­tal qui s’applique à toute per­sonne quelle que soit sa natio­na­li­té et son âge.

Quelles sont les dif­fi­cul­tés spé­ci­fiques ren­con­trées par les per­sonnes en exil ?

  • Manque d’information

  • Problèmes d’orientation

  • Difficulté d’accès au niveau de fran­çais requis du fait du manque d’offre linguistique

  • Manque d’accompagnement admi­nis­tra­tif, psy­cho­lo­gique, médi­cal, etc.

  • Difficultés maté­rielles et précarité

  • Dispositifs de découragement

Ces dif­fi­cul­tés peuvent être par­ta­gées par tous les étu­diants et les étu­diantes en exil, quel que soit leur sta­tut admi­nis­tra­tif : manque d’information, manque d’accompagnement lin­guis­tique, admi­nis­tra­tif, psy­cho­lo­gique, médi­cal, extrêmes dif­fi­cul­tés maté­rielles (pré­ca­ri­té du loge­ment, pécules misé­rables pour vivre ; inter­dic­tion de tra­vail pour les per­sonnes sol­li­ci­tant l’asile, limi­ta­tion du droit au tra­vail pour les étu­diantes et étu­diants étran­gers, etc.). Le manque de moyens alloués au Centre natio­nal des œuvres uni­ver­si­taires et sco­laires (Cnous) et au Centre régio­nal des œuvres uni­ver­si­taires et sco­laires (Crous) ain­si qu’aux dis­po­si­tifs psy­cho­lo­giques et dans la méde­cine uni­ver­si­taire se réper­cute sur leur qua­li­té de vie. Elles et ils sont sou­vent vic­times de mal­trai­tance et de pré­ca­ri­té admi­nis­tra­tive et doivent sans cesse faire face à des pra­tiques dis­sua­sives : dépla­ce­ment du jour au len­de­main vers des centres d’hébergement éloi­gnés qui brise les attaches et les pro­jets, dis­cours décou­ra­geants de cer­tains per­son­nels, rejets, racisme, etc.

Le par­cours pour obte­nir des papiers, que ce soit via l’asile, pour des études ou pour un autre motif, est de plus en plus pénible, long et incer­tain, voire impos­sible. Les condi­tions de renou­vel­le­ment du titre de séjour étu­diant sont si exi­geantes et les ser­vices publics pré­fec­to­raux si dégra­dés, que beau­coup n’arrivent pas à obte­nir un titre de séjour ou le perdent du fait de la len­teur ou de la mau­vaise volon­té de l’administration qui les place ain­si dans une situa­tion d’irrégularité. Cette situa­tion plonge les per­sonnes en quête de sta­bi­li­té admi­nis­tra­tive dans une incer­ti­tude dif­fi­cile à sup­por­ter et dans une pré­ca­ri­té admi­nis­tra­tive constante.

La situa­tion des étu­diantes et étu­diants exi­lés s’est for­te­ment dégra­dée : la prise en compte de leurs dif­fi­cul­tés n’est pas une prio­ri­té pour les admi­nis­tra­tions. Toutefois, des actions et mobi­li­sa­tions se déve­loppent pour les aider :

  • l’aide appor­tée par le Réseau uni­ver­si­tés sans fron­tières (RUSF)1 ;

  • les pro­grammes de reprise d’études dédiés aux per­sonnes exi­lées qui existent depuis 2015 ;

  • la consti­tu­tion du réseau Migrants dans l’enseignement supé­rieur (le MEnS), réseau natio­nal des uni­ver­si­tés, asso­cia­tions et écoles pour dif­fu­ser les bonnes pra­tiques, iden­ti­fier les pro­blèmes et créer une dynamique2 ;

  • les mobi­li­sa­tions contre le plan « Bienvenue en France » lan­cé en 2019 par le gou­ver­ne­ment pré­ten­dant vou­loir atti­rer davan­tage d’étudiants étran­gers en France tout en aug­men­tant leurs frais d’inscription3 ;

  • des outils et des adap­ta­tions juri­diques se mettent en place peu à peu : une page « Poursuivre ou reprendre ses études pen­dant son exil en France » sur le site de Campus France, l’habilitation par le Crous du diplôme d’université Passerelle, (DU Passerelle) [voir p. 47], l’ouverture du Crous à cer­taines caté­go­ries d’étudiant·es (les béné­fi­ciaires de la pro­tec­tion sub­si­diaire), des guides pra­tiques, etc.

  1. Voir leur site https://rusf.org/

  2. Voir leur site https://reseau-mens.org/

  3. Voir Marion Tissier-Raffin, « “Bienvenue en France”, atti­rer ou trier ? », Plein droit, n° 130, novembre 2021.

Organisation du guide

Un sou­ci de lisi­bi­li­té a pré­si­dé au choix de dis­tin­guer deux catégories :

  • les étu­diantes et étu­diants inter­na­tio­naux, qui viennent en France avec un visa de long séjour pré­vu pour venir faire des études en France ;

  • les étu­diantes et les étu­diants exi­lés, les per­sonnes qui sont déjà en France munies d’un autre titre de séjour (carte de séjour tem­po­raire au titre du tra­vail ou de la vie fami­liale, carte de résident au titre du sta­tut de réfu­gié, attes­ta­tion de demande d’asile, etc.) ou qui sont sans papiers.

Les per­sonnes étran­gères res­sor­tis­santes d’un pays hors de l’Union euro­péenne (UE) titu­laires d’un titre de séjour dans un autre pays de l’UE sont éga­le­ment dis­pen­sées de visa, mais ne sont auto­ri­sées à séjour­ner en France que dans la limite de 90 jours. Passé ce délai, elles doivent déte­nir un titre de séjour fran­çais pour res­ter en France.

Pour les per­sonnes rési­dant déjà en France, cer­taines ont déjà un autre titre de séjour, d’autres sont sans papiers. Ces der­nières peuvent sol­li­ci­ter leur régu­la­ri­sa­tion et la déli­vrance d’un titre de séjour « étu­diant » dans cer­taines condi­tions très res­tric­tives. Dans tous les cas, les étu­diantes et les étu­diants déjà pré­sents sur le ter­ri­toire ont le droit de suivre des études même s’ils ne sont pas titu­laires d’un titre de séjour por­tant la men­tion « étu­diant », et s’ils ne sont titu­laires d’aucun titre de séjour.

Ce guide passe en revue les règles s’appliquant d’une part aux étu­diantes et étu­diants inter­na­tio­naux (par­tie I) et, d’autre part, aux exilé·es (par­tie II). Il décrit les dif­fé­rents dis­po­si­tifs d’aides sociales et de san­té aux­quels les étu­diantes et les étu­diants étran­gers peuvent avoir accès en fonc­tion de leur sta­tut (par­tie III). Ce guide pré­sente les dif­fé­rentes formes de mobi­li­sa­tion qui peuvent être déployées à l’université pour sou­te­nir l’accès aux études des per­sonnes étran­gères et exi­lées : créer un comi­té de sou­tien, lan­cer un dis­po­si­tif de reprise d’études ou s’investir dans un « DU Passerelle » exis­tant (par­tie IV). Enfin, il expose diverses situa­tions d’étudiants et d’étudiantes et ana­lyse leurs droits, en fonc­tion de leur situa­tion (par­tie V).

Des fiches tech­niques sont dis­po­nibles en ligne sur le site : www.guide-etudiants-etrangers.org/

2 - I. Les étudiantes et étudiants internationaux

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3 - II. Les étudiantes et étudiants exilés

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4 - III. L’accès aux droits sociaux et à la santé

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5 - IV. Se mobiliser

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6 - V. Étude de cas

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7 - Annexes

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