Rentrée dans l’ESR : quel bilan ?

Alors que le premier semestre d’enseignement est bien engagé, SUD éducation fait le point sur la situation dans l’enseignement supérieur et la recherche.

Locaux, matériel, capteurs de CO2: des mesures sanitaires inadéquates

Le retour de la plupart des enseignements (TD et TP du moins) en format présentiel après une année et demie de distanciel contraint est la bonne nouvelle de la rentrée, au risque d’oublier les conditions concrètes de cette reprise.

Alors que le contexte sanitaire imposerait de ne pas dépasser les capacités d'accueil des salles d’enseignement, le manque de locaux suffisants pour accueillir les étudiant·es dans de bonnes conditions se manifeste de manière accrue. A ce manque général de locaux s’ajoute la vétusté de nombre d'entre eux, accroissant les problèmes d'aération des salles (salles sans fenêtres, manque de système d'aération efficace), ainsi que le manque du matériel nécessaire: masques, ordinateurs et connexions sécurisées pour le télétravail, aération et désinfection dans les locaux.

Lorsque les établissements ont acquis et mis à disposition des capteurs de CO2, ce qui est loin d’être le cas partout, on constate des problèmes multiples liés à l’absence de politique nationale et de budget sur le sujet: des mesures de CO2 prises entre les cours quand les salles sont vides; des capteurs bas de gamme qui mesurent indirectement le CO2 via les gaz organiques volatils (VOC) d’où des mesures non fiables, ou qui ne fonctionnent simplement pas; une absence de formation et d’accompagnement pour une utilisation correcte de ces capteurs; et pour les établissements qui ont la chance d'avoir des capteurs qui fonctionnent, des encouragements à basculer les enseignements vers le distanciel lorsque le seuil de 800ppm est dépassé ou même des affirmations “locales” selon lesquelles ce seuil serait trop bas, alors que c’est celui donné par la DGSIP et reconnu par les spécialistes de la question

SUD éducation revendique

  • une politique d’équipement de l’ensemble des locaux de capteurs de CO2 adéquats de type NDIR
  • des consignes claires d’aération des locaux dès que le seuil de 800ppm est atteint (ou d’évacuation si l’aération est impossible)
  • une politique ambitieuse de mise à disposition des locaux permettant leur     aération et garantissant l’accueil des étudiant·es dans de bonnes conditions
  • une politique de recrutement de titulaires permettant d’assurer les missions d’enseignement de l’université publique dans de bonnes conditions
Autoritarisme: sous couvert de la crise sanitaire, une dégradation des conditions de travail et d’études

Pour la deuxième rentrée consécutive, la crise sanitaire tend aussi à masquer la crise structurelle de l’université publique: croissance du nombre des étudiant·es, baisse du nombre de personnels titulaires (enseignant·es comme BIATSS), intensification du travail et dégradation des conditions de travail et d’études. La rentrée a donc aussi été marquée par des luttes, comme la grève de la section STAPS de l’Université Rennes 2 causée par un manque massif d'enseignant⋅es.

La gestion autoritaire de la crise sanitaire a contribué à marginaliser les instances de représentation du personnel, à renforcer les hiérarchies et faciliter l’imposition de solutions technologiques sans aucun contrôle:

  • Des directives ministérielles changeantes, communiquées au dernier moment et déclinées localement sans consultation des conseils centraux (CA, CFVU et CR) ni des instances de représentation du     personnel (CT et CHSCT), lesquelles sont informées a posteriori des mesures prises
  • Des étudiant⋅es malmené⋅es: absence de communication, emplois du temps alourdis, isolement, renforcement des inégalités, difficultés à subvenir aux besoins fondamentaux
  • Des personnels sous pression: modifications unilatérales de l’organisation du     travail (horaires d’ouverture, rythme de travail), travail à partir de matériel personnel, augmentation des dispositifs de contrôle, pression    à l'enregistrement des enseignements au détriment du droit d'auteur
  • Des enseignements à distance improvisés qui ne sont pas satisfaisants sur le plan pédagogique, accroissent les inégalités sociales entre les étudiant⋅es et conduisent à un isolement ayant de graves conséquences sociales et psychiques; la décision du ministère de continuer à autoriser les examens à distance qui ne     peut que laisser perplexe au vu des expériences vécues en     2019-2020 puis 2020-2021.

Cet autoritarisme se conjugue par endroits avec une imposition illégale du passe sanitaire et de l'obligation vaccinale : alors que la loi du 5 août 2021 laisse les activités d’enseignement et de recherche à l’écart des obligations de présentation du passe sanitaire ou de l’obligation vaccinale pour accéder aux locaux et activités d’enseignement ou aux laboratoires de recherche, des directions d’institutions se croient autorisées à étendre le champ de ces obligations pourtant strictement encadrées par la loi. La direction du Museum d’histoire naturelle a finalement retiré sa décision d’étendre la présentation du passe sanitaire à tous les membres du Museum. Dans certains laboratoires cependant, une obligation vaccinale sauvage est mise en place par les directions, et les personnels qui refusent de dévoiler leur statut vaccinal face à cette demande abusive se voient menacés de suspension (fonction et rémunération). Ces abus portent atteinte aux statuts des agents ainsi qu’à celui des institutions concernées.

SUD éducation revendique:

  • l’abrogation des mesures d’urgence qui court-circuitent les instances de     représentation du personnel, et la pleine participation de celles-ci à la définition des mesures sanitaires
  • un encadrement strict du télétravail et la mise à disposition du personnel du matériel nécessaire à l’exercice de ses missions
  • la priorité donnée aux enseignements présentiels et l’abandon de     politiques de numérisation des activités qui contribuent à     l’accroissement des inégalités, à la dégradation de l’emploi et des conditions de travail et à l’accélération de la     catastrophe écologique
  • le refus des tentatives sauvages d’imposer une obligation vaccinale     professionnelle dans des institutions     ou des laboratoires
La LPR donne un coup d’accélérateur à la précarisation

Cette rentrée 2021 est aussi celle de la mise en œuvre de la LPR: avec le lancement du dispositif des chaires de professeurs juniors, la précarisation se poursuit avec le recours toujours massif à des personnels enseignants, chercheurs, administratifs et techniques précaires. Les possibilités de recruter des collègues précaires en lieu de titulaires augmentent, avec un nombre de dispositifs qui donne le tournis, mais la précarité demeure et s’accroît. Sans ces nombreux personnels précarisés, les universités ne seraient pas en mesure de fonctionner.

SUD éducation revendique:

  • la titularisation de tous les personnels précaires qui le souhaitent sans condition de concours ni de nationalité
  • l’arrêt     du recours massif aux vacataires et du recrutement de personnels     non-titulaires et le recrutement massif de titulaires
  • l’égalité salariale, la reconnaissance de l’ancienneté et l’accès aux mêmes primes, indemnités et pondérations que les titulaires