Motion d’actualité du CF de mars 2025

Dans les périodes de crise politique, les syndicats de lutte et de transformation sociale ont un rôle essentiel à jouer, à la fois pour défendre les intérêts des travailleur·euses mais aussi pour dessiner la possibilité d’un autre avenir et d’une autre société, plus juste, plus solidaire, plus démocratique. 

 

Les équipes de SUD éducation sont présentes sur le terrain au quotidien pour réaliser cette double besogne dans une situation politique marquée par la montée de l’extrême droite et l’action d’un gouvernement ultra libéral et réactionnaire au service des plus riches. Le gouvernement persiste dans sa politique autoritaire, répressive, raciste et xénophobe avec sa loi immigration, sa circulaire Retailleau et la proposition de loi d’interdiction du port du voile dans le sport. Alors que les actes et violences racistes se multiplient sur le territoire et au travail, il reprend encore aujourd’hui les idées et les discours de l'extrême droite ! C’est dans ce contexte que des groupuscules fascistes multiplient des violences extrêmes sur des camarades à Paris, à Rennes, en Corse...

 

SUD éducation porte l’abrogation de la réforme des retraites : cette réforme est injuste et pénalise lourdement l’ensemble des travailleur·euses. Le rejet de cette réforme passée en force reste un caillou dans la chaussure d’Emmanuel Macron, faisons en sorte qu’elle devienne un roc en remettant ce sujet au premier plan sur nos lieux de travail et dans les instances auxquelles nous participons pour que les néolibéraux au pouvoir ne puissent jamais tourner cette page. Les pseudo-concertations ouvertes par le gouvernement ne feront pas oublier l’opposition de la très grande majorité de la population à la réforme des retraites. Avec son union syndicale Solidaires, SUD éducation réaffirme son opposition à toute réforme du système basée sur la capitalisation comme le laisse envisager François Bayrou ainsi qu’un départ à 65 ans voire 67 et pourquoi pas 70 ! Elle continue d’exiger le retrait de la réforme de 2023 et le retour à 62 ans, première étape avant la retraite à 60 ans avec 37,5 annuités de cotisations. Pour cela nous allons devoir reprendre le chemin des mobilisations interprofessionnelles et construire un rapport de forces capable d'arracher la victoire.

 

De même, dans l’Éducation nationale, nous avons besoin de victoires. L’annulation des suppressions de postes pour la rentrée 2025 donne de l’air mais reste insuffisante eu égard à la situation catastrophique que nous connaissons et les conditions de travail se sont largement dégradées : le système scolaire reste très inégalitaire et favorise la progression de l’enseignement privé que nous dénonçons et les conditions de travail se sont largement dégradées. La réforme de l'année de terminale professionnelle est conduite de façon aveugle. La hiérarchie, qui ne sait comment mettre en œuvre ce dispositif explosif, exploite les collègues pour mettre en place cette réforme, par exemple en programmant des réunions obligatoires sur des heures non travaillées. Nous devons montrer que des victoires sont possibles en commençant par des revendications qui emportent l’unanimité chez nos collègues : celle du statut de la Fonction publique pour les AESH, celle des augmentations de salaire, celle de la baisse du nombre d’élèves par classe et de la défense de l’éducation prioritaire, celle de l’abrogation de la réforme des retraites, celle de l’abandon d’une épreuve anticipée de mathématiques en fin de première, celle de la défense de la santé des personnels et des élèves via le désamiantage et la rénovation écologique du bâti scolaire. Sur ces sujets, SUD éducation compte agir en intersyndicale, de manière unitaire, pour amplifier le rapport de force et gagner.

 

Les programmes d'EVARS sont enfin publiés mais ils restent insuffisants et nécessitent des moyens conséquents pour lutter véritablement contre les inégalités et les violences de genre.  Le scandale de Bétharram montre à quel point l’omerta sur les violences sexuelles et sexistes est forte dans l’Éducation nationale ; par ailleurs il montre également l'insuffisance du contrôle des établissements privés. SUD éducation dénonce avec force la situation révoltante d’un premier ministre qui a étouffé une affaire concernant plus de 170 faits de violence psychologique, physique ou sexuelle au sein de l’institution Notre-Dame de Bétharram. Cet établissement scolaire sous contrat était alors sous sa responsabilité de ministre de l’éducation nationale de l’époque. Il a par la suite menti éhontément devant la représentation nationale en affirmant n’avoir « jamais été informé de quoi que ce soit » contredisant tous les faits démontrés par la presse. François Bayrou doit rendre des comptes et démissionner. Ces révélations font suite à celles concernant un autre établissement privé, le collège Stanislas, pour lequel un rapport d’inspection révélait en 2024 de graves dérives dans l’application du contrat d’association avec l’État, une pédagogie « violente » et « humiliante », ainsi qu’un sexisme et une homophobie assumés. Le fait que l’État continue de financer ces établissements, parfois jusqu’à 67 % de leur budget selon un rapport de la Cour des comptes, est à la fois incompréhensible et inacceptable. SUD éducation dénonce les dérives violentes de ces institutions privées sous contrat, rappelle son attachement à une école publique, et promeut un modèle d’école émancipateur, non violent, et d’intérêt public. 

L’école doit au contraire être le principal levier de lutte contre les violences sexuelles et notamment durant l’enfance. 1 élève sur 10 est victime d'inceste, les enfants sont les premières victimes du silence qui entoure les violences sexuelles comme le montre également le procès Le Scouarnec. La journée internationale de lutte contre les LGBTIphobies le 17 mai doit être l’occasion de rappeler à quel point les droits des personnes LGBTQIA+ sont attaqués, en France avec une vague réactionnaire inquiétante, et dans le monde, partout où l’extrême droite est arrivée au pouvoir.

 

Vingt ans après la promulgation de la loi de Février 2005 nous constatons le peu de manifestations institutionnelles pour en faire le bilan, l’usage de l’expression « masse critique » par le Premier ministre en parlant des élèves en situation de handicap et des AESH dans son discours de politique générale et plusieurs réactions syndicales réactionnaires sur l’école inclusive.

Dans ce contexte, la mise en place de l’acte II de l’école inclusive pose question. La création des PAS (Pôle d’appui à la scolarité) a pour objectif d’apporter une réponse pédagogique pour compenser des difficultés scolaires ou une situation de handicap des élèves. Or, dans le même temps, nous constatons le démantèlement des RASED et la diminution des moyens dans l’Education nationale, dans le sanitaire et le médico-social, indispensables pour apporter une réponse de premier niveau. SUD éducation portera en intersyndicale les valeurs antivalidistes qui s’inscrivent dans notre combat pour une école réellement inclusive et émancipatrice pour tou·tes. 

 

Dans l'ESR, le contexte budgétaire inscrit dans la loi de finance de 2025 imposée par un nouveau 49.3 est lourd de conséquence pour les personnels et les étudiant-es. Avec 900M€ en moins en crédit de paiement et plus d’1Md€ en autorisation d’engagement par rapport à la loi de finance initiale de 2024, le budget de la MIRES est le plus bas connu depuis 20 ans. Du côté de la formation et de la Recherche, les maigres compensation des coûts ne permettront pas de revenir sur la situation catastrophique dans laquelle se trouvent nombre d’universités, et dont les collègues subissent quotidiennement les conséquences dans leurs conditions de travail : suppression de postes, gel des campagnes de recrutement, revalorisations indemnitaires suspendues... Toutes conséquences qui ont et auront un impact sur la santé et la sécurité des personnels de l'ESR et sur la qualité de la formation et de la recherche. Les étudiant-es et les personnels se mobilisent depuis plusieurs semaines et font face parfois à des répressions implacables et que nous dénonçons fermement.

Les universités les plus impactées s'impliquent largement dans le mouvement (grèves, blocages, AG interfac). De plus, le 27 mars, à l'appel d'une intersyndicale large, a eu lieu une mobilisation pour un budget rectificatif, pour un bilan de la vague E de l'HCERES et l'abandon des key-labs.

SUD éducation appelle à rejoindre massivement ce mouvement afin d'obtenir un autre budget afin de construire une autre université.

De plus, le mouvement Stand Up for Science, créé pour faire face aux attaques contre la communauté universitaire aux USA, prend de l'ampleur dans les universités françaises. La fédération peut s'investir dans cette mobilisation en élargissant la focale de manière internationaliste.

Par ailleurs, la mobilisation spécifiquement étudiante sur la question de l'obtention d'un titre de séjour régulier prend de l'ampleur (notamment en Ile de France), la circulaire Retailleau attaquant explicitement le principe de l'Admission exceptionnelle au séjour, fondement sur lequel la majorité des étudiant·es extra-communautaires peuvent espérer se régulariser. 

 

Enfin,  alors que le racisme est largement banalisé dans la sphère publique, nous devons le faire disparaître, poursuivons les dynamiques enclenchées lors de la journée de lutte contre le racisme des 21 et 22 mars en combattant les projets gouvernementaux et la propagande islamophobe, en combattant l’antisémitisme où qu’il soit, en nous tenant au côté des personnes migrantes qui s’organisent pour survivre, pour leurs droits. 

 

SUD éducation se mobilise notamment au côté des mineur·es isolé·es qui luttent pour faire reconnaître leurs droits fondamentaux à l’éducation, au logement, à la santé et à la libre circulation.  SUD éducation dénonce l’expulsion violente par les forces de l’ordre des 450 jeunes mineur·es isolé·es qui a eu lieu le 18 mars à la Gaîté Lyrique.

 

La Marche des Solidarités propose de faire du 1er mai une échéance importante. SUD éducation répond positivement à cette proposition : dans une période où il n’y pas vraiment de construction de mobilisations interprofessionnelles, le 1er mai 2025, journée internationale de lutte des travailleurs et travailleuses, doit être dès maintenant dans les agendas syndicaux pour en faire un rendez-vous massif de notre classe, contre le racisme, contre le fascisme, contre les guerres impérialistes et le colonialisme, pour la justice et la solidarité internationalistes.

Depuis la réélection de Donald Trump, on assiste à une série de mesures obscurantistes aux États-Unis comme les coupes budgétaires et les licenciements de chercheuses et de chercheurs des agences fédérales, notamment celles dédiées à la santé, l’environnement, l'aide étrangère, ou aux programmes de « diversité, équité et inclusion ». Sites internets fermés, listes de mots bannis des travaux de recherche, suppression du ministère de l’éducation, on assiste médusé·es à la mise en place de cet anti-intellectualisme. SUD éducation rappelle que les arguments avancés des supposés « dangers du wokisme » pour la mise en place de cet agenda ultra réactionnaire sont les mêmes que ceux utilisés en 2021 par l’ancienne ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche pour proposer une enquête sur « l’islamo-gauchisme » à l’université, appuyée dans cette entreprise par l’ancien ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer.

Ce recours à la « post-vérité » est à nouveau à l’œuvre au sein de la classe politique droitière avec la remise en cause de travaux scientifiquement établis par des historien·nes concernant l’importance des crimes commis par l’armée française pendant la guerre d’Algérie, suite aux déclarations de Jean-Michel Aphatie sur une antenne radio. Ce déni charrie avec lui les relents coloniaux les plus rances.

 

La politique réactionnaire et conservatrice du gouvernement s’attaque également aux enfants. Le vote du projet de loi sur la justice des mineurs au Parlement illustre une répression et une criminalisation croissante des enfants. Alors que la justice des mineurs reposait principalement sur l’éducation, cette loi vise désormais à réprimer les enfants et porte atteinte à leurs droits.

Notre société est marquée par une montée des obscurantismes, des régimes autoritaires, de l’extrême droite, par le continuum colonial et impérialiste en Palestine comme en Ukraine et la menace de nouveaux conflits, par l’accélération de la crise écologique mondiale…

 

 Après avoir brisé l'accord de cessez-le-feu en refusant d'appliquer sa phase 2, l'État colonial israélien a repris ses bombardements et massacres dans la bande de Gaza. Les dirigeants israéliens annoncent encore pire pour la suite. Le régime d’apartheid israélien continue de bafouer le Droit international, avec la complicité des puissances occidentales, États-Unis en tête mais aussi Allemagne, France, Union européenne... Israël poursuit impunément son génocide à Gaza, ainsi que ses massacres en Cisjordanie, au Liban, en Syrie et au Yémen. Renforçons notre mobilisation, la campagne BDS, pour soutenir le peuple palestinien qui résiste à sa destruction, exiger de nos gouvernements qu'ils cessent de soutenir le génocide et qu'ils prennent enfin des sanctions. Nous pouvons collectivement mettre fin à l’impunité d’Israël et à ses crimes de guerre. 

 

SUD éducation s’oppose à la marche à la guerre opérée par Emmanuel Macron dans son allocution du 5 mars dernier. Dans notre secteur, cela passe par refuser l’enrôlement et la militarisation de la jeunesse à travers le SNU ou tout autre dispositif pouvant s’apparenter à une forme de service militaire. Le SNU est un lieu où l’Etat peut déverser toute sa propagande militariste à un public captif, où l’on fabrique déjà du consentement à l’autoritarisme et à la violence. SUD éducation s’oppose également au label “classes et lycées engagés” qui accompagne le SNU ainsi qu’aux classes défense : ces dispositifs organisent des partenariats entre l’école et l’armée, placent l’éducation au service d’un projet de défense nationale, conditionnent les élèves à l’acceptation de la guerre. Si l’abandon du SNU semble acté par la suppression des crédits qui lui étaient alloués, les annonces de Macron laissent entendre qu’il ne renonce nullement à faire contribuer la jeunesse à l’effort de guerre. Il a, en effet, expressément demandé au ministre des armées et à l’état major la formulation de propositions d’ici le mois de mai « pour permettre à une jeunesse volontaire d’apprendre avec les armées et d’en renforcer les rangs ». SUD éducation s’oppose à tout projet de militarisation de la jeunesse, à tout projet qui assure la pénétration de l’armée dans les écoles. Les crédits du SNU doivent être au contraire réattribués vers la solidarité avec le peuple ukrainien.

 

Au printemps, dans l’unité et la combativité, SUD éducation se mobilise pour construire les luttes indispensables pour gagner pour nos retraites, pour nos salaires, pour nos conditions de travail, pour les services publics de l’Education et de l’Enseignement supérieur et pour montrer qu’une  société écologique, sociale et émancipatrice est possible !